Conseil de sécurité: nouvelle joute verbale entre Israël et l’État de Palestine sur fond de plan américain pour mettre fin au conflit à Gaza
Le Conseil de sécurité a tenu, ce matin, sa réunion d’information mensuelle sur « la situation au Moyen-Orient, y compris la question palestinienne », l’occasion pour le Coordonnateur spécial adjoint pour le processus de paix au Moyen-Orient de faire le point sur la mise en œuvre de la résolution 2334 (2016), laquelle appelle Israël à « cesser immédiatement et complètement toute activité de colonisation dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est » et à « respecter pleinement toutes ses obligations juridiques à cet égard ».
Mais entre la confirmation d’une famine « provoquée par l’homme » au Moyen-Orient, les inquiétudes exprimées quant à l’intensification de la colonisation ou encore les craintes entourant la viabilité de la solution des deux États, la séance a une nouvelle fois été le théâtre d’une joute verbale entre les représentants d’Israël et de l’État de Palestine, chacun campant sur ses positions quant à la guerre à Gaza et la situation en Cisjordanie occupée.
« Quel est le réel Abbas? Celui qui s’adresse à l’Assemblée générale ou celui qui verse des salaires aux assassins? » a lancé le représentant d’Israël dans une allusion au Président de l’Autorité palestinienne. « Allez-vous répondre à l’appel à la paix lancé par l’immense majorité des États Membres? » l’avait auparavant interrogé le second, qualifiant la « fin du génocide » à Gaza d’« objectif le plus sacré face aux horreurs que subissent chaque jour 2 millions de personnes ».
Un « point de rupture » atteint dans la bande de Gaza
Venu présenter le trente-cinquième rapport du Secrétaire général sur la mise en œuvre de sa résolution 2334 (2016), le Coordonnateur spécial adjoint pour le processus de paix au Moyen-Orient a saisi cette occasion pour avertir que la situation humanitaire dans la bande de Gaza, où les opérations militaires israéliennes se sont intensifiées le mois écoulé, a atteint un « point de rupture », après 23 mois de combats.
Plus d’un demi-million de personnes sont confrontées à une famine généralisée, alors que d’importants mouvements de déplacement sont enregistrés, la plupart des personnes se déplaçant de la ville de Gaza vers le sud, déjà surpeuplé, a expliqué M. Ramiz Alakbarov. La crise est telle que, « le 22 août dernier, le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) a confirmé la famine dans le gouvernorat de Gaza, marquant ainsi la première confirmation officielle d’une famine dans la région du Moyen-Orient », a-t-il complété.
La délégation d’Israël a rejeté ces affirmations, objectant que l’aide humanitaire continue d’être distribuée à Gaza, avec l’appui de partenaires et d’organisations non gouvernementales. En moyenne, a affirmé le représentant israélien, entre 250 et 300 camions remplis d’aide entrent chaque jour dans l’enclave, où 80% de la population a pu se déplacer vers le sud, tandis que les forces israéliennes s’emploient à démanteler les bastions des terroristes du Hamas.
Les États-Unis se sont quant à eux engagés à œuvrer à l’amélioration de la situation humanitaire sur le terrain, notamment en appuyant la Gaza Humanitarian Foundation, qui continue de « fournir des denrées alimentaires essentielles à la population ».
La rencontre Trump-Netanyahu en toile de fond
Hasard du calendrier, la séance du Conseil se tenait au moment où le Président des États-Unis, M. Donald Trump recevait à la Maison Blanche le Premier Ministre israélien, M. Benjamin Netanyahu, pour lui soumettre son « plan de paix » destiné à mettre fin à la guerre à Gaza et à faire libérer les otages encore aux mains du Hamas.
Si le délégué israélien a insisté sur l’importance de ce tête-à-tête visant, selon lui, à « discuter d’un cessez-le-feu », plusieurs autres représentants ont salué les initiatives du Président Trump sur ce dossier, notamment celui du Pakistan qui a salué les consultations menées par le chef de l’exécutif américain avec huit pays arabes et musulmans pour « faire avancer la paix ».
De son côté, l’Observateur permanent de l’État de Palestine a exprimé la volonté de l’Autorité palestinienne de « collaborer avec le Président Trump et l’Administration américaine », ainsi qu’avec l’Arabie saoudite et les acteurs régionaux, les partenaires européens, les membres du Conseil et l’ensemble de la communauté internationale pour parvenir à une paix juste et durable dans la région et à la réalisation des droits du peuple palestinien.
Regrettant, pour sa part, que cette séance soit « la deuxième en moins d’une semaine parmi les plus de 80 consacrées à Israël depuis le 7 octobre 2023 », le représentant de l'État de Palestine a estimé que cette « focalisation » du Conseil le « détourne du vrai travail à accomplir ». Un travail auquel s’est attelé le Président Trump en multipliant les entretiens avec les dirigeants de la région pour leur proposer un « plan concret » de sortie du conflit et de gestion de l’après-guerre, a-t-il indiqué.
Une politique de colonisation jugée « inacceptable » et « dangereuse »
Dans son exposé, M. Alakbarov a aussi informé le Conseil de l’accélération de la colonisation du Territoire palestinien occupé, en violation des dispositions de la résolution 2334 (2016). Dans le même temps, a-t-il précisé, Israël continue de mener des opérations de grande envergure dans les villes et camps de réfugiés du nord de la Cisjordanie, tandis que les attaques quotidiennes et croissantes des colons, protégés par l’armée israélienne, se poursuivent contre la population de ce territoire. Il a également fait état des appels répétés de hauts responsables israéliens en faveur d’une expansion des colonies voire d’une annexion pure et simple de la Cisjordanie.
Selon le rapport du Secrétaire général, 20 810 logements de colons ont été « avancés ou approuvés » par les autorités israéliennes chargées de l’urbanisme en Cisjordanie occupée, y compris Jérusalem-Est, au cours de la période à l’examen (18 juin-19 septembre). Ce chiffre, a détaillé le Coordonnateur spécial adjoint, comprend environ 5 430 logements avancés en zone C et environ 10 600 logements approuvés, tandis qu’à Jérusalem-Est, 4 780 logements ont été avancés. Il a ajouté que les démolitions et saisies de structures appartenant à des Palestiniens se poursuivent aussi de manière accélérée: 455 bâtiments ont ainsi été détruits en Cisjordanie occupée, y compris Jérusalem-Est, entraînant le déplacement de 420 personnes, dont 175 enfants et 118 femmes.
Cette politique d’occupation, si elle se poursuit « enterrerait l’idée d’un État palestinien », a prévenu M. Alakbarov, faisant écho à ce que le Secrétaire général avait affirmé devant le Conseil le 23 septembre, à savoir que le conflit israélo-palestinien traverse l’un des chapitres « les plus sombres de son histoire » alors que la viabilité de la solution des deux États s’érode « inexorablement ».
Pour la France et le Royaume-Uni, qui viennent de reconnaître l’État de Palestine, cette politique de colonisation est tout simplement « inadmissible » et « inacceptable », voire « dangereuse » pour la sécurité d’Israël et la région. Elle ne défend pas l’intérêt de la paix à termes, a argumenté le délégué français.
Inquiétude pour la viabilité de la solution des deux États
Face à la politique de colonisation poursuivie par les autorités israéliennes, les délégations ont, dans leur grande majorité, exprimé leurs craintes quant à la viabilité de la solution des deux États, malgré l’élan suscité par la récente conférence sur sa mise en œuvre. S’alarmant des projets du Gouvernement israélien, qui aboutiraient à « couper Jérusalem du territoire palestinien » et à démembrer la Cisjordanie, le Pakistan a prévenu que « si le Conseil ne peut faire respecter ses propres décisions, sa crédibilité sera remise en cause ».
Pour l’Observateur permanent de l’État de Palestine, les dirigeants israéliens ont lancé « le chapitre 2 de leur plan d’élimination de la nation palestinienne ». Ce faisant, ils veulent déplacer le conflit de Gaza en Cisjordanie et « nous ne devons pas le permettre », a-t-il martelé, non sans rappeler que plusieurs hauts responsables israéliens ont explicitement dit « non » à l’État de Palestine et à la solution des deux États.
Même indignation de la part de la Fédération de Russie, selon laquelle enterrer la solution des deux États est « la stratégie au long cours » portée depuis des années par ceux qui estiment qu’Israël a un droit sacré sur cette terre. Selon ces « extrémistes religieux », les Palestiniens n’ont aucune place dans ce qu’ils appellent la « Judée-Samarie », a relevé le représentant russe. À ses yeux, le Président Trump, qui s’est positionné publiquement contre l’annexion de la Cisjordanie, « ne doit pas permettre à Israël de mettre ce plan à exécution ».
« Jusqu’à quand le droit international se résumera-t-il à des mots sans effet quand il s’agit de l’occupant israélien? » s’est interrogé à son tour l’Algérie. La France, elle aussi fermement opposée à cette colonisation, s’est déclarée « mobilisée » pour accroître, aux côtés de ses partenaires européens, la pression sur Israël. Elle a évoqué « l’adoption de nouvelles sanctions contre les individus et entités qui en sont responsables ».
La délégation française a aussi jugé que la Déclaration de New York peut faciliter l’établissement d’un État palestinien doté d’une gouvernance et d’institutions réformées. Mais cela suppose, de la part du Hamas, de libérer immédiatement les otages encore détenus à Gaza, et de la part d’Israël, « d’accepter la main tendue par la communauté internationale et de s’engager de bonne foi sur le chemin de la paix ».
Partisan et soutien indéfectible de la cause palestinienne, Guyana a, lui, jugé « inacceptable » qu’Israël dispose de son État depuis 80 ans et que cela ne soit toujours pas le cas des Palestiniens. Il a invité la communauté internationale à faire fond sur la récente reconnaissance par plusieurs pays occidentaux de l’État de Palestine pour faire en sorte que celui-ci devienne un État Membre de l’ONU de plein droit.
Le représentant d’Israël a estimé, tout au contraire, qu’après cette « semaine spectacle », le moment est venu de « redescendre de cette scène et de faire face à la réalité ». Aux délégations qui se demandent si le Hamas est présent en Cisjordanie, « la réponse est “oui” », a-t-il dit. « Et Israël fera face au terrorisme. »
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