L’ECOSOC ouvre l’édition 2025 de son débat de haut niveau pour promouvoir des solutions durables, inclusives et factuelles en vue d’atteindre les objectifs du Programme 2030
Le Président du Conseil économique et social (ECOSOC) a donné, ce matin, le coup d’envoi du débat de haut niveau avec la participation des Premiers Ministres de la Finlande et de l’Ouganda et de près de soixante ministres venus présenter les efforts et attentes de leurs pays. M. Bob Rae a fait lui-même le bilan de son mandat à la tête du Conseil dans un vibrant plaidoyer pour la défense de la Charte des Nations Unies et du renforcement du rôle de l’ECOSOC dans la mise en œuvre du Programme 2030. Constatant de « très puissant vents contraires » à cet égard, le Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, a observé que « nous avons vu, ces deux derniers mois, ce qu’il est possible d’accomplir lorsque les pays s’unissent avec conviction et détermination ».
Dans sa déclaration d’ouverture, le Président de l’ECOSOC a réitéré l’engagement des États Membres de faire avancer le Programme 2030 et ses objectifs de développement durable (ODD). La prospérité doit être partagée pour bénéficier à tout le monde, a-t-il insisté avant de dire que face à la déception globale, les changements climatiques, les conflits, les changements politiques et l’émergence du nationalisme, l’heure est venue de miser encore plus sur la solidarité et nos obligations internationales réciproques. M. Rae s’est rendu à l’évidence reconnaissant l’impact de la diminution des budgets nationaux pour le développement, mais a invité à réaffirmer la pertinence de l’ONU et du multilatéralisme qui permettent d’obtenir des résultats tangibles à tous les niveaux de la société.
Cela implique, a estimé le Président de l’ECOSOC, de travailler avec la société civile, le secteur privé, les jeunes, les peuples autochtones ainsi que les autorités locales et nationales. Les ODD doivent être intégrés dans les plans nationaux de développement et dans les budgets comme la pierre angulaire de l’action gouvernementale, a-t-il conseillé en misant sur ce forum pour renforcer l’ECOSOC. L’Article 55 de la Charte des Nations Unies rappelle que l’ONU a été créée pour s’attaquer aux causes profondes des conflits, de l’exclusion, de la pauvreté et des difficultés économiques; les fondateurs de l’ONU connaissaient pertinemment les conséquences des excès du nationalisme et des droits de douane, a-t-il déclaré sous les applaudissements de la salle. « Nous ne devons pas revenir à ces chapitres sombres de l’histoire et nous devons retenir les enseignements du passé. »
Concrètement, M. Rae a rappelé l’obligation de promouvoir des niveaux de vie plus élevés, le plein emploi, les conditions nécessaires au progrès économiques, des solutions aux problèmes socioéconomiques et de santé publique ainsi que la coopération internationale dans les domaines intellectuel, culturel et éducationnel. « Car nous devons cesser de nous haïr et de nous ignorer les uns, les autres. » Cela implique de respecter les droits fondamentaux et des droits humains y compris ceux des plus de 200 millions de déplacés, a déclaré le Président Rae avant d’exhorter à faire de l’intelligence artificielle « notre alliée ». Citant le prix Nobel de la paix, Václav Havel, il a conseillé de « ne pas arrêter d’espérer et d’essayer ».
Les perspectives du Secrétaire général
Sur la même lancée, le Secrétaire général a souligné que le forum politique de haut niveau sur le développement durable se tient à une période marquée, certes, par de profondes remises en question, mais également par de réelles perspectives. Il a rappelé que malgré de très puissants vents contraires, nous avons vu, ces deux derniers mois, ce qu’il est possible d’accomplir lorsque les pays s’unissent avec conviction et détermination, citant notamment l’Assemblée mondiale de la Santé qui a adopté l’Accord sur les pandémies, étape essentielle vers l’établissement d’une architecture mondiale de la santé plus sûre et plus équitable.
M. Guterres s’est réjoui de l’engagement des gouvernements manifesté lors des deux conférences qui viennent de se tenir. À Nice, à la troisième Conférence sur l’océan, les pays se sont engagés à étendre les aires marines protégées et à lutter contre la pollution plastique et la pêche illicite. À Séville, à la quatrième Conférence internationale sur le financement du développement, les pays ont trouvé un accord pour donner une plus grande marge de manœuvre budgétaire, pour réduire le coût du capital et pour permettre aux pays en développement de mieux se faire entendre lorsqu’il s’agit de leur avenir.
Ce sont les signes qu’une dynamique se crée, a estimé le Secrétaire général ravi de constater que le multilatéralisme peut fonctionner et que la transformation est possible. « C’est l’esprit dans lequel nous abordons ce forum politique de haut niveau dont le but est de renouveler notre engagement à éliminer la pauvreté, protéger la planète et garantir la prospérité pour tous et toutes. » Le Secrétaire général n’a pas manqué de souligner les liens étroits qui existent entre développement et paix, appelant à la paix au Moyen-Orient, au respect du cessez-le-feu entre l’Iran et Israël, à une paix juste et durable en Ukraine ainsi qu’au Soudan, en République démocratique du Congo, en Somalie, au Sahel ou au Myanmar.
Le Chef de l’ONU a vu les ODD comme un projet devant nous aider à tenir « nos promesses faites aux personnes les plus vulnérables, celles que nous nous sommes faites mutuellement et celles que nous avons faites aux générations futures ». Tout le monde est gagnant lorsque nous appliquons notre énergie au développement, a-t-il fait valoir énumérant les acquis obtenus depuis 2015. Pourtant, a indiqué M. Guterres, seuls 35% des cibles des ODD sont en voie d’être atteintes ou, du moins, enregistrent des progrès modérés dans ce sens.
Réaffirmer les engagements du Programme 2030
Le thème du forum qui porte sur cinq objectifs fondamentaux (la santé, l’égalité des sexes, le travail décent, la vie aquatique et les partenariats mondiaux) est porteur de changement dans des domaines relevant d’autres objectifs, a déclaré le Secrétaire général. D’où son appel, notamment, à intensifier les investissements en faveur d’une couverture sanitaire universelle et de l’inclusion et l’égalité pour les femmes et les filles. Le Secrétaire général a également misé sur la protection des écosystèmes marins et le soutien à apporter à des millions de personnes qui en sont tributaires.
Concernant enfin les partenariats mondiaux, M. Guterres a appelé à investir dans la science, les données et les capacités locales et à exploiter l’intelligence artificielle pour accélérer le progrès, et non creuser la fracture numérique. Dans ce cas, a-t-il ajouté, il faut tenir compte de la nécessité de réformer le système financier mondial afin de permettre aux pays en développement de mieux se faire entendre et de participer davantage à la réalisation des ODD. À cinq ans de l’échéance, a conclu le Secrétaire général, le temps est venu de convertir ces prémices de transformation en un puissant élan de progrès qui bénéficie à tous les pays.
Ce forum politique peut servir de plateforme pour aligner le Pacte pour l’avenir, adopté en 2024, et l’Engagement de Séville, adopté il y a quelques jours, sur des actions politiques, guidées par la science et l’équité, a estimé le Président de l’Assemblée générale. Il a encouragé les États Membres à soutenir l’adoption par consensus de la Déclaration ministérielle afin de réaffirmer leur soutien au Programme 2030. Au nom des pays les moins avancés (PMA), le Népal a appelé à une action urgente pour aider ces pays à regagner le terrain perdu afin d’atteindre les ODD et à mettre en œuvre le Programme d’action de Doha les concernant. « Faisons en sorte que 15 PMA supplémentaires entament leur parcours vers la sortie de la catégorie d’ici à 2031 », a exhorté le représentant du groupe.
Le Groupe des amis des enfants et des objectifs de développement durable pour sa part relevé que 300 millions d’enfants survivent avec moins de 2,15 dollars par jour dans le monde avant d’appeler à ce que les ODD soient réalisés pour et avec tous les enfants. Il faut résister au désespoir, a prié la Communauté des Caraïbes (CARICOM) malgré les effets des crises cumulées, le sous-financement des institutions mondiales et la baisse des projections de l’aide publique au développement (APD). Face à cette situation, les pays de la CARICOM poursuivent leur diversification économique, mènent des réformes au niveau national et plaident à l’échelle mondiale en faveur de solutions telles que l’Initiative de Bridgetown et le Service d’appui à la soutenabilité de la dette des petits États insulaires en développement (PEID).
Au nom du Groupe des 77 et la Chine, le Vice-Premier Ministre de l’Iraq s’est félicité de l’examen des ODD 3, 5, 8, 14 et 17 en y voyant les piliers d’un avenir résilient, équitable et durable. Enfin, au sujet de l’Initiative ONU80, la représentante du grand groupe des enfants et des jeunes a estimé qu’il fallait donner la priorité aux promesses et aux programmes onusiens en faveur des jeunes. Ces derniers doivent avoir accès aux emplois décents et à tous les processus intergouvernementaux.
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