10004e séance – après-midi
CS/16179

Conseil de sécurité: le Président Zelenskyy de l’Ukraine exhorte les membres permanents à « être la force qui agit » pour la paix

À la demande de ses cinq membres européens (le Danemark, la France, la Grèce, la Slovénie et le Royaume-Uni), le Conseil de sécurité a tenu cet après-midi une réunion de haut niveau consacrée à la guerre en Ukraine, en la présence de son Président, Volodymyr Zelenskyy, ainsi que du Secrétaire d’État américain, Marco Rubio, et de plusieurs chefs de gouvernement et de ministres européens.

Le Secrétaire général, António Guterres, a ouvert la séance en dressant un constat alarmant.  Il a observé que, malgré une diplomatie active, les combats se sont intensifiés, marqués par une recrudescence des frappes russes sur les infrastructures civiles, en particulier les installations énergétiques.  Celles-ci menacent de plonger des millions d’Ukrainiens dans l’obscurité et le froid à l’approche de l’hiver. 

Il a également mis en garde contre « un risque réel de débordement régional », rappelant la « menace permanente » que ce conflit fait peser sur la sécurité européenne.

Le Secrétaire général a ensuite salué les efforts diplomatiques menés à haut niveau, en félicitant les États-Unis et d’autres pays pour leur dévouement et leur volonté politique.  Toutefois, il a jugé les progrès « désespérément lents » vers un cessez-le-feu et un règlement pacifique durable.  « Chaque jour de combats supplémentaires réduit les chances de succès de la diplomatie et accroît les risques d’escalade », s’est-il inquiété, appelant à ne pas perdre l’élan diplomatique actuel, « aussi fragile soit-il ».

Les États-Unis entendent « refermer ce chapitre » rapidement

À sa suite, le Président de l’Ukraine a exhorté le Conseil à devenir « la force qui agit, ensemble et unie », et à donner « une impulsion ferme pour pousser la Russie à la paix ».  Il a proposé la création d’une « interdiction aérienne conjointe » visant les drones et avions russes.  Selon lui, une telle mesure contraindrait Moscou à négocier une trêve: « Sans guerre dans le ciel, la Russie ne peut pas continuer à combattre sur le terrain », a-t-il insisté.

Soulignant que son pays est ouvert à toutes les initiatives de paix, Volodymyr Zelenskyy a notamment exigé que Vladimir Putin se présente lui-même à la table des négociations, au lieu d’envoyer des émissaires dépourvus de tout pouvoir décisionnel, dont le seul but, a affirmé le Chef d’État ukrainien, est de « gagner du temps et de tuer davantage ».  Il a aussi interpellé la Chine, sans laquelle « la Russie de Putin n’est rien », l’encourageant à sortir de son silence.

Le Président Zelenskyy a également évoqué sa rencontre plus tôt dans la journée avec le Président américain Donald Trump, au cours de laquelle « de bonnes idées » pour la paix ont été discutées. 

De son côté, le Secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a souligné à plusieurs reprises que le Président Donald Trump est un « homme patient », et que les États-Unis demeurent engagés en faveur d’un règlement pacifique du conflit, qualifié de « défi extraordinaire ».  Mais à un moment, « il faudra refermer ce chapitre », a-t-il prévenu.  « Et s’il n’y a pas de chemin vers la paix à court terme, les États-Unis prendront les mesures qui s’imposent ».

« La Russie est un tigre de papier »

Le Ministre français des affaires étrangères, M. Jean-Noël Barrot, a estimé de son côté que les résultats militaires de la Russie étaient dérisoires: moins de 1% du territoire ukrainien conquis en 1 000 jours de guerre et une économie civile asphyxiée par les efforts de guerre et les sanctions.  « Aujourd’hui la Russie est en échec, c’est un tigre de papier », a-t-il martelé.  Pour masquer ces échecs, le Kremlin redouble de violence, et fait pleuvoir le fer et le feu, a-t-il dénoncé, pointant également les incursions inacceptables dans l’espace aérien de la Pologne, de la Roumanie et de l’Estonie. 

La Russie commet une très lourde erreur si elle doute de l’unité et de la résolution des alliés de l’OTAN, et si elle poursuit son escalade dangereuse sur le flanc oriental de l’Europe, a-t-il prévenu. 

La Secrétaire d’État aux affaires étrangères du Royaume-Uni, Yvette Cooper, a pour sa part accusé Moscou de vouloir « semer le conflit bien au-delà de l’Europe ».  Elle a menacé la Russie de nouvelles sanctions économiques, notant que ses recettes pétrolières étaient « au plus bas » et que « les coûts s’accumulaient ».

Le Président du Conseil européen, António Costa, a lui aussi indiqué que l’Union européenne continuerait d’exercer une pression sur la Russie à travers des sanctions.  Il a ajouté que, dans le cadre de la Coalition des volontaires, l’Union européenne était prête à fournir des garanties de sécurité concrètes à l’Ukraine afin d’assurer un règlement pérenne du conflit. 

De nombreux pays européens se sont succédé pour exprimer leur soutien à Kyïv. Le Président finlandais Alexander Stubb, parlant au nom des pays nordiques, a rappelé que « la cause profonde » du conflit était la violation par la Russie de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine.  « Si nous permettons la modification des frontières par la force, nous foulons au pied nos principes », a-t-il averti.  De son côté, le Président estonien Alar Karis, au nom des États baltes, a appelé le Conseil de sécurité à agir rapidement, soulignant que le coût de son inaction était payé non seulement par l’Ukraine, mais aussi par la crédibilité de l’ensemble de la communauté internationale.

Le Premier Ministre espagnol Pedro Sánchez a dénoncé les violations récentes de l’espace aérien européen, « qui prouvent une fois de plus que la Russie n’a actuellement aucune volonté de paix ».  Ces incidents constituent « un acte délibéré d’intimidation » nécessitant « une réponse mondiale résolue », a affirmé le Président de la République tchèque, Petr Pavel.

Plus nuancé, le Vice-Président du Conseil des ministres italien, Antonio Tajani, a insisté sur la nécessité d’une désescalade.  « Nous ne sommes pas en guerre avec la Russie », a-t-il déclaré, tout en appelant Moscou à cesser ses attaques et à faire la paix avec l’Ukraine.  Il a ajouté qu’aucune décision essentielle sur l’avenir du pays ne devait être prise sans l’accord de Kyïv.

La Fédération de Russie dénonce une « foire à l’hypocrisie »

Face aux critiques, le représentant de la Fédération de Russie a vertement répondu, qualifiant cette réunion de « foire à l’hypocrisie » orchestrée par les pays européens autour de « l’ancien acteur Zelenskyy ».  Selon lui, l’Occident impose une « réalité parallèle » où l’Ukraine ne perd pas sur le champ de bataille, et « tout le monde » comprend que l’UE et l’OTAN se sont fortement « empêtrées » dans le projet antirusse ukrainien. 

Et aujourd’hui, a-t-il poursuivi, ce « parti de la guerre » perd le sommeil, s’efforçant par tous les moyens de saper les résultats et les accords obtenus lors de la rencontre entre les Présidents russe et américain en Alaska il y a un mois, et « pique des crises d’hystérie » à propos d’allégations non fondées concernant l’entrée de drones russes en Pologne ou le survol de l’Estonie par des chasseurs russes. 

Pour autant, le représentant a fait part de la disposition de Moscou à participer à des négociations « sérieuses et substantielles », notamment dans le cadre du format d’Istanbul, tout en jugeant irréalistes « les propositions de Kiev ».  Nous ne refusons pas non plus les négociations avec l’Ukraine, malgré la légitimité pour le moins douteuse de ses autorités actuelles, a-t-il ajouté. 

La Chine appelle au dialogue et à la responsabilité collective

À son tour, le représentant de la Chine a appelé à prendre en compte « les préoccupations de sécurité légitimes des deux parties », avant de mettre en avant la responsabilité collective de la communauté internationale, notant que le conflit affectait particulièrement les pays en développement. Il a aussi dénoncé « l’abus de sanctions unilatérales », jugées contreproductives.

Concernant les conséquences internationales du conflit, le Ministre des affaires étrangères de l’Algérie, M. Ahmed Attaf, a rappelé que les crises alimentaires et énergétiques avaient été exacerbées depuis 2022, en particulier pour le continent africain, « menaçant les perspectives de développement durable pour de nombreuses nations vulnérables ». 

Sur un autre plan, le Ministre des affaires étrangères de la République de Corée, M. Cho Hyun a exprimé ses inquiétudes face à la coopération militaire croissante entre la Russie et la République populaire démocratique de Corée, un développement qui démontre, selon lui, que le conflit ukrainien menace « la paix internationale dans son ensemble, et directement la stabilité dans la péninsule coréenne ».

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