Quatrième Conférence internationale sur le financement du développement
Table ronde multipartite 6 – matin
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Conférence de Séville: les attentes des pays en développement sont claires par rapport à la réforme de l’architecture financière internationale

SÉVILLE, ESPAGNE, le 3 juillet -- La sixième et dernière table ronde multipartite de la Conférence de Séville sur le financement du développement avait pour thème « Revoir l’architecture financière internationale et remédier aux problèmes systémiques ».  Le Ministre espagnol de l’économie a saisi cette occasion pour annoncer un nombre marquant d’initiatives de mise en œuvre de l’Engagement de Séville, tandis que l’Alliance pour l’égalité et la solidarité du Nigéria a résumé la volonté générale des pays en développement et émergeants, ainsi que des acteurs de la société civile, en appelant le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et toute l’architecture financière internationale à se réformer.   

Cette conférence nous a donné une feuille de route pour le financement du développement pour les prochaines années, a déclaré en introduction M. Carlos Cuerpo Caballero, Ministre de l’économie, du commerce et des entreprises de l’Espagne, qui s’est réjoui de la prise de conscience de tous les acteurs de la nécessité d’agir face au problème de la dette.  L’Engagement prévoit des mesures détaillées pour sa propre mise en œuvre afin d’améliorer la qualité de vie de nos concitoyens, a poursuivi le Ministre avant d’annoncer qu’à ce jour, il existe quelque 130 initiatives à cet effet, dans 49 pays, avec la participation d’une trentaine de banques.  L’objectif est de faire émerger des actions concrètes et l’Espagne entend promouvoir ces efforts au-delà de cette conférence, a affirmé M. Cuerpo Caballero, qui a présidé cette table ronde avec son homologue de la Gambie. 

Cette prise en main espagnole se décline en deux pistes d’action, a indiqué le Ministre.  Premièrement, dans le cadre de la réforme de l’architecture financière internationale, les institutions internationales doivent avoir les ressources dont ont besoin les pays les plus vulnérables, mais également les moyens de prévenir les crises futures.  Cela pourra se faire au sein d’un fonds de résilience et de durabilité, a-t-il expliqué avant d’appeler en outre au renforcement des capacités de mobilisation des droits de tirage spéciaux (DTS) afin de mobiliser les fonds du FMI. 

La deuxième piste d’action consiste à bâtir un élan institutionnel afin de mettre en œuvre toutes ces initiatives.  Le Ministre espagnol a annoncé dans ce cadre la création du forum de Séville sur la dette qui donnera voix au chapitre aux pays emprunteurs afin qu’ils participent aux discussions.  « Séville est le début d’un chemin » qui inspirera l’action et réformera les institutions pour qu’elles puissent relever les défis d’aujourd’hui, s’est-il dit convaincu.  « Cela sera possible grâce aux mécanismes novateurs permettant de réduire les dettes. »

L’équité recherchée dans la représentation des pays en développement

La représentation équitable des pays en développement dans les institutions financières internationales a été promue par M. Seedy Keita, Ministre des finances et des affaires économiques de la Gambie.  « Le consensus de Washington ne suffit plus. »  Le Ministre a plaidé pour que nous ayons un filet de sécurité face aux catastrophes climatiques, avant d’appeler à soutenir l’élaboration d’un nouveau manuel sur l’octroi des DTS pour qu’ils répondent aux besoins des pays en développement.  Il faut également une réforme des agences de notation, a-t-il ajouté. 

L’intervenant principal, M. Hussain Mohamed Latheef, Vice-Président des Maldives, a présenté trois pistes de réforme, à commencer, comme l’ont dit ses préopinants, par une meilleure représentation des pays en développement dans les instances financières internationales.  « Pas de décision sur les pays en développement sans les pays en développement! »  Il faut également, a-t-il poursuivi, assurer la viabilité de la dette en assurant un financement suffisant du développement et en réduisant le service de la dette; et, enfin, un système qui mette des notes de crédit justes. 

Pour lancer la discussion, la modératrice de ce débat, Mme Rebeca Grynspan, Secrétaire générale de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), a interrogé les participants: comment l’Engagement de Séville va-t-il être mis en œuvre au Zimbabwe? 

Les conseils et les appels des pays en développement

Le Ministre des finances, du développement économique et de la promotion des investissements du Zimbabwe, M. Mthuli Ncube, a souligné le rôle des gouvernements à cet égard.  Ils doivent notamment mieux réguler les marchés publics, numériser les paiements des impôts et taxes, mieux inclure le secteur informel, imposer de nouvelles taxes sur la « malbouffe », le tabac et l’alcool.  Le Ministre a aussi suggéré d’augmenter les investissements dans les infrastructures et dans l’agriculture, ainsi que dans l’assurance climatique.  Lancer un fonds pour l’énergie renouvelable est également une bonne idée, a-t-il ajouté.

En Guinée, a enchaîné M. Facinet Sylla, Ministre du budget de la Guinée, le Gouvernement a augmenté de 35% la collecte de revenus grâce au numérique et à l’interconnexion des régies financières, avec le soutien de la CNUCED. Le Ministre a insisté sur la réforme du FMI, parce que « demander un crédit au FMI, c’est comme demander un engin Caterpillar et recevoir une Ferrari », a-t-il ironisé pour illustrer le côté inadapté de ce soutien.  De plus, il a jugé les DTS « antidémocratiques » parce qu’ils court-circuitent les parlements. Au niveau des ressources nationales, il a indiqué que 20 milliards de dollars sont mobilisés grâce à des projets miniers transparents.

M. Hervé Ndoba, Ministre des finances et du budget de la République centrafricaine, a dit pour sa part que son pays se focalise sur le renforcement de la soutenabilité de la dette, la restructuration de la dette extérieure, l’amélioration du climat des affaires et l’augmentation des recettes fiscales.  Il a plaidé pour que soit pris en compte l’indice de vulnérabilité multidimensionnelle et pour que soit garantie la viabilité de la dette.  Il a aussi misé sur le financement vert à moindre coût.  À ce sujet, il a rappelé que son pays est le deuxième au monde en matière de capture de carbone.  À son avis, l’Afrique doit parler d’une seule voix face aux institutions financières internationales.

La prise de conscience des banques

M. Carlo Monticelli, Gouverneur de la Banque de développement du Conseil de l’Europe (CEB), et Président du Groupe des banques pour le développement, a dit que ces banques sont conscientes de l’écart entre le financement et les défis.  Elles souhaitent faire partie de la solution qui figure dans la feuille de route du G20. Nous progressons sur de nombreux fronts, a-t-il assuré en parlant de l’augmentation de l’offre et de la diversité des capitaux financiers pour permettre au secteur privé de travailler avec nous.  Ces banques veillent aussi au partage de donnée sur leurs opérations.  Elles vont mobiliser 250 milliards de dollars de plus au cours de la prochaine décennie, a-t-il signalé, ce qui représente au total 650 milliards de dollars de ressources supplémentaires, qui vont bénéficier notamment à l’éducation et la santé.

Au cours de la discussion, un représentant de la société civile a réclamé la possibilité pour les pays en développement de participer de manière effective à la réforme de l’architecture financière internationale. 

En ce qui concerne le secteur privé, M. José Viñals, Coprésident de l’Alliance mondiale des investisseurs en faveur du développement durable (GISD) et Conseiller principal au Conseil d’administration de Standard Chartered, a dit qu’il est plus qu’heureux de nouer des partenariats avec les gouvernements pour augmenter la contribution du commerce au développement, améliorer le climat des investissements, attirer les investissements directs étrangers et réduire les risques de façon innovante.  Le secteur privé s’attache en outre à améliorer les règles financières pour préserver la stabilité, y compris monétaire.  « Nous voulons une discussion ouverte sur ces questions et éviter les situations qui pénalisent les pays en développement ou émergents. »

Les situations particulières à prendre en compte

Attention, a tempéré Cuba, la monnaie ne résoudra jamais les problèmes du capitalisme.  Le délégué cubain a demandé une architecture capable de résoudre la crise climatique et de financer le développement.  L’on ne peut pas continuer à promouvoir une politique d’austérité, s’est-il impatienté en s’élevant contre les sanctions unilatérales illégales.  Les Tuvalu ont, pour leur part, demandé au FMI de renforcer le filet de sécurité monétaire internationale et de réformer les DTS, insistant sur la nécessité de financement climatique en particulier pour les petits États insulaires en développement (PEID). 

À sa suite, les Palaos, au nom précisément des PEID, ont plaidé aussi pour l’utilisation de l’indice de vulnérabilité multidimensionnelle, avant de demander une participation de ces pays aux prises de décisions face aux crises.  Elles ont également souhaité une approche nuancée sur les notes des agences de notation, faisant remarquer qu’il faut un système qui profite à tous. 

Dénonçant elle aussi la marginalisation des pays du Sud dans l’architecture financière internationale, l’Alliance pour l’égalité et la solidarité du Nigéria a évoqué des asymétries.  « Certains pays dépensent 5 dollars pour l’encours de la dette et les services contre 1 dollar pour la santé. »  Il faut donc faire le choix de la justice pour les populations et la planète, a prié l’Alliance.  Cette conférence, à son avis, doit lancer un examen approfondi des structures de gouvernance de l’architecture financière internationale.  Et l’Assemblée générale doit réaffirme son rôle dans la gouvernance économique mondiale, a conclu l’Alliance, sous les applaudissements de la salle.

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