Conseil de sécurité: le conflit israélo-palestinien traverse l’un des chapitres « les plus sombres » de son histoire, prévient le Secrétaire général de l’ONU
Le Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, a averti aujourd’hui que la viabilité de la solution des deux États s’érode « inexorablement », atteignant son niveau le plus critique depuis plus d’une génération et que le conflit israélo-palestinien traverse l’un des chapitres « les plus sombres » de son histoire.
Ses mises en garde ont trouvé un large écho auprès de la majorité des intervenants lors d’une réunion ministérielle du Conseil de sécurité sur la situation au Moyen-Orient, y compris la question de Palestine, organisée à la demande des membres du Conseil de sécurité, également membres de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI), à savoir, l’Algérie, le Guyana, le Pakistan, la Sierra Leone et la Somalie.
L’urgence de la paix et la reprise des négociations
Cette réunion se tient dans un contexte marqué par plusieurs développements importants, notamment l’échec du Conseil de sécurité à adopter une résolution sur la situation humanitaire à Gaza, le 18 septembre dernier, en raison du veto américain et les déclarations de reconnaissance de l’État de Palestine, en particulier par la France et le Royaume-Uni, lors de la reprise hier de la Conférence internationale de haut niveau pour le règlement pacifique de la question de Palestine et la mise en œuvre de la solution des deux États.
Mais c’est le lancement par Israël d’une opération militaire visant à prendre le contrôle de Gaza qui a inquiété près d’une trentaine de délégations, à l’instar du Royaume-Uni, qui a estimé que le moment est venu de « faire la paix ». Il faut retourner à la table des négociations, a pressé la Grèce, préoccupée également par l’annonce de colonies supplémentaires dans la zone E1 en Cisjordanie.
Si ce projet se concrétise, il scindera la Cisjordanie occupée et compromettra irrémédiablement la contiguïté territoriale d’un futur État palestinien, a averti le Secrétaire général. Le Chef de l’ONU a dénoncé l’expansion continue des colonies, l’annexion de facto et les déplacements forcés, qui plongent la région dans des cycles de violence meurtrière, alimentée en grande partie par des colons extrémistes, et qui consolident une occupation israélienne illégale, rapprochant dangereusement la région d’un point de non-retour, s’est alarmé M. Guterres.
Pour le Ministre des affaires étrangères de la Somalie, les opérations militaires d’Israël s’étendent rapidement et sont une sentence de morts pour les 2 millions de personnes piégées à Gaza. À sa suite, le Panama a fait observer que depuis la rupture du dernier cessez-le-feu, le 18 mars dernier, la situation humanitaire se détériore jour après jour: plus de 14 000 Palestiniens ont perdu la vie, des dizaines de milliers d’autres ont été blessés et les otages israéliens et leurs familles continuent de payer un prix insupportable d’incertitudes et de souffrances.
Aujourd’hui, a déploré le Ministre des affaires étrangères de l’Algérie, l’occupation israélienne est assumée et compromet toute perspective de création d’un État palestinien indépendant et souverain, non seulement sur le terrain mais aussi dans les esprits.
Nourri du mythe du « Grand Israël », le Gouvernement israélien cherche à redéfinir les frontières de la région et à étendre son hégémonie au mépris du droit international et des normes régissant la coexistence pacifique entre États, a-t-il tranché. C’est la langue de la haine et de la propagande qui se propage aujourd’hui, a abondé la Fédération de Russie.
Aujourd’hui, Gaza est nettoyée et découpée dans le cadre d’une politique de colonisation des plus agressives. Dans le meilleur des cas, les Palestiniens risquent de finir dans un ghetto et dans le pire des cas, en exil, s’est emportée la délégation russe.
Gaza est devenue le cimetière de notre conscience, s’est indigné le Ministre des affaires étrangères du Pakistan. Le moment n’est plus aux palabres, a-t-il dit en appelant à agir maintenant.
Alors revenons à la solution des deux États, il n’y aucune autre alternative, a décrété la Ligue des États arabes. Ça suffit! Elle a demandé au Conseil de sécurité de mettre un terme au bain de sang et à ces massacres qui entachent notre responsabilité collective.
Un appel soutenu par le Danemark, « ami de longue date d’Israël », qui par la voix de son Ministre des affaires étrangères a voulu assumer sa responsabilité morale: « En tant qu’hommes politiques et grands-parents, que répondrons-nous à nos petits-enfants? Avons-nous agi face à ces souffrances ou les avons-nous laissées se dérouler sous nos yeux? » Les souffrances à Gaza doivent cesser immédiatement, a tonné le Ministre.
Le Secrétaire général a également dénoncé l’attaque israélienne contre le Qatar, qu’il a qualifiée de violation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, ainsi que de menace aux normes fondamentales de la diplomatie et du règlement pacifique des conflits. Le représentant qatari a exhorté le Conseil de sécurité à agir pour que soient protégés les médiateurs et les négociateurs de paix.
Pourtant, a estimé le Secrétaire général, au milieu de cette situation sombre, une lueur d’espoir est apparue hier avec la reprise de la Conférence internationale sur la solution des deux États. M. Guterres a en effet salué le rôle de la France et de l’Arabie saoudite, qui l’ont coprésidée et ont contribué à relancer la dynamique politique.
Il s’est réjoui qu’à ce jour plus d’une centaine de pays aient reconnu l’État de Palestine. Pour la France, cette décision ouvre une voie politique qu’il « nous appartient de consolider ». Elle s’est dite prête avec ses partenaires européens, à participer à une mission internationale de stabilisation prévue dans la Déclaration de New York du 12 septembre.
Le Représentant permanent de l’État de Palestine a demandé le soutien de la communauté internationale à la politique de l’Autorité palestinienne: « un seul État, un seul Gouvernement, une seule loi et une seule armée. ». Le Hamas, a-t-il martelé, doit renoncer au pouvoir à Gaza.
L’Autorité palestinienne, a poursuivi son représentant, est prête à travailler avec l’Administration américaine, l’Arabie saoudite et les acteurs régionaux, la France et les partenaires internationaux, ainsi que les membres du Conseil de sécurité pour faire avancer ces objectifs.
Il n’existe pas d’État palestinien à reconnaître, ni de partenaire crédible pour la paix, ont tranché les États-Unis, en appelant l’ONU et ses membres à « changer de cap ».
Washington, a rétorqué la Fédération de Russie, doit cesser de considérer les instances de l’ONU et la diplomatie multilatérale comme un ennemi censé entraver ses intérêts au Moyen-Orient. Nous n’avons toujours pas de réponse ferme aux agissements d’Israël, a fait observer l’Arabie saoudite.
Jugeant « véritablement regrettable » que cette réunion ait été convoquée le jour du Nouvel an juif et donc en l’absence d’Israël, le représentant des États-Unis a estimé que de telles initiatives ne font qu’encourager le Hamas et saper les négociations menées avec le Qatar et l’Égypte pour libérer les otages et mettre fin au conflit.
L’Autorité palestinienne, a-t-il poursuivi, n’a jamais respecté les engagements pris dans le cadre du processus d’Oslo, n’a pas renoncé au terrorisme et n’a pas réglé les questions en suspens par le biais de pourparlers directs.
Soutien politique et financier pour la Palestine
Enfin, dans son adresse, le Secrétaire général a plaidé pour un soutien politique et financier aux institutions palestiniennes afin d’assurer leur viabilité.
Par la voix de son Premier Ministre, la Norvège a annoncé qu’elle accueillerait à New York, comme chaque année, une réunion ministérielle du groupe international des donateurs pour la reconstruction de l’État de Palestine. Il a averti que l’absence de fonds constitue une menace existentielle pour la Palestine et exigé d’Israël la restitution des recettes fiscales « qui reviennent de droit » aux Palestiniens.
De son côté, l’Union européenne a promis de verser un montant de 1,6 milliard d’euros sur trois ans grâce à la nouvelle « plateforme des donateurs pour la Palestine ». L’Égypte a exprimé l’intention d’organiser une conférence sur la reconstruction de la bande de Gaza sitôt qu’un cessez-le-feu sera conclu.
L’avenir de Gaza doit être guidé par le droit international, sans aucune forme de nettoyage ethnique et avec un horizon politique clair vers une paix durable, a plaidé le Secrétaire général.