Conférence d’Avaza: faciliter le commerce et l’intégration régionale, impératif absolu pour les pays en développement sans littoral
Table ronde 2 – Avaza, Turkménistan (6 août) – Au deuxième jour de la Conférence d’Avaza sur les pays en développement sans littoral (PDSL), la table ronde thématique, ce matin, s’est concentrée sur les moyens de saisir le potentiel transformateur du commerce, grâce notamment à l’intégration régionale, pour les pays en développement sans littoral. Panélistes, ministres et organisations internationales se sont accordés sur l’absolue nécessité que représente cet objectif pour les pays privés d’accès territorial à une mer ouverte.
Coprésidents de cet échange, le Premier Ministre du Népal, M. K.P Sharma Oli, et le Vice-Président de la Gambie, M. Muhammed B.S. Jallow, ont tous deux insisté sur la trop grande dépendance des PDSL et sur leur vulnérabilité extrême aux chocs externes et aux catastrophes. Dans ce contexte négatif, ils ont plaidé pour des investissements dans les infrastructures de transport et la numérisation des processus commerciaux, tout en appelant les pays concernés à accroître leur intégration régionale et les partenariats à tous les niveaux. Ce sont là des conditions sine qua non pour honorer la promesse d’un doublement des exportations des PDSL et de leur intégration dans le système commercial mondial d’ici à 2034, ont-ils souligné.
« Être dans un pays enclavé signifie que chaque cargaison d’importation doit passer par un territoire de transit et être tributaire de la bonne volonté d’autres pays », a confirmé la Secrétaire générale de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED). Concrètement, cela implique des coûts de transport supérieurs d’environ 50% et une attente moyenne de 42 jours pour importer des marchandises alors que les pays côtiers n’attendent que 20 jours, a précisé Mme Rebeca Grynspan, ajoutant que les recettes des PDSL liées aux exportations servent deux fois plus qu’ailleurs à payer les frais de transport et d’assurance.
Selon elle, trois facteurs peuvent « changer la donne », à commencer par l’intégration régionale, qui passe par la mise en place de guichets uniques et l’harmonisation des procédures douanières. Le but de telles mesures est que les pays de transit et leurs voisins sans littoral puissent prospérer ensemble, a-t-elle affirmé, citant en exemple le couloir central établi en Asie centrale, qui a permis de réduire de 45 à 20 le nombre de jours nécessaires pour transporter des marchandises entre la Chine et l’Europe, et la Zone de libre-échange continentale africaine, la plus importante au monde, qui représente un marché de 3,4 milliards de personnes.
Autre facteur essentiel, la numérisation devrait contribuer à doubler la production de services des PDSL d’ici à 2024, a indiqué Mme Grynspan. À ses yeux, il s’agit d’une « occasion en or » pour les pays enclavés car « les services numériques ne dépendent pas de la géographie ». Si les PDSL ne représentent encore que 0,3% des exportations mondiales de services numériques, ils ont enregistré l’an dernier une croissance « à deux chiffres » dans ce secteur d’avenir, s’est-elle félicitée, invitant cependant les pays concernés à investir davantage dans les infrastructures à large bande, les plateformes numériques, les systèmes de paiement électroniques et le capital humain compétent.
Le troisième facteur d’intégration commerciale est, selon elle, la facilitation des échanges. Cet effort nécessite « les outils, les investissements et les partenariats appropriés », a-t-elle expliqué, relevant que le système d’évaluation de la préparation aux échanges de la CNUCED a permis d’améliorer la situation dans 26 des 32 PDSL. Elle a donné l’exemple du Turkménistan, qui, grâce à la mise en place d’un guichet unique, peut désormais traiter plus de 20 000 documents par mois. Reste que les investissements étrangers directs tendent à reculer dans les PDSL en raison du manque d’infrastructures, ce qui pose la question des partenariats.
« Les pays de transit et les pays enclavés doivent comprendre que leur sort est lié » (Rebeca Grynspan)
Tous les pays ont un rôle à jouer pour faciliter les échanges, a enchaîné M. Tiroeaone Ntsima, Ministre du commerce et de l’entrepreneuriat du Botswana: les PDSL doivent réformer leur réglementation et diversifier leur économie, les pays de transit voisins doivent simplifier leurs procédures et les pays développés doivent contribuer à ces efforts par des transferts de technologie. Le Ministre a d’ailleurs remercié la Namibie pour sa coopération commerciale.
« Grâce à la coopération, la tyrannie de la géographie peut se transformer en bienveillance », a observé M. Jin Liqun, Président de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures, qui compte aujourd’hui 110 membres dont plusieurs PDSL. Alors que les pays enclavés dépendent de leurs voisins côtiers, ces derniers doivent comprendre « le potentiel colossal et les avantages communs découlant d’une collaboration », a-t-il plaidé, notant par exemple que la population des PDSL devrait doubler d’ici 20 ans et que leurs ressources naturelles sont des « gisements commerciaux ».
Pour gagner en efficacité, le commerce des PDSL doit pouvoir s’appuyer sur une transformation numérique, un appui multilatéral et des partenariats forts, a ajouté le Secrétaire général de l’Organisation mondiale des douanes, qui travaille avec 186 administrations douanières, dont celles des 32 PDSL. Pour M. Ian Saunders, les solutions numériques sont d’autant plus cruciales qu’elles ont le potentiel de rationnaliser la coopération à chaque chaînon de la coopération mondiale. De même, le transport aérien peut contribuer aux activités commerciales des PDSL s’il est soutenu par des opérations douanières bien coordonnées.
Dans la même veine, Mme Maryam bint Ali bin Nasser Al-Misnad, Ministre d’État à la coopération internationale du Qatar, a exhorté les pays enclavés et leurs voisins de transit à travailler ensemble pour établir des couloirs de transport, harmoniser leurs systèmes douaniers et mettre en concordance leurs services financier et numériques.
Le Secrétaire général de l’Organisation de coopération économique (OCE) a, pour sa part, rappelé que sept PDSL figurent au sein de ce groupe intergouvernemental de 10 membres, 7 nations asiatiques et 3 eurasiennes. Tous connaissent les défis des pays enclavés, qu’il s’agisse de l’isolement, des limites géographiques et des procédures de transport difficiles, a indiqué M. Asad Majeed Khan, jugeant lui aussi essentiel de simplifier les procédures douanières et de réduire les coûts aux frontières. Pour cela, il a souhaité que l’on réfléchisse au développement des PDSL sous le prisme régional et en donnant la priorité à des activités comme le tourisme.
Au cours du dialogue interactif qui a suivi ces interventions, ONU Tourisme a souligné à son tour le « pouvoir transformateur » du tourisme durable, faisant observer que l’activité touristique est un moteur d’intégration économique régionale. « Pour nombre de PDSL, qui font face à des coûts de transport transfrontaliers élevés, le tourisme offre une opportunité stratégique de diversification en attirant des visiteurs dans les zones rurales, les réserves naturelles et les lieux de patrimoine », a fait valoir le représentant, voyant là un moyen pour ces pays d’accélérer leur transformation structurelle et leur diversification économique.
Les guichets uniques plébiscités pour l’intégration régionale
Plusieurs intervenants ont mis l’accent sur la nécessité de guichets uniques et de réformes numériques pour faciliter l’intégration régionale et désenclaver les PDSL. Eswatini a milité pour de telles mesures tout en appuyant l’Accord de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur la facilitation des échanges. « Si nous agissons rapidement à cet égard, être sans littoral ne voudra plus dire être laissé de côté », a-t-il dit, avant d’appeler l’OMC à mettre en place un groupe de travail sur les PDSL lors de sa prochaine réunion ministérielle.
Le Paraguay a, lui, suggéré que des organismes tels que la CNUCED et l’OMC collaborent à des analyses objectives de l’impact des « mesures environnementales unilatérales » sur les PDSL et leur conformité avec les normes internationales, arguant que de telles mesures font obstacle aux avantages comparatifs des PDSL en matière de croissance verte. De plus, selon lui, les partenariats avec les pays de transit devraient se concentrer sur l’harmonisation des procédures, la réduction des coûts et la simplification des passages aux frontières.
Abordant elle aussi les questions relatives à l’OMC, la République tchèque a encouragé les pays enclavés à unir leurs efforts pour maintenir et moderniser l’OMC afin qu’elle reste adaptée aux défis mondiaux actuels. À ce sujet, elle a qualifié l’Accord sur la facilitation des échanges d’ « instrument essentiel » pour réduire les coûts des échanges et améliorer l’efficacité du transit, rappelant que son pays a soutenu sa mise en œuvre, notamment par des contributions financières volontaires. Elle a assuré que la République tchèque continuera de soutenir l’assistance technique et le renforcement des capacités des PDSL et des pays de transit, notamment en partageant son expérience en matière de numérisation douanière et de coopération transfrontalière.
À son tour, la République-Unie de Tanzanie a indiqué que son pays investit dans les postes frontières à guichet unique, les systèmes douaniers uniques et les systèmes de communautés portuaires afin de réduire les délais bureaucratiques et de rationaliser la logistique transfrontalière. Elle a appelé à un soutien international accru pour accélérer leur mise en œuvre, réaffirmant au passage l’importance de l’intégration régionale à travers la Zone de libre-échange continentale africaine qui offre un cadre pour l’expansion du commerce intra-africain.
Les couloirs de développement et les zones de libre échange
La Zambie, pays enclavé ayant noué un partenariat commercial avec la Tanzanie, a quant à elle insisté sur la solution des « couloirs de développement » pour réduire les frais de transport et faciliter les échanges. Ces couloirs peuvent prendre la forme de routes terrestres, de voies ferrées ou encore de ponts, comme celui que la Zambie partage avec le Botswana et qui permet d’abaisser nettement les temps de transport. La Zambie a appelé à tirer parti de la numérisation via les guichets uniques frontaliers, qui font passer les cargaisons sans heurt d’un pays à l’autre. Par souci d’efficacité, les convois devraient pouvoir traverser la frontière sans s’arrêter, a-t-elle avancé.
Le Burkina Faso s’est lui focalisé sur l’actualité de son pays, qui mise sur l’Alliance des États du Sahel pour renforcer son intégration régionale et en faire un outil de développement. Il a également fait état de l’adoption d’une stratégie nationale sur la Zone de libre-échange continentale africaine en vue d’en optimiser les retombées commerciales.
Faisant remarquer que 16 des États africains sont des PDSL, l’Algérie a précisé que son pays à consenti d’importants efforts commerciaux à l’échelle continentale, notamment en rejoignant la Zone de libre-échange et en contribuant à l’installation d’infrastructures dans plusieurs États enclavés pour qu’ils aient accès à la mer. Il a cité en particulier le couloir sahélien pour la fibre optique.
La facilitation des échanges ne se limite pas aux infrastructures, a cependant estimé l’Éthiopie, pour qui les PDSL doivent vaincre leur enclavement grâce au développement numérique et à l’innovation pour accroître la productivité de leurs secteurs manufacturiers, de leur agriculture et de leurs services. Un objectif que défend le plan « Éthiopie numérique 2025 ». Constatant que le commerce favorise le développement économique et favorise la paix, le représentant a jugé nécessaire que son pays bénéficie d’un accès territorial garanti et sécurisé à la mer afin de « libérer pleinement son potentiel économique diversifié ». Pour l’heure, a-t-il dit, l’Éthiopie s’efforce de figurer parmi les 50 pays qui supprimeront les barrières commerciales d’ici à 2030.
De son côté, le Turkménistan a mis en avant le rôle du secteur privé dans la facilitation du commerce des PDSL. Les entreprises jouent un rôle indispensable dans la simplification des procédures commerciales, ce qui permet d’accélérer les échanges, de rendre les prix plus compétitifs et d’augmenter les ventes, a-t-il applaudi, saluant le moteur de croissance qu’elles représentent pour des pays comme le sien.
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