Session de 2025, Forum politique de haut niveau
12e séance – matin & 35e séance - après-midi
ECOSOC/7215

La réunion ministérielle du forum politique de haut niveau pour le développement durable entend les messages de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement

La réunion ministérielle du forum politique de haut niveau sur le développement durable, organisé sous les auspices du Conseil économique et social (ECOSOC), en était à sa deuxième journée ce mardi, avec en levée de rideau la présentation des messages de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement.  Les délégations participant au forum ont en outre débattu des perspectives régionales de la mise en œuvre des objectifs de développement durable (ODD), avant de poursuivre le débat général, parallèlement aux examens nationaux volontaires de 10 pays. 

« La communauté internationale doit rendre la planète plus résiliente pour sa population », a prié d’emblée le Président de l’Autorité environnementale d’Oman, M. Abdullah Bin Ali Al-Amri, qui a présidé la septième session de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement, alors qu’il présentait les messages de l’instance.  L’aspect environnemental du développement durable peut entraîner un effet domino et transformateur pour la mise en œuvre de tous les autres ODD, a-t-il argumenté. 

« La promotion de la production et de la consommation durables peuvent nous amener vers la durabilité », a-t-il encore expliqué avant d’appeler à renforcer la place des femmes dans les processus décisionnels en rapport avec les questions écologiques.  M. Bin Ali Al-Amri a également insisté pour que la communauté internationale mobilise les moyens de mise en œuvre et les modes de financement durable.  Renforcer la solidarité et déployer davantage de moyens de mise en œuvre des ODD sont les moyens qu’il a proposés pour remédier à la crise environnementale. 

Le Président de l’instance environnementale a en outre dénoncé les effets sur l’environnement des conflits, comme celui de Gaza où les ressources en eau et les terres agricoles sont détruites.  Il a déploré que les Palestiniens soient abandonnés à leur sort, avant de rappeler que les principes de durabilité prescrivent de « ne laisser personne de côté ». 

L’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement se réunit tous les deux ans à Nairobi, au Kenya, au siège du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE).  Les 193 États Membres des Nations Unies s’y retrouvent pour discuter des enjeux environnementaux auxquels la planète est confrontée. 

Créée en 2012 à la suite de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable (Rio+20), au Brésil, l’Assemblée est emblématique d’une nouvelle ère du multilatéralisme.  Elle permet de placer les questions environnementales au même niveau d’importance que des préoccupations mondiales telles que la paix, la sécurité et la santé. 

Les perspectives régionales sur la mise en œuvre des ODD 

D’autres messages ont été entendus aujourd’hui, ceux des régions.  Au cours de ce segment qui leur était consacré, les gouvernements représentés au niveau ministériel ainsi que les représentants de la société civile et d’institutions onusiennes ont évoqué les stratégies qui permettent de mobiliser l’action régionale et d’utiliser au mieux les cadres régionaux afin d’aider les pays à assurer un suivi efficace de la réalisation des objectifs du développement durable (ODD).  Les différentes régions ont ainsi présenté les messages qu’elles ont adoptés au cours de forums portant justement sur la mise en œuvre des ODD. 

Les messages du forum régional de l’Afrique ont été présentés par la Première Ministre de l’Ouganda, Mme Robinah Nabbanja, qui a synthétisé ce qui a été appelé la Déclaration de Kampala.  Ce texte vise notamment à renforcer les institutions nationales et à tenir compte de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, à un moment où il manque 1 600 milliards de dollars pour investir dans le développement durable d’ici à 2030.  D’où l’importance de réformer l’architecture financière internationale, a rappelé la Ministre.  De plus, la région a plaidé afin que chaque gouvernement affecte au moins 15% de son budget national aux questions de santé. 

Le Vice-Premier Ministre de l’Iraq a pour sa part présenté les résultats du forum régional arabe.  M. Muhammad Ali Tamim a attiré l’attention sur les effets des changements climatiques qui exacerbent la pénurie d’eau dans la région arabe.  Les pays de la région sont engagés à renforcer leurs institutions et entendent établir des partenariats régionaux à cet effet. La Vision 2045 du monde arabe, alliée au Programme 2030, représente un nouveau pacte pour la région, a-t-il souligné. 

L’Asie-Pacifiquea, pour sa part, insisté sur l’équité intergénérationnelle et l’innovation numérique.  M. Suman Bery, Vice-Président du Niti, qui est l’institution nationale dédiée à la transformation de l’Inde, a aussi évoqué l’égalité des genres et le renforcement de la résilience climatique, notamment pour les petits États insulaires de la région.  Il faut accélérer la mise en œuvre des ODD en comblant les lacunes nationales dans la région, a-t-il conclu. 

Le Vice-Ministre de l’économie et des finances de l’Ouzbékistan, M. Umid Abidkhadjaev, a relevé que les progrès, dans la région de la Communauté économique européenne (CEE), passent par l’amélioration de la production des données afin de mieux documenter les réussites et les défis.  Il faut donc investir sur les systèmes de données, a-t-il suggéré avant de passer la parole à l’autre Coprésident de la séance, M. Ioannis Ghikas.  Ce dernier, qui est Représentant permanent de la Grèce auprès de l’Office des Nations Unies à Genève, a parlé de renforcer la coopération entre acteurs privés et publics, tout en établissant un lien entre les bailleurs de fonds et les projets locaux de développement. 

Ce sont des mécanismes de gouvernance qu’a recommandé pour sa part le Président du forum régional pour l’Amérique latine et les Caraïbes, pour améliorer la mise en œuvre de politiques publiques régionales.  M. Jorge Felix Rubio (Chili) a aussi appelé à des partenariats pour opérer des changements, notamment sur le plan du financement.  À ce propos, il a prôné des transformations internes à la région, tout en réformant l’architecture financière internationale. 

Le Secrétaire général du forum pour la construction verte d’Arabie saoudite, M. Faisal Alfadl, a, lui, insisté sur la contribution de la société civile dans la mise en œuvre des ODD au niveau régional.  « La difficulté de mise en œuvre ne vient pas du manque de solution, mais de l’absence d’un cadre de concertation pour cette mise en œuvre. »  Il faut, a-t-il dit, transformer les solutions locales que son organisation certifie, afin de pouvoir les répliquer ailleurs.  Il a évoqué à titre d’exemple une initiative de transformation du paysage urbain en espace vert qui est partie d’Arabie saoudite avant de s’étendre au reste du Moyen-Orient. 

Pour Mme Keisha McGuire, la modératrice, ces contributions régionales permettent d’intégrer les besoins de régions aux préoccupations internationales.  Celle qui est Président et PDG de Present and future Institute a fait observer que ces perspectives régionales montrent que « les solutions sont à portée de main si nous mobilisons les fonds ».  Pour cela, elle a suggéré de connecter les besoins locaux aux capitaux, tout en mettant en avant la transformation numérique et l’égalité des genres. 

Intervenant au cours du débat, la Serbie a aussi insisté sur l’égalité des genres, même si le secteur des sciences reste un chantier important pour promouvoir l’inclusion des femmes.  La Fédération de Russie a constaté qu’il y a fort à faire, puisqu’aucun pays du Sud ne figure parmi les 30 pays les mieux classés en ce qui concerne la mise en œuvre des ODD.  De l’avis de la délégation, cela semble s’expliquer par le fait que les pays développés privilégient leurs propres intérêts. 

Pour mettre en exergue la situation des personnes handicapées dans les régions, un membre de la société civile, parlant au nom des personnes handicapées, a appelé à plus de données ventilées, afin que les décisions soient prises en connaissance de cause pour leur développement. Les différents secrétaires exécutifs des commissions régionales ont ensuite pris la parole pour réaffirmer la nécessité de susciter des actions en faveur des ODD au niveau régional, avec l’implication de la société civile.

Suite du débat général: appels à une mise en œuvre plus rapide des ODD 

L’après-midi a été consacré à la poursuite du débat général de la réunion ministérielle de l’ECOSOC.  Rassemblant ministres, représentants d’organisations intergouvernementales, du système onusien, des grands groupes et autres parties prenantes, elle a permis un échange d’expériences, de leçons tirées et de propositions concrètes pour accélérer la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030. 

Les délégations ont en priorité souligné l’urgence d’intensifier les efforts collectifs pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD) dans les délais.  Malte a mis en garde contre les risques que posent le retard enregistré au niveau mondial, soulignant qu’il fallait « agir vite, car le Programme 2030 est en danger ».  L’ONU estime qu’il existe un déficit de financement annuel d’environ 4 000 milliards de dollars pour les atteindre, a rappelé la Thaïlande, à la pointe des nombreux États membres de l’ECOSOC appelant à accroître les investissements, quitte à trouver des sources de financement innovantes. 

La Norvège a salué les avancées obtenues à la quatrième Conférence internationale sur le financement du développement, estimant que « le compromis de Séville n’est pas seulement un résultat important en soi, mais aussi la preuve que le multilatéralisme fonctionne ».  Elle a insisté sur la nécessité de « travailler ensemble pour financer le développement durable » et sur le rôle du deuxième Sommet mondial pour le développement social, qui se déroulera au Qatar en décembre 2025. 

Qui dit développement social, dit bonne santé, une question qui a occupé une place centrale dans les débats.  Le Botswana a rappelé justement que celle-ci était au cœur de son développement national, tout en soulignant les défis persistants, tels qu’un taux de mortalité maternelle élevé et une forte prévalence de maladies non transmissibles.  Le pays a mis en avant plusieurs réformes, notamment dans le domaine des soins obstétriques d’urgence et de la lutte contre la tuberculose.  M. Ludovic Ngatse, Ministre de l’économie, du plan et de l’intégration régionale de la République du Congo, a pour sa part souligné les progrès enregistrés par son pays dans la réduction de la mortalité maternelle et l’amélioration de la couverture vaccinale. 

Des progrès similaires ont été faits par la Tanzanie qui a réduit le taux de mortalité maternelle à 104 pour 100 000 naissances vivantes, sachant que désormais, plus de 94% des naissances sont assistées par du personnel de santé qualifié.  La Tanzanie poursuit également ses efforts vers la couverture sanitaire universelle.  Enfin, au Sri Lanka, aucun écart entre les sexes n’est désormais observé dans l’accès aux soins, a dit la délégation en s’appuyant sur le dernier rapport sur l’écart mondial entre les sexes. 

Les inégalités de genre ont de fait été largement abordées cet après-midi.  Le Botswana a évoqué sa stratégie nationale de lutte contre les violences basées sur le genre, combinée à des initiatives d’autonomisation économique des femmes, comme le programme « EntreprenHer », qui a déjà bénéficié à plus de 900 entrepreneures.  Eswatini a salué, pour sa part, l’augmentation de la représentation politique des femmes aux dernières élections, grâce notamment à des réformes juridiques, dont l’interdiction du mariage des mineures. 

Quant au Sri Lanka, elle s’est targuée d’avoir élu récemment 22 femmes au Parlement, issues d’horizons divers, ainsi que son engagement à lever les obstacles structurels à la participation politique des femmes.  Dans la même veine, les femmes représentent désormais 37% du cabinet du Gouvernement de la Tanzanie, a encore vanté la délégation en ajoutant qu’elles sont également plus nombreuses à occuper des postes de direction et à accéder aux services financiers. 

Malgré tous ces efforts, la République du Congo a reconnu une hausse alarmante des violences faites aux femmes en 2023-2024, appelant à redoubler d’efforts dans les actions de prévention et de soutien. Le Myanmar a dénoncé avec énergie l’attitude de la junte militaire à la tête du pays, l’accusant de perpétrer des violences sexuelles et sexistes contre les femmes, « tant sur le plan physique que numérique », violences devenue un modus operandi de routine pour les empêcher d’exprimer leurs droits fondamentaux.  L’effondrement de l’état de droit après le coup d’État a également favorisé l’essor d’économies illicites dans la région, notamment les escroqueries en ligne, la traite et l’exploitation sexuelle des femmes issues de communautés vulnérables, s’est désolé le représentant du Myanmar, avant d’être applaudi par l’assemblée. 

La Grèce, qui appuie le Pacte numérique mondial et s’est définie comme un pilier de stabilité dans l’est de la Méditerranée, a lancé un vibrant appel à l’action et à la sauvegarde du multilatéralisme.  « Aucune méthode n’est plus éprouvée que le multilatéralisme », a confirmé la France, satisfaite que la Conférence de Séville ouvre la voie vers de nouvelles sources de financement, et que la Conférence sur l’océan à Nice mette la science en avant « dans un contexte de désinformation généralisée ». 

Parangon de l’usage responsable et productif des nouvelles technologies telles que l’intelligence artificielle (IA), l’Estonie a évoqué les conflits, particulièrement l’agression russe contre l’Ukraine, comme une des raisons parmi les plus évidentes pour le retard général dans la réalisation des ODD. En écho, la Géorgie a dénoncé l’occupation illégale de ses régions d’Abkhazie et de Tskhinvali, « privant les populations de l’autre côté de la ligne d’occupation de la possibilité de bénéficier des évolutions positives qui se produisent dans le pays ». 

Plusieurs délégations ont abordé la question du financement du développement.  Le Sénégal, par exemple, a lancé le premier plan quinquennal de son agenda national de transformation sociale, « pacte fondé sur la volonté collective de bâtir un pays prospère et juste », concomitant avec la sortie du Sénégal du groupe des pays les moins avancés (PMA).  Ce succès signifie aussi la perte progressive des avantages concessionnels et nécessite des efforts d’adaptation d’un pays à la croissance forte (plus de 7% en 2024) mais au taux de chômage encore élevé et où les inégalités de genre demeurent prégnantes. 

Le Botswana a insisté sur l’importance de la mobilisation des ressources nationales, affirmant financer plus de la moitié de son budget par les recettes fiscales internes, malgré la volatilité des revenus liés au diamant.  À l’inverse, la République du Congo a alerté sur sa dépendance persistante à l’aide extérieure, qui finance près de la moitié de ses projets liés aux ODD, mais dont le taux de décaissement reste faible.  Elle a engagé des réformes structurelles, notamment l’opérationnalisation d’un cadre national de financement intégré et la modernisation de son système statistique. 

Le rôle du secteur privé a notamment été souligné par les Pays-Bas, qui ont plaidé pour un environnement économique propice aux entreprises, dans le respect de l’agenda du travail décent.  Un « terrain équitable », a-t-il été rappelé, est indispensable pour favoriser une croissance inclusive portée par le monde de l’entreprise. 

Enfin, plusieurs délégations ont mis en avant des initiatives plus spécifiques.  Sri Lanka, en tant qu’État insulaire, a insisté sur l’importance de la protection des océans et de la biodiversité marine.  Elle a présenté une approche intégrée, baptisée « Des cimes aux coraux », destinée à préserver les écosystèmes côtiers et marins, réduire les risques de catastrophes et développer des chaînes de valeur bleues durables.  Les Maldives ont témoigné avoir mis sur pied des instruments de financement mixtes pour construire la résilience et développer des pratiques de pêche soutenable, notamment celle du thon. 

La Roumanie, de son côté, a souligné son engagement en faveur de l’innovation institutionnelle.  Elle a été la première au sein de l’Union européenne à reconnaître officiellement le métier d’expert en développement durable, avec un objectif de 2 000 professionnels formés d’ici à la fin de l’année.  De plus, elle s’est dotée d’un centre d’excellence en administration publique pour le développement durable, qui vise à renforcer les capacités nationales. 

 

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