Troisième Conférence des Nations Unies sur les pays en développement sans littoral
1re séance plénière
DEV/3474

Conférence d'Avaza: lancement d’une « nouvelle décennie d’ambition » destinée à libérer le potentiel des pays en développement sans littoral

Ouverture - Avaza, Turkmémistan (5 août) - Repenser le système mondial en faveur des pays en développement sans littoral (PDSL), dont les économies restent largement privées d’opportunités en raison de leur manque d’accès à la mer: tel est le principal objectif de la troisième Conférence des Nations Unies consacrée à ces « exclus », qui s’est ouverte ce matin à Avaza, sur la côte caspienne du Turkménistan, en présence de nombreux chefs d’État, ministres, investisseurs, dirigeants locaux et responsables onusiens. 

« Il s’agit de lancer une nouvelle décennie d’ambition et de libérer pleinement le potentiel de développement des PDSL », a souligné le Secrétaire général de l’ONU en donnant le coup d’envoi de ce rendez-vous décennal. 

Pour les 32 PDSL d’Afrique, d’Asie, d’Europe et d’Amérique du Sud, « la géographie limite trop souvent les opportunités de développement et renforce les inégalités », a constaté M. António Guterres dans sa déclaration d’ouverture.  Ces pays font en effet face à d’importantes barrières commerciales, à des coûts de transport élevés et à un accès restreint aux marchés mondiaux. 

De fait, nombre d’entre eux restent extrêmement vulnérables, dépendants des exportations de matières premières, exposés à la volatilité des prix internationaux et limités par des bases économiques étroites.  Bien qu’ils réunissent 7% de la population mondiale, les PDSL ne représentent qu’un peu plus de 1% de l’économie et du commerce mondiaux, « un exemple frappant des profondes inégalités qui perpétuent la marginalisation ».

Quatre priorités essentielles pour la décennie à venir 

Sur la base des cinq orientations du Programme d’action d’Avaza (transformation structurelle; commerce et intégration régionale; transit, transport et connectivité; renforcement des capacités d’adaptation et de la résilience; mobilisation des ressources techniques et financières) adopté en décembre dernier par l’Assemblée générale, le Secrétaire général a énoncé plusieurs priorités « pour une action collective au cours de la décennie à venir ». 

En premier lieu, il convient de permettre aux PDSL d’exploiter leur potentiel malheureusement trop contraint par des financements et un accès aux marchés limités, a avancé M. Guterres.  Selon lui, la transformation numérique doit être au cœur de cet effort non seulement pour aider les PDSL à surmonter les obstacles physiques et à se connecter aux marchés mondiaux mais aussi pour renforcer la connectivité entre les communautés. 

Pour l’heure, la fracture numérique est criante, les femmes et les populations rurales étant particulièrement exclues.  Il faut combler ces lacunes de toute urgence, a soutenu le Secrétaire général, appelant à des partenariats solides, notamment avec le secteur privé, pour intensifier l’innovation, transférer les technologies et connecter certaines des populations les plus isolées du monde.  « Nous devons également aider les PDSL à exploiter le commerce électronique, les services bancaires mobiles et les services numériques pour créer des emplois, accroître les revenus et autonomiser les jeunes. »

La deuxième priorité doit aller au renforcement du commerce, du transit et de la connectivité régionale, ce qui implique de simplifier les procédures transfrontalières, d’harmoniser les normes et de renforcer les cadres juridiques, a poursuivi le Secrétaire général. Les PDSL doivent être pleinement intégrés aux chaînes de valeur régionales et mondiales pour passer du rôle de fournisseurs de matières premières à celui de créateurs de produits à forte valeur ajoutée, a-t-il préconisé, avant d’inviter les banques multilatérales de développement à accorder la priorité à ces pays enclavés en leur octroyant des financements concessionnels pour les transports et le commerce.  « Lorsque les PDSL sont connectés, des régions entières peuvent prospérer.»

Il importe également de renforcer l’action climatique, les PDSL souffrant de manière disproportionnée des impacts des changements climatiques alors qu’ils contribuent à moins de 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.  « La combinaison de l’enclavement et de la vulnérabilité climatique crée des risques complexes qui menacent le développement et, dans certains cas, la survie » de ces pays, a relevé M. Guterres.

Il a exhorté la communauté internationale à doubler le financement de l’adaptation, « comme promis », à investir dans des systèmes d’alerte précoce et à construire des infrastructures résilientes capables de résister aux chocs climatiques.  Avec le soutien approprié, la transition verte peut permettre aux PDSL de passer rapidement à des solutions durables –des énergies renouvelables à la mobilité électrique– en créant de nouvelles industries et des emplois décents, tout en protégeant la planète, a assuré le Chef l’ONU.

Concédant enfin qu’aucune de ces ambitions ne peut être réalisée sans des financements adéquats, accessibles et abordables, d’autant plus que de nombreux PDSL sont aujourd’hui « pris au piège d’un cercle vicieux d’endettement et de sous-investissement », M. Guterres a prié de mettre en œuvre les promesses faites il y a un mois à Séville, lors de la quatrième Conférence des Nations Unies sur le financement du développement.  Le but est de permettre aux PDSL d’investir dans des infrastructures résilientes, un développement durable et une croissance inclusive.

Aux yeux du Secrétaire général, le Programme d’action d’Avaza fait écho à l’Engagement de Séville: « ensemble, ils proposent une feuille de route concrète pour transformer les promesses en capitaux – et les capitaux en avancés tangibles ».

Une population de 572 millions de personnes aux aspirations universelles

Pour les 32 PDSL et leurs 572 millions d’habitants, cette conférence « doit envoyer le message que la géographie ne détermine pas la destinée des pays », a affirmé à son tour le Président de la soixante-neuvième session de l’Assemblée générale.  « Ils ne doivent pas être privés d’accès à la prospérité et à l’espoir », a lancé M. Philémon Yang, non sans rappeler que l’organe qu’il préside a proclamé il y a quelques jours le 6 août Journée internationale pour la prise en compte des besoins et défis inhérents aux PDSL. 

Assurant que l’Assemblée générale servira d’instance principale de soutien à ces pays, via un suivi rigoureux de la mise en œuvre du Programme d’action d’Avaza dont l’examen à mi-parcours est prévu en 2029, il a souligné l’importance des partenariats dans ces efforts, conformément aux recommandations du Pacte pour l’avenir, lequel reconnaît que tous les pays en développement, y compris ceux sans accès à la mer, ont besoin d’un soutien adapté pour réaliser leurs objectifs de développement durable. 

Pour concrétiser la vision du Programme d’action d’Avaza, les priorités et les besoins spécifiques des PDSL doivent être pris en compte dans les efforts de développement mondiaux, a renchéri le Président du Conseil économique et social (ECOSOC) en recommandant que la mise en œuvre du Programme bénéficie d’un soutien ciblé, de cadres politiques intégrés et d’une coopération internationale renforcée.  Qualifiant les PDSL de « maillons clefs des chaînes d’approvisionnement régionales », M. Lok Bahadur Thapa a appelé de ses vœux un approfondissement de la collaboration avec les pays de transit et les organisations régionales en vue d’améliorer la connectivité, le commerce et la résilience. À cet égard, il a appuyé le projet de facilité d’investissement pour les infrastructures des PDLS, y voyant un moyen de renforcer les réseaux de transport de ces pays dans le cadre de la Décennie des Nations Unies pour les transports durables 2021-2030. 

Plus important encore, a ajouté le Président de l’ECOSOC, des financements doivent être mobilisés à grande échelle compte tenu du déficit d’investissement dont souffrent les PDSL.  Rien qu’en Asie-Pacifique, les besoins en infrastructures de transport sont estimés à 43 000 milliards de dollars d’ici à 2035, soit près de 2% du PIB régional, a-t-il précisé, plaidant pour une coopération internationale renforcée, des investissements privés accrus, des financements mixtes et des solutions d’endettement durables. 

Des initiatives et des propositions pour vaincre l’enclavement 

Notant pour sa part que les PDLS sont confrontés à des difficultés de financement à hauteur de 500 milliards de dollars, que la densité de leurs routes ne représente que 12% de la moyenne mondiale et que l’accès à Internet ne concerne que 39% de leur population, la Secrétaire générale adjointe et Haute Représentante des pays les moins avancés, des pays en développement sans littoral et des petits États insulaires en développement, également Secrétaire générale de cette conférence, a mis en avant certaines des initiatives contenues dans le Programme d’action d’Avaza, notamment un mécanisme de financement des investissements dans les infrastructures et un forum spécifique sur la connectivité numérique. 

Alors que les PDSL ne représentent que 0,3% du commerce des marchandises et que leurs coûts logistiques sont supérieurs en moyenne de 60% à ceux des autres pays, Mme Rabab Fatima a jugé impératif d’accélérer leur croissance et leur transformation économiques.  À cette fin, elle a insisté sur la liberté de transit, que soutient le Groupe des PDSL, et a milité pour la création de pôles agricoles régionaux, facteurs selon elle de transformation structurelle. 

Dans le même esprit, le Président du Turkménistan, élu Président de la Conférence, s’est prononcé, au nom de son pays, pour le lancement de mécanismes systémiques de « diplomatie médicale internationale » sous l’égide des Nations Unies.  Baptisant cette initiative « médecine mondiale du futur – solidarité et coopération », M. Serdar Berdimuhamedow l’a justifiée par le fait que l’absence d’accès à la mer constitue un obstacle majeur à l’acheminement rapide d’aide médicale, à l’approvisionnement en médicaments et en équipements médicaux, à la mise en œuvre des mesures préventives et au fonctionnement de l’ensemble de l’infrastructure médicale.

Soulignant également le rôle de chef de file que joue son pays dans le domaine des transports, le Président turkmène a invité tous les participants à la Conférence à examiner son initiative en faveur d’un « atlas mondial de la connectivité des transports durables », lancée à Dubaï en 2024.  Il s’est dit convaincu que sa mise en œuvre contribuera significativement à l’intégration des PDSL dans les flux mondiaux de transport et de logistique.  Il a d’autre part plaidé pour une intensification de l’utilisation des énergies renouvelables, réitérant son appel à créer, au sein de l’ONU, un programme mondial pour la transition vers l’hydrogène pour la période 2030-2040. 

Un appel repris à son compte par le Président par intérim du Groupe des PDSL, par ailleurs Président du Cabinet des ministres et Chef de l’Administration présidentielle de la République kirghize, qui a indiqué que la production d’énergie à l’hydrogène constitue une priorité de son pays, lui aussi enclavé, au même titre que le développement du secteur du transport.  « Notre objectif commun est de passer du statut de PDSL à celui de pays reliés au monde », a expliqué M. Adylbek Kasymaliev, pour qui la volonté politique et le soutien international peuvent contribuer à « faire de notre emplacement géographique une opportunité pour avancer vers un avenir durable ». 

Dans le prolongement du Programme d’action de Vienne (2014-2024), la feuille de route d’Avaza jette les bases d’une meilleure connectivité et d’une résilience accrue face aux changements climatiques, tout en renforçant les engagements pris en matière de droits humains, de bonne gouvernance et d’égalité femmes-hommes, s’est félicité M. Sepp Schellhorn, Secrétaire d’État aux affaires européennes et internationales de l’Autriche, pays hôte de la deuxième Conférence des Nations Unies sur les PDLS.  « Il faut maintenant passer à la mise en œuvre », a-t-il conclu, exhortant la communauté internationale à soutenir l’intégration régionale de ces pays et à mobiliser le secteur privé en leur faveur. 

Organisation des travaux de la Conférence 

À l’issue de ces interventions liminaires, la Conférence a adopté son règlement intérieur et son ordre du jour, avant de procéder à l’élection par acclamation de 10 de ses 14 vice-présidents (Allemagne, Arménie, Autriche, Bolivie, Kirghizistan, Lesotho, Lettonie, Luxembourg, Paraguay et Zimbabwe).  Elle a ensuite désigné la Bolivie, le Chili, la Chine, les États-Unis, la Fédération de Russie, le Lesotho, le Libéria, le Luxembourg et la République démocratique populaire lao en tant que membres du Comité de vérification des pouvoirs de la Conférence, avant d’entamer son débat général.

 

 

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