Session de 2025, 36e séance – matin
Forum de haut niveau, 15e séance-après-midi
ECOSOC/7216

Pour la première fois de l’histoire du forum politique de haut niveau sur le développement durable, la Déclaration ministérielle est adoptée par vote

Cette adoption « ne sera pas seulement pour la forme.  Il y aura des débats, des motions, des votes.  C’est normal, étant donné l’époque qui est la nôtre », a prévenu d’entrée M. Bob Rae, Président du Conseil économique et social (ECOSOC).  De fait, c’est dans une atmosphère tendue que s’est conclue la session 2025 du forum politique de haut niveau sur le développement durable, marquée, pour la première fois de son histoire, par l’adoption d’une déclaration ministérielle à l’issue d’un vote. 

Déplorant cette rupture du consensus, l’Uruguay s’est indigné de la tendance « à ignorer certains engagements historiques du système multilatéral onusien, notamment en matière de droits humains, d’égalité de genre et de couverture santé universelle », et, aux côtés du Mexique, a mis en garde contre les tentatives de réécriture du Programme 2030. 

Présentée par le cofacilitateur M. Jakub Kulhánek (Tchéquie), la Déclaration ministérielle de l’ECOSOC de 2025 (E/2025/L.16–E/HLPF/2025/L.1), qui réaffirme l’attachement au Programme 2030, à la paix, à l’inclusivité, à la lutte contre les inégalités et à l’accès universel aux droits fondamentaux, a été adoptée par 154 voix pour, 2 contre (États-Unis et Israël) et 2 abstentions (République islamique d’Iran et Paraguay). 

Avant cette adoption, pas moins de quatre tentatives d’amendement ont échoué, dont deux présentées par les États-Unis. 

Quatre votes séparés, de nombreuses explications 

Un premier amendement du Royaume-Uni visant à modifier le paragraphe 48 sur l’« accès sans entrave » aux produits de santé a été rejeté par 99 voix contre, 52 pour et 2 abstentions (Andorre et Libéria).  La Suisse, sans contester le texte, a jugé nécessaire de rappeler que cette disposition n’affecte en rien la propriété intellectuelle. 

Puis Israël a demandé la suppression du paragraphe 14, qui établit un lien entre paix, développement et autodétermination des peuples sous occupation.  Estimant ce passage « sélectif, politique et univoque », il a dénoncé une politisation du texte. 

Sa tentative a échoué: le paragraphe a été maintenu par 116 voix pour, 2 contre (Israël et États-Unis) et 36 abstentions, salué par de vifs applaudissements.  Le Groupe des 77 et la Chine a fustigé cette tentative, jugée contraire à l’esprit des ODD. 

En fin de séance, les États-Unis ont soumis au vote les paragraphes 39, 56, 58, 61 et 62, dénonçant un texte jugé « radical », notamment en matière de genre et de santé sexuelle et reproductive. 

Dans une explication avant le vote très offensive, ils ont rejeté en bloc la Déclaration ministérielle, qu’ils ont accusée d’imposer des termes divisifs et d’empiéter sur la souveraineté nationale, ainsi que les ODD eux-mêmes, qu’ils jugent dévoyés.  « L’ONU utilise les ODD pour promouvoir des clauses semant la division, notamment les programmes radicaux en matière de diversité d’inclusion, du droit à l’avortement, qui n’ont rien à faire dans de telles déclarations.  Au cours des 10 dernières années, ont-ils poursuivis, les États Membres et les institutions ont recherché un mandat de plus en plus large, tentant de transformer des objectifs facultatifs en mandats, de réécrire les règles au détriment des États Unis et de leurs alliés.  Les États-Unis ont enfin qualifié le droit au développement de « collectiviste ». 

Les paragraphes visés ont finalement été maintenus par 141 voix pour, 2 contre (États-Unis et Éthiopie) et 5 abstentions (Bélarus, Fédération de Russie, Libéria, Paraguay et République islamique d’Iran), sous un tonnerre d’applaudissements. 

Le Mexiquea dénoncé une attitude « absurde » de la part de la délégation américaine, rappelant que les termes en question étaient « consacrés par des générations de féministes ».  L’Italie, bien qu’ayant voté pour, a émis des réserves sur l’usage du mot « intersectionnel ».  La Libye et plusieurs pays du Groupe des États arabes ont affirmé que le genre devait s’entendre comme binaire et ont rejeté toute mention du droit à l’avortement.  Le Nicaragua a également invoqué « le droit sacré à la vie » pour critiquer le texte. 

Dernier coup de théâtre: les États-Unis ont tenté, sans succès, de faire supprimer le paragraphe 72 de la Déclaration.  Celui-ci a été conservé par 145 voix pour, une voix contre (États-Unis) et une abstention (Fédération de Russie). 

Fin du débat général: engagement d’ONG et organisations internationales en faveur des ODD

Avant d’adopter la déclaration ministérielle, la réunion ministérielle de l’ECOSOC a été consacrée à la poursuite du débat général. Les États Membres et surtout les organisations internationales et non gouvernementales ont réaffirmé leur engagement à contribuer à la réalisation des objectifs de développement durable (ODD), en insistant chacun sur les secteurs qu’ils jugent prioritaires. 

Ainsi le Japon, parlant au nom du Groupe des Amis de l’éducation et de l’apprentissage tout au long de la vie, a souligné que l’éducation est le moteur de l’innovation: investir dans l’éducation est un donc choix stratégique.  Or aujourd’hui, seules 17% des cibles liées à l’éducation sont réalisées et des millions d’enfants ne vont pas à l’école.  Il faut investir davantage dans l’éducation, a insisté le Groupe, rappelant que le déficit de financement du secteur est évalué à 100 milliards de dollars. 

Après l’enseignement, vient la formation professionnelle, qui nécessite également des investissements.  La Roumanie s’est targuée à ce propos d’être le premier pays de l’Union européenne (UE) à avoir créé une carrière d’expert en développement durable.  Le Comité international olympique (CIO) a rappelé, pour sa part, que chaque dollar investi dans le sport rapporte au moins 3 dollars, d’où l’importance du sport comme moyen de contribuer au développement durable. 

La Bolivie a attiré l’attention sur la nécessité de changer les modèles de développement en s’appuyant sur la protection des biens communs.  C’est dans cette même veine que le Costa Rica a appelé à démocratiser la science pour le bien de tous.  Il a expliqué en effet que les bénéfices de la science ne peuvent servir tous les peuples que s’ils sont accessibles à tous. 

La résilience climatique est la priorité que les États fédérés de Micronésie ont mise en avant en recommandant qu’elle soit proprement financée.  Un autre petit État insulaire en développement (PEID), les Îles Salomon, ont orienté la discussion sur la violence sexiste.  La délégation a prié de veiller à la prise en charge des victimes. Soucieuse qu’il n’y ait aucun « laissé pour compte », elle a également misé sur l’Initiative ONU80 qui doit permettre de refonder l’Organisation et de réaliser les ODD.  Le Burkina Faso a ajouté qu’il fallait également réformer l’architecture financière internationale et lever les mesures coercitives unilatérales, qui sont contraires au droit international. 

En protégeant les victimes de la traite, Interpol a dit contribuer à la sécurité et l’épanouissement des femmes, tandis que la Tunisie a appelé à défendre les droits humains sans discrimination, y compris pour les Palestiniens.  L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a rappelé, pour sa part, la contribution non négligeable des migrants au développement.  Tout le monde est gagnant quand les réfugiés peuvent contribuer aux sociétés qui les accueillent, a reconnu, à cet égard, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). 

Le logement doit être au cœur de la mise en œuvre des ODD, a indiqué de son côté ONU-Habitat selon qui bien se loger contribue à la santé des populations et à leur épanouissement.  Revenant aux enfants, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a déploré qu’ils payent le prix de notre inaction: un milliard d’enfants vit dans la pauvreté.  Quant aux personnes âgées, on ne tient pas assez compte de leurs problèmes, a regretté le Groupe des ONG et parties prenantes sur le vieillissement.  Enfin, l’Union mondiale pour la nature (UICN) a appelé à agir résolument en faveur de la nature, à l’heure où la conservation est mise à mal à travers le monde.

 

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