9999e séance - matin
CS/16173

Syrie: le processus de transition ne peut échouer car les conséquences seraient désastreuses, prévient l’Envoyé spécial 

Réuni ce matin pour examiner la situation politique et humanitaire en Syrie, le Conseil de sécurité a été informé par l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour ce pays des dangers qui menacent la transition politique syrienne, de la violence intercommunautaire à la présence de groupes terroristes en passant par les interventions étrangères, dont celles récurrentes d’Israël.  M. Geir Pedersen a placé ses espoirs dans la tenue, ce mois-ci, d’élections législatives, les premières depuis la chute du régime Assad, avant d’annoncer qu’il se démettait pour raisons personnelles des fonctions qu’il exerce depuis six ans.

De l’avis du haut fonctionnaire, le succès de la transition réside dans la capacité de l’État syrien à agir pour tous, non seulement en paroles mais aussi en actes, et dans la création d’un véritable consensus national, permettant à tous les Syriens d'exprimer leurs opinions.  Si ce défi majeur est mal géré, « les conséquences pourraient être désastreuses », a-t-il mis en garde, prévenant que la Syrie pourrait se retrouver indéfiniment bloquée, incapable de guérir ou de se reconstruire, et, au pire, sombrer dans de nouvelles vagues de conflits et d’interventions extérieures.   

Ce scénario n’est dans l’intérêt de personne, a jugé M. Pedersen, pour qui la transition « ne peut tout simplement pas échouer ».  Pour s’en prémunir, a-t-il dit, la Syrie doit parvenir à la stabilité politique et s’engager dans le relèvement et la reconstruction grâce à un soutien accru de la région et de la communauté internationale, un allègement durable des sanctions et des contrôles à l’exportation, des garanties pour les banques et les entreprises, et une accélération des réformes nationales.

L’espoir d’élections transparentes et inclusives 

Dans ce contexte, l’Envoyé spécial a estimé que les étapes clefs à venir de la transition politique, notamment l’élaboration d’une constitution et la tenue d’élections libres et équitables, ne réussiront que si toutes les communautés et tous les groupes participent activement à ce processus en tant que Syriens.  

À ce propos, Mme Majd Chourbaji, représentante de la société civile syrienne invitée par le Conseil, a appelé la communauté internationale à soutenir la participation des femmes, non sans relever qu’elles ont prouvé au long des années qu’elles pouvaient être des « actrices du changement à tous les niveaux ».   

Plusieurs délégations, dont celles de la France et du Royaume-Uni, ont à leur tour encouragé le Gouvernement syrien à continuer de privilégier la participation significative des femmes à la transition politique et à garantir un processus représentatif et inclusif.  Dans une réponse indirecte à ces préoccupations, le représentant de la République arabe syrienne a assuré que les décrets régissant le scrutin à venir garantissent la participation des groupes les plus vulnérables et une représentation féminine d’au moins 20% du corps électoral.   

Pour Mme Chourbaji, il importe aussi que le processus politique en cours s’appuie sur la justice transitionnelle, seul moyen de garantir que les atrocités des années de dictature ne se répètent pas.  Une position partagée par la France, selon laquelle l’application du principe de reddition de comptes permettra de panser les plaies du passé et de cheminer vers la réconciliation. 

Une crise humanitaire qui reste parmi les pires au monde

Malgré les profonds changements en cours, la Syrie « demeure, à tous égards, l’une des plus grandes urgences humanitaires au monde », a rappelé le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence.  Plus de 70% de la population a besoin d’une aide humanitaire et plus de 9 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire aiguë, a souligné M. Tom Fletcher, ajoutant qu’environ 7 millions de personnes sont toujours déplacées dans le pays et plus de 4 millions sont réfugiées dans des pays voisins.

Déplorant la fermeture d’hôpitaux et de centre communautaires due à des coupes budgétaires, il a également regretté que l’appel humanitaire 2025 pour la Syrie ne soit financé qu’à hauteur de 18%, ce qui signifie que l’ONU et ses partenaires ne peuvent atteindre qu’une fraction des personnes dans le besoin et sont contraints de réduire leurs programmes et de licencier du personnel.  

Alors qu’environ 18% des réfugiés syriens présents dans la région prévoient de rentrer en Syrie en 2026, il s’est néanmoins réjoui des annonces d’investissements, avant d’appeler à concrétiser des projets de développement concrets.  Notant que le manque de logement, l’accès aux moyens de subsistance et à l’emploi, et les préoccupations sécuritaires sont les principaux obstacles au retour, il a réclamé des financements supplémentaires pour pérenniser les efforts d’accompagnement.

Un appel repris à son compte par la Chine, qui a en outre exhorté les parties syriennes à garantir un accès sans entrave de l’aide ainsi que la sécurité du personnel humanitaire.  Pour l’Algérie, qui s’exprimait au nom des A3+ (Algérie, Sierra Leone, Somalie et Guyana), l’urgence humanitaires doit s’accompagner d’une levée des sanctions et d’un respect des engagements pris par les donateurs.  Les États-Unis ont, eux, invité les nouvelles autorités syriennes à « saisir l’occasion offerte par l’allègement des sanctions décidé par le Président Trump ». 

Le règlement de la situation à Soueïda au centre des préoccupations  

Il a aussi été question de la situation à Soueïda, province druze devenue le théâtre d’affrontements sanglants.  Le cessez-le-feu annoncé par les autorités le 18 juillet a largement été respecté, s’est félicité M. Pedersen, avant de saluer les efforts conjoints des États-Unis et de la Jordanie, aux côtés de la Syrie, pour résoudre la crise.  L’Envoyé spécial a mentionné la feuille de route élaborée par ces pays pour sortir de la crise, avant d’indiquer qu’un comité de Soueïda, proche du cheikh Hikmet al-Hijri, a rejeté ce document et appelé à l'autodétermination « par l’auto-administration ou la sécession ».   

Selon le délégué syrien, le premier point de cette feuille de route contient une invitation adressée à la Commission d’enquête internationale indépendante sur la République arabe syrienne pour qu’elle mène des investigations sur les récents événements, ainsi que l’engagement du Gouvernement syrien à traduire en justice tous les auteurs de violations.  

Dénonciation des interventions étrangères, à commencer par celles d’Israël   

Comme la plupart des intervenants, la République islamique d’Iran a condamné les  « agressions israéliennes » en Syrie, notamment ses frappes aériennes, tout en se disant opposée aux tentatives de fragmentation du pays, notamment via des revendications d’autonomie ou de fédéralisation, « sauf si elles sont traitées dans le cadre d’un dialogue national inclusif sous l’égide de l’ONU ».  Pour le Pakistan, la stabilité du pays va de pair avec sa sécurité.  Les interventions étrangères doivent donc cesser, y compris l’occupation du Golan syrien.

La Türkiye a, elle aussi, appelé Israël à reconsidérer sa politique de fragmentation de la Syrie, avant de soutenir l’idée de la création d’une « armée nationale unifiée sous commandement central ».  Au nom du Groupe des États arabes, l’Iraq a condamné « avec la plus grande fermeté » les attaques répétées de « l’entité israélienne » contre le territoire syrien.  Son représentant a mis en garde contre les tentatives d’Israël visant à exploiter la situation interne pour attiser les tensions et les divisions sectaires.  

Le délégué syrien s’est joint à ces dénonciations, renouvelant son appel au Conseil de sécurité pour qu’il prenne des mesures immédiates afin de condamner les attaques israéliennes, d’empêcher leur répétition et de contraindre les autorités d’occupation israéliennes à retirer leurs forces de tous les territoires syriens, conformément aux résolutions pertinentes des Nations Unies.  

Appels au rapatriement des combattants étrangers   

La question des combattants terroristes étrangers présents en Syrie s’est également invitée à cette séance.  Ils n’ont « aucune place dans l’avenir de la Syrie », a soutenu la Fédération de Russie, tandis que les États-Unis exhortaient les États Membres concernés à rapatrier leurs ressortissants ou à les envoyer dans un pays tiers.  Plus largement, la délégation américaine a exprimé le vœu de voir une Syrie à l’abri du terrorisme, des ingérences extérieures, en paix avec ses voisins et débarrassée des armes chimiques.    

Nombre de délégations ont constaté que le fléau du terrorisme ne s’est pas atténué ces derniers mois en Syrie.  L’Envoyé spécial a reconnu que des cellules de Daech et la violence extrémiste continuent de menacer les fragiles espoirs de redressement.  Face à ce défi, il a convié les États Membres à commencer par tenir l’engagement pris de rapatrier leurs ressortissants, notamment ceux détenus au camp de Hol.

Sur une note plus positive, M. Pedersen et plusieurs membres du Conseil, dont la France et le Royaume-Uni, ont tenu à saluer la venue du Président syrien, M. Ahmed Hussein al-Sharaa, à New York la semaine prochaine pour le segment de haut niveau de l’Assemblée générale.  Il sera le premier Chef de l’État syrien à faire ce déplacement depuis 1967.                                                                         

 

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