Le Conseil de sécurité prend connaissance du rapport du Comité des sanctions contre le Yémen pour l’année écoulée
Le Conseil de sécurité s’est réuni, ce matin, pour entendre un exposé du Président du Comité des sanctions contre le Yémen, M. Sangjin Kim, Représentant permanent adjoint de la République de Corée, sur les travaux menés au cours de l’année écoulée par cet organe créé en application de la résolution 2140 (2014). À cette occasion, les États-Unis ont appelé à un renforcement des sanctions contre les houthistes, appuyant leur requête sur le dernier rapport en date du Groupe d’experts sur le Yémen, chargé d’assister le Comité 2140.
Présentant son rapport pour la période allant du 5 novembre 2024 au 5 novembre 2025, M. Kim a indiqué que le Comité du Conseil de sécurité créé par la résolution 2140 (2014) s’est réuni à trois reprises en consultations informelles, les 17 juin, 3 octobre et 31 octobre, en plus de poursuivre ses travaux selon ses procédures écrites. Le 17 juin, a-t-il précisé, le Comité a entendu un exposé du Groupe d’experts sur son programme de travail, suivi d’un exposé sur son point d’étape à mi-parcours. Le 3 octobre, le Comité a entendu la présentation par le Groupe d’experts de son rapport final (S/2025/650), à la suite de quoi les membres de l’organe ont examiné les recommandations qui y figurent. Enfin, le 31 octobre, le Comité a reçu un exposé du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA).
Pour ce qui concerne les autres activités du Comité au cours de la période considérée, M. Kim a fait état de l’approbation en mars d’une demande d’exemption présentée par un État Membre. Il a ajouté qu’à ce jour, la liste des sanctions du Comité comprend 10 personnes physiques et une entité.
Le Comité doit garantir le plein respect du régime de sanctions
Cinq délégations ont réagi à cette présentation, la plupart pour saluer le travail du Comité 2140 et du Groupe d’experts. La Grèce a ainsi souligné que le Comité joue un rôle indispensable pour garantir le plein respect du régime de sanctions, s’agissant notamment de la mise en œuvre effective de l’embargo ciblé sur les armes et de la prévention des transferts illicites d’armements aux houthistes. Le Royaume-Uni a, lui, appelé à tenir compte des observations du Comité pour mieux contrecarrer les trafics orchestrés par les houthistes. Il a toutefois souhaité que cette politique soit « bien calibrée », afin que l’aide humanitaire reste protégée et que les sanctions ne nuisent pas à la population yéménite.
Au nom des A3+ (Algérie, Sierra Leone, Somalie et Guyana), la Somalie a dit attendre avec intérêt l’adoption de la résolution renouvelant le mandat du Comité et du Groupe d’experts. Réaffirmant l’attachement des A3+ à la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale du Yémen, elle a exhorté toutes les parties à participer, sous l’égide de l’ONU, aux efforts visant à mettre fin au conflit et à mettre en place une transition politique pérenne. Elle a également appelé à la libération immédiate et sans condition des membres du personnel onusien détenus par les houthistes, constatant que ces actions empêchent l’ONU de mettre en œuvre son « mandat vital ».
Plus incisifs, les États-Unis ont observé que, comme l’indique le rapport du Groupe d’experts, les violations systématiques des sanctions du Conseil se poursuivent et « permettent aux houthistes d’acquérir des armes et des marchandises à double usage pour alimenter leur politique néfaste, restreignant le commerce et la liberté de navigation en mer Rouge et dans le golfe d’Aden ».
Le représentant des États-Unis a noté que les drones et les missiles utilisés par les houthistes mettent en péril des vies innocentes. Il a fait mention d’attaques meurtrières menées contre des civils en Israël, ainsi que de menaces brandies contre des infrastructures civiles en Arabie saoudite. « Si nous voulons vraiment mettre fin au conflit, il faut faire cesser les transferts illicites de matériels et de marchandises », a-t-il insisté, jugeant que les attaques perpétrées contre des navires commerciaux illustrent « la nécessité d’agir ».
Appel des États-Unis au renforcement des sanctions et des inspections en mer
Alors que le Conseil s’apprête à renouveler le régime des sanctions concernant le Yémen, le délégué américain a appelé au renforcement de ce train de mesures, en particulier pour assécher les financements dont bénéficient les houthistes. « Ceci est indispensable pour protéger l’économie mondiale et la liberté de navigation. » Il s’est aussi prononcé pour la création d’un espace dédié aux efforts diplomatiques, tout en plaidant pour une intensification des inspections de cargaisons en mer. Appuyant les recommandations du Groupe d’experts à cet égard, il a réclamé la mise en place d’un mécanisme d’inspections maritimes à l’image de celui en vigueur dans le cadre de l’opération européenne IRINI, qui vise à faire respecter l’embargo sur les armes imposé à la Libye. Il y a vu un moyen d’empêcher les livraisons aux houthistes d’armes et de marchandises en provenance d’Iran, en violation des sanctions du Conseil.
Le représentant a par ailleurs dénoncé les livraisons de marchandises à double usage qui alimentent les programmes d’armement des houthistes, signalant que « certaines de ces cargaisons trouvent leur origine en Chine ».
Une affirmation catégoriquement démentie par son homologue chinois, qui a indiqué que son pays a toujours adopté une « approche responsable » en matière d’exportations militaires. « Les marchandises à double usage, y compris les drones, font l’objet de contrôles sévères », a-t-il assuré, ajoutant que les entreprises chinoises mènent leurs activités dans le strict respect des règles internationales et des principes de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Faisant observer que le rapport du Groupe d’experts ne contient aucune information sur d’éventuelles violations du régime de sanctions imputables à la Chine, le délégué a relevé que ce même document fait état de frappes aériennes menées en avril contre un centre d’accueil pour migrants au Yémen, qui ont fait 68 morts et de nombreux blessés. Selon lui, « ce sont les États-Unis qui violent le droit international et causent des souffrances inimaginables à la population civile innocente » du Yémen.
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