Conférence d'Avaza: les pays n’ayant pas accès à la mer devraient avoir accès aux solutions climatiques pour faire face aux multiples vulnérabilités
Table ronde 3 – Avaza, Turkménistan (6 août) – Au cours de la troisième table ronde de la Conférence d’Avaza sur les pays en développement sans littoral (PDSL), cet après-midi, les délégations ont entendu une pluie de propositions pour réduire la vulnérabilité climatique que les PDSL connaissent du fait de leur situation géographique. Les participants ont débattu sur le thème « renforcer la capacité d’adaptation, consolider la résilience et lutter contre la vulnérabilité aux changements climatiques et aux catastrophes dans les PDSL ».
La vulnérabilité climatique n’épargne aucun secteur, encore moins l’agriculture qui est le secteur le plus important de la vie des PDSL. C’est par ce constat que le Coprésident de session, M. Dina Nath Dungyel, Ministre des affaires étrangères et du commerce extérieur du Bhoutan, a lancé le débat. Son homologue, Coprésident de la session, M. Michael Bizwick Usi, Vice-Président du Malawi, a confirmé que son pays est constamment frappé par les catastrophes naturelles. Pour réagir à cette nouvelle donne, le pays investit dans les infrastructures et entend désormais promouvoir une agriculture verte.
La coopération internationale est la clef pour permettre aux PDSL de gérer la situation, a estimé M. Tangryguly Atahallyyev, Vice-Président du Cabinet des ministres du Turkménistan, pays qui a adhéré à des nombreux accords internationaux en matière de protection de l’environnement et où des milliers d’arbres sont plantées chaque année. Cette fibre écologique est visible dans la zone touristique d’Avaza, hôte de la Conférence, s’est-il enorgueilli. Comme proposition pour améliorer l’état des choses, il a appelé à mettre sur pied une instance onusienne sur la gestion de l’eau en Asie centrale.
Financer la résilience climatique par des financements dédiés
Reconnaissant lui aussi que les changements climatiques minent l’économie et l’essor des pays enclavés en développement, M. Sergiu Lazarencu, Ministre de l’environnement de la République de Moldova, a misé sur le renforcement de la résilience nationale. Son pays travaille ainsi à une résilience décentralisée en impliquant les municipalités qui mettent au point des outils de planification stratégiques. « Mais tout cela n’est pas possible sans l’accès à des financements climatiques prévisibles », a averti le Ministre qui a souhaité une meilleure représentation des PDSL dans les instances décisionnaires des fonds dédiés à la lutte contre les changements climatiques.
Comme lui, d’autres délégués ont mentionné ces fonds climatiques, notamment M. Johann Saathoff, Secrétaire d’État parlementaire au Ministère fédéral allemand de la coopération économique et du développement, qui a souligné le rôle important que peuvent jouer les banques multilatérales pour améliorer l’accès des PDSL à ces fonds. L’Allemagne, qui est la plus grande contributrice au Fonds vert sur le climat, plaide pour un meilleur accès à ce dernier, a-t-il dit.
Plusieurs intervenants ont convoqué le Fonds pour les pertes et préjudices afin d’apporter ce soutien tant nécessaire aux PDSL, plaidant également pour que ces pays bénéficient du soutien technique du Réseau de Santiago pour la prévention, la réduction et la prise en compte des pertes et préjudices liés aux effets néfastes des changements climatiques. Cette instance a été créée en décembre 2019 dans le but de mobiliser l’assistance technique dont les pays en développement particulièrement vulnérables aux effets néfastes des changements climatiques ont besoin. Il s’agit de soutenir leurs efforts visant à éviter, réduire et affronter les pertes et préjudices qui y sont liés. Le Royaume-Uni, qui est membre du Conseil pour les pertes et préjudices, a attiré l’attention sur sa promesse de verser 40 millions de livres à ce fonds.
Coopérer et partager les solutions pour résister aux catastrophes
« Du fait des changements climatiques, l’eau n’est plus prévisible », a ensuite alerté M. Dmitry Mariyasin, Secrétaire exécutif adjoint de la Commission économique des Nations Unies pour l’Europe, en évoquant la question de la crise hydrique en Asie centrale, une situation qui devient critique dans les PDSL. D’où le besoin crucial de coopération transfrontière en matière de gestion des ressources en eau, a-t-il mis en garde tout en relevant que les intérêts des pays en amont divergent de ceux situés en aval des cours d’eaux. Pourtant, en coopérant, les pays peuvent parvenir à des objectifs plus ambitieux, a-t-il insisté en rappelant que les changements climatiques ignorent les frontières.
À propos de coopération, la Suisse s’est félicitée de celle développée par le Népal et le Bhoutan avec leurs voisins pour la fourniture de services écosystémiques essentiels qui donnent accès à l’eau douce dévalant les montagnes de ces deux pays.
La préparation aux catastrophes a été le sujet développé naturellement par Mme Natalia Alonso Cano, Cheffe du Bureau régional Europe et Asie centrale du Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe. Elle a souligné que le taux de survenance de catastrophes dans les PDSL est le double des autres pays. Il faut donc corriger la vulnérabilité extrême de ces pays et intégrer les risques de catastrophes dans tous leurs secteurs. Au vu du manque de fonds, elle a aussi mentionné le soutien que pourrait apporter le Réseau de Santiago.
Une première chose à faire est de mettre fin aux conflits afin de dégager des fonds pour l’action climatique, a déclaré pour sa part Mme Opha Pauline Dube, professeure à l’Université du Botswana et membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Il faut, a-t-elle ajouté, innover dans l’éducation en enseignant les matières comme la chimie dans les PDSL. Selon elle, cela permettrait aux PDSL de créer et innover pour résoudre les problèmes endogènes.
C’est « la catastrophe écologique de la mer d’Aral » qu’a abordé pour sa part l’Ouzbékistan, un pays « doublement enclavé » (entouré de pays eux-mêmes enclavés), car il faut trouver des solutions au rétrécissement de cette mer. Les pays qui n’ont pas accès à la mer devraient avoir accès aux solutions, a plaidé la délégation en écho à d’autres intervenants. Les Philippines, qui ont dit avoir trouvé des solutions locales, ont assuré de leur disponibilité à aider les PDSL à réduire les risques aux catastrophes et mieux préparer les dossiers de demande de fonds climatiques. Ces fonds doivent en priorité cibler les populations les plus vulnérables, a plaidé le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP). Selon l’agence onusienne, les régions les plus peuplées sont celles devant bénéficier en premier des programmes de préparation aux catastrophes.
En Türkiye, 5,9 millions de tonnes de gaz à effet de serre ont été séquestrées grâce à l’initiative « Zéro déchet » lancée par la Première dame du pays qui espère accueillir la COP sur le climat en 2026, s’est enorgueillie la délégation. Le Niger a quant à lui souhaité que les PDSL ne soient plus à la périphérie, mais au cœur des réponses climatiques. Un avis partagé par Third World Network, une organisation non gouvernementale qui conseille d’exploiter l’expérience des petits agriculteurs des PDSL car ces pays ont appris, au fil de l’expérience, à mieux gérer les risques.
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