Troisième Conférence des Nations Unies sur les pays en développement sans littoral
Table ronde 5 - après-midi
DEV/3479

Conférence d’Avaza: partage d’idées pour mobiliser davantage de ressources destinées à financer le développement durable des PDSL

Table ronde 5 – Avaza, Turkménistan (7 août) – Au cours de la cinquième et dernière table ronde thématique interactive de la Conférence d’Avaza, les 32 pays en développement sans littoral (PDSL), les autres États Membres de l’ONU et les experts de divers horizons ont débattu, cet après-midi, de la question centrale de la mobilisation des ressources et des partenariats mondiaux pour soutenir le développement durable de ces pays.  Les délégations ont partagé leurs expériences et leurs meilleures pratiques en lançant des appels à suivre les prescriptions de l’Engagement de Séville, adopté il y a un mois lors de la troisième Conférence internationale sur le financement du développement.

« Rien ne se fait sans la finance », a lancé d’emblée la Vice-Ministre des affaires étrangères du Portugal, Mme Ana Isabel Xavier, qui coprésidait la séance.  Elle a rappelé que les PDSL sont confrontés à des défis persistants en matière de ressources: une épargne intérieure limitée, la baisse de l’aide publique au développement (APD), des marges de manœuvre budgétaire restreintes. Tout cela est aggravé par les chocs climatiques et les pressions sur la dette extérieure.  La Ministre a fait le lien entre l’Engagement de Séville et le Programme d’action d’Avaza, insistant sur la nécessité d’un système de financement « plus inclusif, plus réactif et plus diversifié » pour que les PDSL atteignent les objectifs de développement durable d’ici à 2030.  Un vœu partagé par la majorité des intervenants.

M. Lejone Mpotjoana, Ministre des affaires étrangères et des relations internationales du Lesotho, a expliqué comment ce pays sans accès à la mer a fait de son enclavement une force en se servant de son relief de montage comme source de production d’énergie propre.  Le pays tire également parti de ses montagnes dans le cadre d’un programme national d’écotourisme qui attire de nombreux visiteurs chaque année, ainsi que des devises.  Il s’est ainsi enorgueilli d’avoir une nation « riche en capital naturel » mais a attiré l’attention sur le paradoxe que connaît son pays, comme d’autres PDSL.  Il a expliqué, par exemple, que le Lesotho a un potentiel énergétique important mais qu’il est en même temps confronté à un déficit énergétique. 

Dans le but de mobiliser des investissements à long terme, le Lesotho est déterminé à moderniser ses administrations fiscale et douanière et à améliorer la transparence budgétaire, a assuré le Ministre tout en lançant des appels à l’aide à la communauté internationale.  Le pays a besoin d’être soutenu par une lutte efficace contre les flux financiers illicites, il a besoin que soit inversée la tendance à la baisse de l’APD et il a besoin de voir se réaliser la réforme de l’architecture financière internationale, sachant le lourd fardeau de la dette que des pays comme le sien portent.

Mobiliser toutes les sources de financement possibles

Plusieurs intervenants à la table ronde ont, eux aussi, appelé les pays développés à respecter leur engagement à dédier 0,7% de leur revenu intérieur brut à l’aide publique au développement.  Un objectif dépassé par le Luxembourg qui y consacre 1%.

Les avantages des financements mixtes ont été mis en évidence par Mme Satu Suikkari-Kleven, Ambassadrice pour la paix et la sécurité des Nations Unies et les partenariats mondiaux au Ministère des affaires étrangères de la Finlande, qui a conseillé aux PDSL d’améliorer l’environnement des affaires pour en bénéficier.  La numérisation et la gouvernance électronique sont par exemple utiles pour accentuer la transparence, a-t-elle dit. 

Il y a aussi l’envoi des fonds des migrants, a rebondi M. Pär Liljert, Directeur du Bureau de New York de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), en signalant que les plus de 700 milliards de dollars mobilisés ainsi chaque année servent à financer les besoins sociaux de base comme les frais de scolarité ou les soins de santé. En 2023, les envois de fonds représentaient 39% du PIB du Tadjikistan et 25% de celui du Lesotho.  Attention, ces données ne sont pas exactes, a-t-il toutefois prévenu en relevant que de nombreux envois de fonds sont faits par des canaux informels.  Il a également mis en garde que les coûts de transfert oscillent autour de 9,5% alors que la cible des objectifs de développement durable (ODD) est de 3%.  Pour faire diminuer ces coûts, il a appelé à une alliance public-privé avec l’implication de la société civile.  Le Directeur s’est également pris à rêver d’un marché réformé et plus compétitif avec encore plus d’entreprises de transfert de fonds. 

Les problèmes communs à résoudre

Plusieurs délégations, comme les Philippines, ont insisté sur l’indispensable réforme de l’architecture financière internationale.  Selon Cuba, la nouvelle architecture doit libérer les PDSL de nombreuses conditionnalités qui compromettent leur autonomie.  « Les institutions qui ont perpétué la dette ne peuvent pas être celles qui formulent des recommandations pour y mettre fin, car le résultat ne sera pas différent », a prévenu la délégation cubaine avant de réitérer l’appel de Séville en faveur d’une meilleure gestion de la dette souveraine, notamment par le biais d’un mécanisme multilatéral basé aux Nations Unies. 

Un autre expert a rallié l’idée de mettre sur pied une autorité internationale sur la dette.  En rappelant que 50% des PDSL sont en Afrique, M. Ousmane Fall, Directeur de la Banque africaine de développement (BAD), a attiré l’attention sur les taux d’intérêts « iniques » appliqués aux pays africains, qui alourdissent l’encourt de leur dette.  Chaque année, a-t-il relevé, le continent perd 75 milliards de dollars rien que du fait d’intérêts liés à des évaluations de risque qui lui sont appliquées.  Consciente de la situation, l’Union africaine (UA) entend mettre sur pied une agence sur le crédit qui évaluera elle-même, de manière plus juste, la situation de risque inhérente à chaque pays du continent. 

Les coûts de paiements sur le continent africain ont aussi été la préoccupation de Mme Trudi Hartzenberg, Directrice exécutive de The Trade Law Centre for Southern Africa.  Elle a expliqué que les systèmes de paiement utilisent très souvent des devises étrangères au détriment des locales.  Une situation qui implique des frais supplémentaires de conversion. 

L’implication de tous les pays et de tous les secteurs

L’Union européenne a appelé les PDSL à varier les sources de financement, étant donné que le constat de la baisse de l’APD a été fait.  Pour l’UE, combler les déficits de financement publics passe par la mobilisation de fonds privés et autres.  Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a ajouté qu’il apporte déjà son assistance technique à une vingtaine de PDSL dans la mise en place d’instruments de financement durables. 

La Croatie a proposé une coopération internationale renforcée, des investissements ciblés et des partenariats engagés.  Un peu comme celui vanté par l’Association des femmes éthiopiennes pour l’eau qui a bénéficié de fonds pour former une centaine de femmes à la gestion durable des ressources en eau.  La stratégie du Luxembourg pour soutenir la transformation durable des pays sans littoral repose sur une approche intégrée: un financement public ambitieux, une mobilisation du secteur privé et des partenariats de qualité.  Au Burkina Faso en revanche, la mobilisation locale s’appuie sur la participation des populations qui financent elles-mêmes un certain nombre de projets locaux.

Toujours dans le cadre de la coopération et du partenariat, le Vice-Président du Cabinet des Ministres du Turkménistan, M. Hojamyrat Geldimyradov, qui coprésidait la table ronde, a signalé que le Forum international sur la paix et la confiance se tiendra à Achgabat le 12 décembre prochain, à l’occasion du trentième anniversaire de la neutralité permanente du Turkménistan.  Cet événement réunira des participants du monde entier afin de renforcer la culture mondiale de la paix.


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