Conseil de sécurité: protéger l’environnement en temps de guerre, un défi urgent à l’ouverture de la COP30
Le Conseil de sécurité, présidé ce matin par la Vice-Ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale de la Sierra Leone, a organisé une réunion d’information consacrée au thème suivant: « Effets sur l’environnement des conflits armés et des risques de sécurité liés au climat ».
Cette réunion coïncide avec la Journée internationale pour la prévention de l’exploitation de l’environnement en temps de guerre et avec l’ouverture de la COP30 à Belèm, au Brésil. Les Quinze ont suivi des exposés de Mme Inger Andersen, Directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), du professeur Charles Jalloh de l’Université de Miami et membre de la Commission du droit international (CDI), et d’une représentante de la société civile de Haïti.
Selon l’ONU, près de 2 milliards de personnes vivent dans des zones touchées par des conflits qui provoquent une dégradation massive de l’environnement: pollution des sols et de l’eau, déforestation, perte de biodiversité et destruction d’infrastructures vitales.
Si la majorité des délégations ont souligné que les changements climatiques constituent un multiplicateur de menaces, rendant essentielle leur intégration dans les stratégies de prévention des conflits et de consolidation de la paix, certaines divergences sont néanmoins apparues en l’absence d’un cadre juridique international cohérent pour protéger l’environnement.
La Fédération de Russie a ainsi estimé qu’il n’existe « aucun lien générique entre les changements climatiques et la paix et la sécurité ». L’Algérie a pour sa part vanté le cadre de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), afin d’avoir un mandat institutionnel clair, « nécessaire pour une gouvernance mondiale plus efficace ».
La Grèce a insisté sur la nécessité d’une approche intégrée, dépassant la seule dimension militaire, et sur le renforcement de la coordination multilatérale. La Somalie a rappelé que l’héritage colonial de l’Afrique et ses inégalités structurelles accentuent sa vulnérabilité aux chocs climatiques, appelant à un soutien renforcé et au transfert de technologies vertes. Quant au Guyana, il a souligné que les forces militaires mondiales sont responsables de 5,5% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Des cicatrices durables et un impact humain majeur
Les États Membres ont illustré ces enjeux par des exemples de « cicatrices » laissées par les conflits, parfois utilisées comme « tactiques de guerre », de Gaza, qui a perdu 82% de ses cultures depuis 2023, au Soudan, de l’Afghanistan à l’Ukraine, où la destruction du barrage de Kakhovka a détruit 600 km2 de terre, selon le PNUE.
La France et le Danemark ont rappelé que ces atteintes environnementales aggravent les vulnérabilités humaines et menacent la stabilité à long terme. Le Pakistan a dénoncé la suspension unilatérale du traité des eaux de l’Indus par l’Inde, menaçant la sécurité alimentaire et énergétique de millions de personnes.
Au-delà, les sécheresses prolongées, pluies extrêmes et cycles hydriques erratiques exacerbent les conflits, aggravant l’insécurité alimentaire, les migrations forcées et les tensions sociales. Toutefois, certains événements, comme des précipitations abondantes, peuvent également provoquer des conflits lorsque des zones agricoles riches sont ciblées, a fait valoir Mme Andersen.
Haïti, en particulier, est confrontée à une profonde crise environnementale, aggravée par une insécurité généralisée. L’organisation non gouvernementale World Relief Haïti relève que près de 98% de la couverture forestière initiale de ce pays a disparu, entraînant une érosion accélérée des sols, une perte de biodiversité et une forte baisse de la productivité agricole.
Des ouragans plus violents, des inondations récurrentes et des sécheresses prolongées continuent de détruire les infrastructures et de perturber la stabilité sociale.
Renforcer résilience et sécurité
Mme Andersen a encore insisté sur l’intégration de la protection de l’environnement dans les missions de paix, la reconstruction des capacités nationales, la coopération intersectorielle et la mobilisation de financements adaptés notamment dans les pays fragiles.
L’expérience de la Sierra Leone, pionnière dans le déploiement de conseillers environnementaux au sein des missions de paix, montre que l’intégration écologique favorise la consolidation de la paix, a déclaré la Ministre. La restauration écologique intégrée à la consolidation de la paix a permis des avancées notables, comme l’inscription en 2025 de la Gola Forest et de Tiwai Island au patrimoine mondial de l’UNESCO .
Des initiatives communautaires et écologiques, telles que la restauration des écosystèmes et la gestion durable des ressources, ont été mises en avant, notamment via l’initiative REVIVE du PNUE. Mme Anderson a en outre recommandé de favoriser la coopération intersectorielle entre institutions nationales, acteurs privés, humanitaires et de sécurité, et de renforcer la coordination des agences de l’ONU, notamment à travers le Mécanisme pour le climat dans le contexte des ODD: l’action climatique au service de la sécurité humaine.
À son tour, le Royaume-Uni a appelé au renforcement des systèmes d’alerte précoce et de l’analyse des risques climatiques pour anticiper les impacts sur la paix et la sécurité.
Le professeur Charles Jalloh a souligné le caractère fragmenté du cadre juridique international et préconisé d’utiliser le Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI) et le concept d’écocide pour responsabiliser les auteurs de dommages graves et durables à l’environnement. Il faut notamment assurer un suivi et documenter pour une reconnaissance possible de l’« écocide », a recommandé le PNUE. Dans cette démarche, M. Jalloh a suggéré d’intégrer les directives du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et les principes de la CDI dans les législations nationales et les manuels militaires.
L'Accord de Paris et la coopération internationale
Revenons à l’Accord de Paris, a conseillé la France. Mais les États-Unis ont rappelé qu’ils considéraient ledit accord comme « un fardeau » qui ne s’attaque pas au « principal émetteur du monde », pointant indirectement la Chine.
Si la Chine n’a pas nié ce constat, elle a affirmé, lors d’un vif échange avec les États-Unis, être la plus engagée à prendre des mesures décisives pour réduire ses émissions et obtenir des résultats concrets. En revanche, a accusé Beijing, les États-Unis continuent d’affirmer que les changements climatiques sont une « arnaque de l’histoire », faisant obstacle à la coopération mondiale en matière de lutte contre les changements climatiques.
Les États-Unis ont rétorqué que les émissions de la Chine, avec 1,4 milliard d’habitants et le deuxième PIB mondial, sont les premières au monde.
Dans l’ensemble, le Conseil de sécurité a été invité à aller vers une dynamique commune: prévenir et limiter l’impact environnemental des conflits armés, tout en intégrant les risques climatiques dans la planification des missions de paix.
« Chaque fraction de degré évitée représente des pertes moindres pour les populations et les écosystèmes, et offre de meilleures perspectives de paix et de prospérité », a résumé la Cheffe du PNUE, insistant sur l’urgence de traduire ces engagements en actions concrètes à l’échelle mondiale.
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