Troisième Conférence des Nations Unies sur les pays en développement sans littoral
Table ronde 4 - matin
DEV/3478

Conférence d’Avaza: infrastructures, connectivité et systèmes de transit au centre des préoccupations des pays en développement sans littoral

Table ronde 4 – Avaza, Turkménistan (7 août) - La troisième Conférence des Nations Unies sur les pays en développement sans littoral (PDLS) s’est intéressée, ce matin, à trois des principaux défis que rencontrent ces exclus de l’intégration sur les marchés mondiaux: « construire des infrastructures durables, renforcer la connectivité et promouvoir des systèmes de transit sans restriction », thème d’une nouvelle table ronde thématique de haut niveau présidée par la Ministre des transports et des infrastructures du Mali. 

En ouvrant la discussion, le Ministre d’État de l’administration territoriale et de la mobilité du Burkina Faso, pays enclavé d’Afrique de l’Ouest, a mis l’accent sur la dépendance des PDSL à l’égard de leurs voisins côtiers.  Faisant observer que le port de transit le plus proche de son pays est distant de plus de 1 000 kilomètres, il a alerté sur la situation de tous les pays de la sous-région sans façade maritime, qui supportent des coûts de transport pouvant atteindre 45% du coût final de leurs importations, contre 10 à 15% pour les pays côtiers. 

Face à ce désavantage géographique, aggravé par plusieurs facteurs (insuffisance d’infrastructures durables, absence de cadre contraignant sur les taux de fret souvent prohibitifs, coût élevé des passages aux frontières et non-respect par certains pays des textes sur le transit des marchandises), le panéliste a mis en avant plusieurs mesures prises par son gouvernement, notamment un système de suivi des véhicules de marchandises par le biais de balises électroniques et une intégration à la plateforme d’interconnexion des systèmes douaniers de la sous-région.  Il a également fait état de projets de liaisons ferroviaires avec des ports de transit et de la transformation d’un aéroport en hub logistique régional. Autant d’infrastructures qui ne peuvent être financées sur la seule base des ressources nationales, a-t-il averti, appelant à un soutien international pour les PDLS. 

Les voies de transport, de véritables « lignes de vie »

Pour être porteuses de transformation, les infrastructures des PDLS doivent être en mesure de soutenir la participation de ces pays aux chaînes de valeur mondiales, a soutenu à son tour Mme Fatou Haidara, Directrice principale et adjointe du Directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI). Pour cela, a expliqué cette ancienne Ministre malienne de l’industrie et du commerce, des couloirs de transport intégrés sont nécessaires pour abaisser les coûts de circulation des marchandises et réduire les temps de transit. 

Au-delà de ces véritables « lignes de vie », il faut faire bénéficier les PDLS d’une connectivité numérique qui permette à leurs entreprises de commercer en ligne et d’accéder aux marchés mondiaux, a-t-elle ajouté, plaidant d’autre part pour l’instauration de couloirs énergétiques car « sans énergie il ne peut y avoir d’industrialisation ». L’ONUDI appuie le développement de ces couloirs pour améliorer l’accès des PDSL à une énergie durable et abordable, en particulier en Afrique où elle met en œuvre le programme continental de transition énergétique, a indiqué l’intervenante. 

Saluant la multiplication des couloirs de transport, tant en Afrique qu’en Asie, le Secrétaire général de l’Union internationale des transports routiers (IRU) n’a pas caché sa « frustration » devant les projets de développement de voies ferroviaires.  « Je n’ai rien contre le rail mais il devrait seulement compléter les routes reliant à la mer les régions reculées », a argué M. Umberto de Pretto, pour qui l’urgence est plutôt de réduire le temps de passage aux frontières, lequel peut atteindre plusieurs semaines.  Un camion coincé à un poste frontalier est, selon lui, « l’antithèse du développement durable car les marchandises sont immobilisées et les chauffeurs pris en otages, tandis que les gaz à effet de serre émis mettent à mal la protection de l’environnement ». 

À cet égard, M. de Pretto a fait valoir que la Convention TIR (Transit international routier), en vigueur depuis 1975 et gérée par l’IRU, permet de réduire le temps d’attente de 92%, les tarifs de fret de 50% et les émissions de CO2 de 90%.  Regrettant que 21 des 32 PDSL n’aient toujours pas adhéré à cet instrument de base pour les liaisons terrestres, il a relevé que parmi les grands bénéficiaires de la Convention figure l’Ouzbékistan, pays doublement enclavé et dont les camions circulent fluidement. 

Intervenant sur le même sujet, la fondatrice de l’Europe and Central Asia Transport and Trade Association, dont la vocation est de relier les pays d’Asie centrale au reste du monde, a fait part de son expérience pour rejoindre Avaza depuis la Belgique par la route: quelque 5 000 kilomètres et 13 pays traversés en l’espace de 14 jours.  Un temps de voyage abusivement long qui lui a fait réclamer une amélioration urgente de la connectivité depuis et vers les pays sans littoral.  Appelant en outre à une harmonisation des procédures douanières et à une accélération de la numérisation dans le domaine des transports, Mme Leila Batyrbekova a estimé que ces objectifs ne pourront être atteints sans des efforts communs des secteurs public et privé, et l’appui des organisations internationales telles que l’ONU. 

Les nouveaux axes dont sont fiers les PDSL

Au cours du dialogue interactif qui a suivi les interventions des panélistes, le Turkménistan, pays hôte de la Conférence, a souligné sa position de transit unique entre l’Est et l’Ouest, le Nord et le Sud, faisant remarquer que les couloirs internationaux les plus importants traversent son territoire, en particulier le couloir central transcaspien, la liaison Kazakhstan-Iran et la route entre l’Afghanistan et l’Europe.  Il a aussi évoqué un projet de route terrestre entre la Chine et le Golfe persique, avant de proposer la création d’un fonds régional pour les projets d’infrastructure et d’intégration numériques des PDSL. 

Dans le même ordre d’idées, le Fonds du Koweït pour le développement arabe a rappelé qu’en 60 ans d’existence, il a accordé un millier de prêts à taux préférentiel à des pays en développement, parmi lesquels figurent 26 PDSL.  Les projets financés par ses soins ont permis à des pays tels que le Burkina Faso, l’Ouganda ou encore le Tadjikistan d’accéder à des routes internationales menant à des ports, a-t-il indiqué, tandis que le Maroc faisait état d’une « initiative royale » destinée à faciliter l’accès des pays du Sahel à l’océan Atlantique, en tirant parti des infrastructures de pointe du pays. 

Les ports secs, des infrastructures qui se développent rapidement

Plusieurs pays africains -PDSL et pays de transit- ont mis en exergue leurs investissements dans les infrastructures de transport, qu’il s’agisse d’autoroutes, de chemins de fer, de ports secs ou de plateformes logistiques.  L’Éthiopie s’est ainsi enorgueillie de la ligne ferroviaire électrifiée Addis-Abeba-Djibouti, longue de plus de 750 kilomètres, qui relie le pays à la mer, réduisant les émissions de carburant et les temps de transit.  Elle a également signalé la construction de huit ports secs, qui ont décongestionné les ports, favorisé le transport multimodal et facilité le dédouanement. 

La Zambie a, elle, rendu hommage à ses voisins -Afrique du Sud, Angola, Mozambique, Namibie, Tanzanie et Namibie- qui ont fait preuve de « générosité » en créant des ports secs et des centres logistiques à son intention.  « À Dar es-Salaam, en Tanzanie, nous pouvons désormais opérer dans des ports secs qui sont autant d’extensions de notre territoire », a salué le Ministre zambien des transports et de la logistique. 

Soucieux de surmonter les défis liés au transport routier, le Lesotho a, pour sa part, souligné le rôle stratégique que l’aviation peut jouer pour favoriser la connectivité régionale et améliorer les échanges commerciaux.  Il a expliqué avoir réformé son secteur aérien tout en réhabilitant ses aéroports internationaux et nationaux, ce qui lui permet de tirer pleinement parti de la Zone de libre-échange continentale africaine et du marché unique africain du transport aérien. 

Remédier à l’absence de financement à long terme

Enclavé lui aussi, le Zimbabwe a applaudi sa coopération avec le Mozambique et la Zambie dans le domaine routier et ferroviaire, avant de se plaindre de l’absence de financements à long terme et de prêts à taux préférentiel pour permettre aux PDSL de combler leurs lacunes en matière d’infrastructures et de rattraper le retard avec les autres pays, qu’il a chiffré à plus de 500 milliards de dollars.  Une situation encore aggravée, dans son cas, par les sanctions qui lui sont imposées et qui le privent d’aide financière. 

La République démocratique populaire lao a, quant à elle, appelé l’ONU à soutenir les efforts des pays enclavés en favorisant les investissements dans les couloirs de transport et la coopération avec les partenaires de développement.  Elle a expliqué qu’en dépit de sa liaison ferrée avec la Chine, qui a permis de faire baisser les coûts de transport de 40%, elle reste confrontée à des difficultés d’accès aux marchés mondiaux.

Le financement demeure un défi majeur, a convenu l’Union européenne (UE).  Pour y accéder, les PDSL doivent activement rechercher des mécanismes d’investissement dédiés aux infrastructures et mobiliser le soutien des institutions financières mondiales et des investisseurs privés, a-t-elle préconisé, jugeant que les partenariats public-privé et les financements innovants adaptés aux besoins spécifiques de ces pays seront essentiels pour débloquer les capitaux nécessaires aux projets transformateurs. 

L’UE a cependant précisé qu’entre autres projets, elle soutient le corridor N’Djamena-Douala afin d’améliorer la connectivité entre le Sahel et le golfe de Guinée.  Elle a ajouté qu’en Asie centrale, elle participe au couloir transcaspien à voie rapide, avant de citer l’initiative Team Europe sur la connectivité numérique qui contribue à accroître la connectivité et l’intégration régionale. 

En tant que membre de l’UE, la Bulgarie a fait part de sa participation à des initiatives visant à améliorer la connectivité des transports, les infrastructures numériques et la sécurité énergétique dans les régions voisines, notamment les Balkans occidentaux, la région de la mer Noire et l’Asie centrale, qui abritent de nombreux PDSL. 

De son côté, la Pologne a rappelé qu’à son initiative, l’Assemblée générale a adopté par consensus en 2023 une résolution intitulée « Renforcer la résilience mondiale et promouvoir le développement durable grâce à la connectivité des infrastructures régionales et interrégionales ».  Ce texte, a-t-elle exposé, appelle à des efforts pour promouvoir l’intégration et la coopération économiques régionales et interrégionales, notamment en améliorant les infrastructures de transport, en renforçant la connectivité et en facilitant le commerce et l’investissement.  Elle a invité les PDSL à le mettre en œuvre et à proposer un suivi. 

 

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