10063e séance – matin    
CS/16244

RDC: le Secrétaire général adjoint appelle à une réaction « claire et résolue » du Conseil de sécurité pour enrayer les risques de fragmentation du pays

Le Secrétaire général adjoint aux opérations de paix a prévenu, ce matin au Conseil de sécurité, que la récente prise de contrôle par l’AFC/M23 de la ville d’Uvira, en République démocratique du Congo (RDC), a réveillé le spectre d’un embrasement régional aux « conséquences incalculables » plaçant la région à un « moment critique » dans lequel le rôle du Conseil est plus déterminant que jamais.

M. Jean-Pierre Lacroix a indiqué que les avancées de l’AFC/M23 sur le territoire d’Uvira et la prise présumée de la ville d’Uvira le 9 décembre, avec le soutien présumé des Forces de défense rwandaises (RDF), ont déclenché une escalade militaire majeure quelques jours seulement après la signature des Accords de Washington entre la RDC et le Rwanda le 4 décembre.

L’expansion territoriale de l’AFC/M23, l’établissement d’administrations parallèles et l’affaiblissement de la présence étatique dans certaines zones alimentent une dynamique qui menace directement l’unité, la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC.

Les développements récents au Sud-Kivu illustrent de manière indéniable l’écart qui existe entre les efforts diplomatiques et la réalité vécue par les populations civiles frappées par les hostilités persistantes, a-t-il ajouté. 

Le Sud-Kivu, déjà en fragilité, atteint un seuil de rupture, s’est inquiétée à son tour la Ministre des affaires étrangères de la RDC, Mme Therèse Kayikwamba Wagner, qui a elle aussi évoqué un « risque majeur » de régionalisation, des tirs ayant déjà touché le Burundi.  Moins d’une semaine après la signature des Accords de Washington, « certains acteurs ont choisi de s’écarter des engagements librement acceptés », a-t-elle déploré.

Alors que le Rwanda se défendait en dénonçant un « cycle documenté et systématique de persécution » qui vise les Banyamulenge depuis 2017, le représentant burundais s’est voulu direct: « le Burundi ne peut pas croiser les bras face aux provocations et à la violation de son intégrité territoriale ».

Le Rwanda mis en accusation

La situation est apparue d’autant plus préoccupante aux yeux des délégations que cette prise de contrôle intervient neuf mois après l’adoption unanime de la résolution 2773 (2025), après la signature de l’Accord-cadre de Doha en novembre entre la RDC et le AFC/M23 et au lendemain de la signature le 4 décembre dernier, à Washington, sous l’égide des États-Unis et du Président Trump, d’un accord de paix entre le Rwanda et la RDC.

 « Au lieu d’avancer vers la paix, le Rwanda mène la région vers l’instabilité », a déploré le représentant des États-Unis, selon qui les forces rwandaises auraient fourni un soutien matériel au M23 et déployé entre 5 000 et 7 000 soldats dans l’est de la RDC. 

Ces derniers mois, le Rwanda y a même déployé des missiles sol air en soutien aux offensives du M23 contre les forces armées de la RDC.  Et plus récemment, les forces armées rwandaises ont participé directement à l’offensive sur Uvira, a dénoncé le représentant américain qui a prévenu que Washington utiliserait tous les outils appropriés pour tenir pour responsables les auteurs. 

Par cette offensive, le M23, « soutenu par les forces rwandaises », met en péril la stabilité régionale, a également prévenu la France, avertissant que la prise d’Uvira, comporte des « risques sérieux et imminents d’escalade régionale ».

Le représentant du Rwanda a affirmé que ce sont, au contraire, les forces burundaises, des milices et de mercenaires qui sont présents au Sud-Kivu aux côtés des FARDC et de milices affiliées qui se trouveraient dans l’est de la RDC et qui imposeraient des blocus pour priver les communautés des Hauts-Plateaux de Minembwe de nourriture, de médicaments et d’aide humanitaire.

Il a également évoqué des frappes de drones imputées au Gouvernement de la RDC et à ses alliés, visant ou affectant des zones civiles, y compris des camps de déplacés. 

Kigali a régulièrement exprimé ses préoccupations auprès des médiateurs, dont les États-Unis, le Qatar, l’Union européenne et l’Union africaine, ainsi qu’auprès de plusieurs membres du Conseil.  « Le Conseil n’était-il pas informé, ou considérait-il que cette situation ne méritait pas son attention? » a lancé le représentant rwandais, selon qui aucune paix ne sera possible en RDC tant que les responsabilités seront externalisées ou que des approches militaires seront privilégiées.

Appels à des mesures dissuasives contre le Rwanda

Dans ce contexte, nombre de délégations ont appelé le Conseil de sécurité à agir face au non-respect, selon eux, des engagements du Rwanda, le Burundi engageant notamment le Conseil à prendre des mesures « robustes » pour stopper cette escalade dangereuse, tel un embargo sur les armes.

Outre la mise en œuvre intégralement la résolution 2773 (2025), la Ministre congolaise a également appelé le Conseil à imposer des sanctions ciblées contre les responsables militaires et politiques de l’agression; instaurer un embargo total sur les minerais « exportés comme rwandais »; à révoquer le statut de contributeur de troupes du Rwanda aux opérations de paix; et, enfin, à établir un régime de notification systématique pour tout transfert d’armes vers le Rwanda.

« Nous sommes à un tournant décisif.  Soit l’ordre international accepte d’être ouvertement bafoué, soit ce Conseil assume ses responsabilités.  Les garants de Washington, de Doha, et de la facilitation africaine doivent également assumer leurs responsabilités », a insisté Mme Wagner, soulignant que ces accords ne survivront qu’à la condition d’une fermeté collective et cohérente.  « L’impunité n’a que trop duré. »

Les A3+ (Algérie, Sierra Leone, Somalie et Guyana) ont quant à eux appelé à faire preuve d’une « extrême prudence », la Fédération de Russie constatant pour sa part que ces derniers événements démontrent, « une fois de plus », que les efforts diplomatiques internationaux ne produisent aucun résultat concret. 

Quel rôle pour la MONUSCO?

Alors que le Conseil de sécurité doit décider, prochainement, du renouvellement du mandat de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), le Rwanda a souhaité que celui-ci soit clairement aligné sur les Accords de Washington et le Accord-cadre de Doha, identifiés par le Secrétaire général comme les voies essentielles vers une paix durable. 

À ce moment critique, il est essentiel que le Conseil de sécurité mette tout en œuvre pour créer les conditions nécessaires à la MONUSCO afin qu’elle puisse jouer pleinement son rôle de protection des civils, tout en répondant aux attentes croissantes liées à son rôle de soutien aux efforts de paix en cours, a estimé pour sa part M. Lacroix, selon qui il est également vital que les États Membres veillent à ce que la Mission dispose des ressources nécessaires pour s’acquitter de ses responsabilités fondamentales.

Les A3+ ont appelé à doter la MONUSCO de la souplesse opérationnelle nécessaire pour protéger les civils et lui permettre de se déployer vers les zones qui n’ont pas de présence gouvernementale permanente.

Le Sud-Kivu ne fait plus partie de la zone d’opérations de la MONUSCO.

Placer la protection des civils au cœur de l’engagement politique

Au cours de cette séance, les membres du Conseil ont également entendu le Président du Comité des sanctions du Conseil de sécurité mis en place par la résolution 1533 (2004) concernant la République démocratique du Congo et le représentant de la Sierra Leone faire le point sur les activités de cet organe, ainsi qu’un exposé du Président international de Médecins sans frontières (MSF).

M. Mohamed Javid Abdelmoneim a notamment indiqué qu’au cours des six premiers mois de cette année seulement, près de 28 000 survivants ont sollicité des soins dans les structures soutenues par MSF dans l’est de la RDC, soit 155 survivants par jour en moyenne.

Il a également fait état d’attaques contre des centres médicaux, d’une banalisation des violences sexuelles, tandis que l’effondrement des services de santé préventive entraîne une recrudescence des maladies infectieuses évitables, évoquant choléra, rougeole et une épidémie de paludisme d’une ampleur inconnue.

En outre, la capacité d’acheminer l’aide humanitaire se réduit comme peau de chagrin, s’est-il inquiété, expliquant que dans tout l’est de la RDC, les acteurs étatiques et non étatiques imposent des restrictions sans rapport avec les besoins des populations civiles.

La protection des civils doit être placée au cœur de tout engagement politique et diplomatique, a insisté M. Abdelmoneim selon qui l’offensive d’envergure à Uvira est la preuve flagrante que la promesse de paix masque une réalité de violences persistantes et massives. 

Tant que les civils seront considérés comme de la chair à canon, aucun processus politique n’apportera de véritable soulagement, a-t-il dit. 

Retrouvez les délibérations: LIVE - Conseil de sécurité | Couverture des réunions & communiqués de presse 

À l’intention des organes d’information. Document non officiel.