Liban: le mandat de la FINUL prorogé d’un an, pour la dernière fois
Ce matin, le Conseil de sécurité, saisi d’un projet de résolution présenté par la France, s’est réuni afin de se prononcer sur la prorogation du mandat de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL). Après mise aux voix, le projet a été adopté à l’unanimité, devenant la résolution 2790 (2025).
Dans une lettre datée du 11 juillet 2025, le Secrétaire général, M. António Guterres, priait le Conseil d’envisager de renouveler le mandat de la Force, arrivant à échéance le 31 août 2025, pour une année supplémentaire. Alors que la situation reste « fragile » malgré la cessation des hostilités entre le Hezbollah et les Forces de défense israéliennes, la FINUL a encore un rôle à jouer puisque le Liban et Israël manquent toujours à certaines de leurs obligations, selon M. Guterres.
La présence continue d’une force internationale de maintien de la paix impartiale reste « déterminante » pour soutenir la sécurité à long terme, surveiller les violations de la résolution 1701 (2006), assurer la coordination et faciliter l’accès humanitaire, avait-il consigné dans sa lettre.
Cette demande du Secrétaire général au Conseil faisait suite à la lettre du Ministre libanais des affaires étrangères et des émigrés demandant une prorogation d’un an, en conformité avec les dispositions de la résolution 1701 (2006).
La présence de la FINUL est nécessaire jusqu’à parvenir à une entente politique sur toutes les questions en suspens, a expliqué le délégué du Liban, regrettant que l’Armée libanaise ne puisse se déployer totalement au sud du fleuve Litani en raison de l’occupation israélienne. Le retrait complet des forces armées israéliennes des cinq zones frontalières qu’elles occupent encore actuellement, ainsi que la levée des deux zones dites « tampons » et la libération des prisonniers libanais, sont des conditions nécessaires pour un cessez le feu complet, a-t-il insisté.
Le retrait de la Force en 2027, prématuré?
Si les délégations se sont félicitées de la prorogation du mandat de la FINUL pour l’année à venir, elles ont regretté son retrait programmé pour 2027, jugé trop « prématuré ». En effet, le texte adopté aujourd’hui, fruit d’un « compromis » faute de consensus, prévoit la prolongation du mandat « pour la dernière fois » et l’entame du retrait des effectifs « de façon organisée et en toute sécurité » à compter du 31 décembre 2026.
Certes, les missions onusiennes sont temporaires et le Liban doit, à terme, assumer l’entière responsabilité de la sécurité sur son territoire, ont reconnu les délégations. Il n’en reste pas moins que la situation est toujours « volatile », a rappelé la France, délégation porte-plume. Sans les efforts de la FINUL, une escalade rapide des tensions serait à prévoir, a mis en garde le Royaume-Uni, estimant que, dans le contexte actuel, la reconduction n’est « pas une simple procédure mais bien une nécessité ».
« Pilier de la sécurité », la FINUL a joué un rôle « charnière » dans la stabilisation de la région et le redéploiement des Forces armées libanaises dans le sud au cours de l’année écoulée, ont souligné la quasi-totalité des délégations. Il est nécessaire que les forces libanaises continuent à bénéficier de l’appui international pour que ces efforts « sans précédents » ne soient pas vains, a donc insisté la France, appuyée par le Royaume-Uni.
Le risque d’un retrait prématuré est d’avoir un « vide sécuritaire », ont abondé la Fédération de Russie et quelques autres membres du Conseil, estimant que la sécurité doit incomber au seul Gouvernement libanais dès lors que la résolution 1701 (2006) est pleinement mise en œuvre. Pour le Pakistan, le retrait de la FINUL ne peut être déterminé par des « calendriers arbitraires » alors que la Force s’est acquittée de son mandat avec « professionnalisme ».
« Aucune mission ne devrait se retirer à la hâte », a finalement assené la Chine, déplorant « l’entêtement d’une seule délégation au mépris total de la situation sur le terrain » durant les négociations sur le projet de résolution. C’est « totalement décevant », s’est indigné le délégué chinois.
Garantir à une transition « ordonnée »
C’est pourquoi la résolution demande au Secrétariat de proposer des options et ajustements pour continuer à mettre en œuvre le mandat de la FINUL et éviter « tout retour en arrière », a précisé le délégué français. L’Algérie a estimé que le Conseil doit effectivement adapter cette nouvelle résolution en fonction des évolutions sur le terrain, exhortant à sa mise en œuvre « totale et non sélective ».
Au vu du texte adopté, il est donc temps de « réfléchir à l’avenir » en prenant les mesures nécessaires pour renforcer durablement l’autorité de l’État libanais et garantir la sécurité le long de la Ligne bleue après le retrait de la FINUL, ont relevé la République de Corée et la Somalie. L’année à venir doit servir à consolider les efforts du Gouvernement libanais et à « créer l’espace » pour que les Forces armées libanaises puissent assumer leur mission sécuritaire, ont fait valoir les États-Unis. La déléguée grecque, prônant également une transition « ordonnée », a espéré que l’État libanais pourra pleinement assumer la responsabilité de sa sécurité dans les prochains mois.
Si Israël a reconnu l’importance du renforcement des Forces armées libanaises pour que le Liban retrouve sa souveraineté face aux terroristes du Hezbollah, il s’est montré très critique envers la FINUL. Selon lui, la Force n’a pas réussi son mandat en 47 ans de présence puisqu’elle n’a pas empêché le Hezbollah de mettre en place « un des arsenaux les plus dangereux au monde ». Malgré son affaiblissement au cours de l’année écoulée, le Hezbollah continue de se réarmer grâce au soutien de l’Iran, a-t-il conclu, déplorant que le Conseil ne « ferme encore les yeux » sur la cause profonde de ce conflit.
La situation au Moyen-Orient (S/2025/461)
Texte du projet de résolution (S/2025/527)
Le Conseil de sécurité,
Rappelant toutes ses résolutions antérieures concernant le Liban, en particulier les résolutions 425 (1978), 426 (1978), 1559 (2004) et 1701 (2006),
Réaffirmant son attachement à l’application intégrale de toutes les dispositions de la résolution 1701 (2006) et conscient de la responsabilité qui lui incombe d’aider à rétablir le calme le long de la Ligne bleue et à parvenir à un cessez-le-feu permanent et à une solution à long terme du conflit, comme prévu dans ladite résolution,
Se déclarant profondément préoccupé par les conséquences des hostilités, en particulier avant l’annonce de la cessation des hostilités le 27 novembre 2024, de nombreuses victimes civiles ayant été à déplorer et des dizaines de milliers de civils ayant été contraints de fuir leurs foyers,
Conscient qu’il importe de poursuivre les efforts visant à permettre aux populations civiles de part et d’autre de la Ligne bleue de retourner en toute sécurité sur leurs terres et dans leurs foyers,
Demandant de nouveau à la communauté internationale de prêter une assistance économique, notamment financière, en vue de faciliter la reconstruction et le développement du Liban et le retour en toute sécurité des personnes déplacées,
Saluant les efforts que fait le Gouvernement libanais pour exercer sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire, par l’intermédiaire des Forces armées libanaises, de sorte qu’aucune autre autorité que la sienne ne s’y exerce, et se félicitant à cet égard du projet en cours visant à déployer 6 000 membres supplémentaires des Forces armées libanaises au Liban-Sud à compter du 27 novembre 2024,
Rappelant que les soldats de la paix ne doivent jamais être la cible d’attaques, condamnant les incidents qui ont touché les locaux et les forces de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL), blessant plusieurs soldats de la paix, et demandant instamment à toutes les parties de prendre toutes les mesures nécessaires pour respecter la sûreté et la sécurité du personnel et des locaux de la FINUL, ainsi que pour permettre à la Force de s’acquitter des fonctions envisagées dans la résolution 1701 (2006),
Prenant note avec satisfaction des progrès accomplis par la FINUL depuis le 27 novembre 2024 dans le cadre des activités qu’elle mène pour mettre au jour des caches d’armes et renforcer sa présence par des patrouilles et des inspections de lieux présentant un intérêt, notamment en association avec les Forces armées libanaises, activités qui contribuent à l’application de la résolution 1701 (2006) et illustrent le rôle joué par le mécanisme de liaison et de coordination de la FINUL,
Répondant à la demande formulée par le Gouvernement libanais dans une lettre que le Ministre libanais des affaires étrangères et des émigrés a adressée au Secrétaire général le 27 juin 2025, tendant à ce que le mandat de la FINUL soit prorogé pour une période d’un an, et accueillant avec satisfaction la lettre que le Secrétaire général a adressée au Président du Conseil le 11 juillet 2025 (S/2025/461) pour recommander cette prorogation,
Réaffirmant son ferme attachement à l’intégrité territoriale, à la souveraineté et à l’indépendance politique du Liban, à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues et sur la base des principes et des paramètres énoncés dans la résolution 1701 (2006),
Constatant que la situation au Liban continue de menacer la paix et la sécurité internationales,
1. Décide de proroger pour la dernière fois le mandat de la FINUL, tel qu’énoncé dans la résolution 1701 (2006), jusqu’au 31 août 2026, et d’entamer la réduction et le retrait des effectifs de la mission de façon organisée et en toute sécurité à compter du 31 décembre 2026, conformément aux conditions énoncées aux paragraphes 5, 6, 7 et 8 de la présente résolution, ces opérations devant être achevées dans un délai d’un an;
2. Exige l’application intégrale de la résolution 1701 (2006), réitère son ferme attachement au plein respect de la Ligne bleue et à la cessation totale des hostilités, et rappelle l’objectif d’une solution à long terme fondée sur les principes et éléments énoncés au paragraphe 8 de sa résolution 1701 (2006);
3. Se félicite de l’accord de cessation des hostilités conclu entre Israël et le Liban le 26 novembre 2024 (S/2024/870), qui constitue une étape essentielle sur la voie de la pleine application de la résolution 1701 (2006), tout en notant avec une vive préoccupation les violations persistantes dont cet accord fait l’objet, notamment les frappes aériennes et les attaques de drones menées sur le territoire libanais, demande à toutes les parties de s’acquitter des obligations que leur fait le droit international humanitaire, notamment en matière de protection des civils, et demande également aux parties d’en appliquer fidèlement les dispositions, avec le soutien de la Coordonnatrice spéciale des Nations Unies pour le Liban et de la FINUL, conformément à leurs mandats respectifs;
4. Demande au Gouvernement israélien de retirer les forces présentes au nord de la Ligne bleue, notamment au niveau des cinq positions qu’il tient en territoire libanais, ainsi que dans les zones tampons établies au nord de la Ligne bleue, et demande aux autorités libanaises de se déployer sur ces positions avec l’appui temporaire de la FINUL et d’étendre le contrôle du Gouvernement libanais à l’ensemble du territoire libanais, conformément aux dispositions des résolutions 1559 (2004), 1680 (2006) et 1701 (2006) et aux dispositions pertinentes de l’Accord de Taëf, afin qu’il y exerce sa pleine souveraineté, l’objectif étant de parvenir dans les meilleurs délais à une situation dans laquelle aucune arme autre que celles du Gouvernement libanais ne se trouve sur le territoire et aucune autre autorité que la sienne ne s’y exerce;
5. Demande à la FINUL de cesser ses opérations le 31 décembre 2026 et de procéder à compter de cette date et dans un délai d’un an à la réduction et au retrait de ses effectifs, de façon organisée et en toute sécurité, en consultation étroite avec le Gouvernement libanais, afin que celui-ci soit le seul à assurer la sécurité dans le sud du Liban, et en coordination avec les pays fournisseurs de contingents ou de personnel de police, et prie le Secrétaire général de le tenir régulièrement informé de toute évolution liée à ce processus;
6. Décide qu’au cours de la phase de réduction et de retrait de ses effectifs, la FINUL est autorisée à assumer les fonctions définies ci-après, dans la limite de ses capacités et dans sa zone d’opérations au Liban, de concert avec le Gouvernement libanais et avec sa coopération:
i) Pourvoir à la sécurité du personnel, des locaux, des convois, des installations et du matériel des Nations Unies, ainsi qu’à celle du personnel associé;
ii) Continuer de surveiller les conditions régnant aux abords de ses sites;
iii) Escorter le personnel civil et en tenue des Nations Unies dans ses fonctions d’appui;
iv) Procéder à des opérations d’extraction de membres du personnel des Nations Unies et d’agents de l’action humanitaire en danger;
v) Fournir un appui médical, y compris l’évacuation sanitaire des membres du personnel des Nations Unies;
vi) Mettre en place une communication stratégique efficace pour renforcer sa protection;
vii) Contribuer à la protection des civils et à l’acheminement en toute sécurité de l’aide humanitaire sous la direction de civils, dans les limites de ses capacités;
7. Décide que la liquidation de la FINUL commencera à l’issue de la phase de réduction et de retrait de ses effectifs, et décide également d’autoriser, pendant la durée de cette liquidation, le maintien d’une petite unité de garde, afin de protéger le personnel, les installations et les biens de la mission, en coordination étroite avec les forces armées et les forces de sécurité libanaises;
8. Demande au Gouvernement libanais de respecter pleinement toutes les dispositions de l’Accord sur le statut des forces du 15 décembre 1995 jusqu’à ce que le dernier élément de la FINUL ait quitté le Liban, en particulier les dispositions relatives à la liberté de circulation de la Force sur l’ensemble du territoire libanais et celles ayant trait à ses privilèges et immunités, et demande également au Gouvernement libanais de prendre toutes les mesures qui s’imposent pour respecter la sûreté et la sécurité de la Force et du personnel associé, ainsi que de leur équipement et de leurs locaux;
9. Demande à la FINUL, au cours de son retrait, conformément aux pratiques établies ainsi qu’au Règlement financier et aux règles de gestion financière de l’Organisation des Nations Unies, de prendre toutes les mesures pratiques et précautions nécessaires pour faire en sorte que les moyens de la Force soient transférés en toute sécurité et placés sous le contrôle de l’entité désignée;
10. Prie le Secrétaire général d’étudier, d’ici au 1er juin 2026, les moyens d’appliquer la résolution 1701 (2006) après le retrait de la FINUL, notamment pour ce qui est de fournir une assistance en matière de sécurité et de surveillance de la Ligne bleue et de renforcer le soutien apporté au redéploiement des Forces armées libanaises au sud du Litani à l’aide des outils dont dispose l’Organisation des Nations Unies;
11. Demande instamment à la communauté internationale d’intensifier le soutien qu’elle apporte aux Forces armées libanaises, notamment en ce qui concerne les équipements, le matériel et le financement, afin d’assurer leur déploiement effectif et durable au sud du Litani et de renforcer leur capacité d’appliquer la résolution 1701 (2006), prie le Secrétaire général de continuer d’adapter les activités de la FINUL, dans les limites de son mandat, de façon à ce qu’elle aide les Forces armées libanaises à établir, entre la Ligne bleue et le Litani, une zone d’exclusion de tous personnels armés, biens et armes autres que ceux déployés dans la zone par le Gouvernement libanais et la Force, et engage le commandant de la FINUL, en coordination avec les Forces armées libanaises, à mettre pleinement à profit les règles d’engagement existantes, en particulier les activités opérationnelles de la Force visant à mettre au jour des tunnels et des caches d’armes, ainsi que sa réactivité tactique en vue d’atténuer les entraves imposées à sa liberté de circulation, et à adopter une approche proactive en matière de communication stratégique afin d’appuyer les activités menées par la FINUL à cet égard;
12. Demande au Gouvernement libanais d’améliorer la coordination entre la FINUL et les Forces armées libanaises et de faciliter l’accès rapide et complet de la Force aux sites qu’elle demande à visiter afin de mener rapidement une enquête, y compris tous les lieux présentant un intérêt, dans les limites de son mandat;
13. Invite le Mécanisme mentionné dans l’accord de cessation des hostilités entre Israël et le Liban en date du 26 novembre 2024 (S/2024/870) et la FINUL à coopérer aux fins de l’exécution de leurs mandats respectifs, dans le cadre du mandat de la mission et dans les limites de sa zone d’opérations au sud du Litani, et engage la Force, dans le cadre de son mandat et dans les limites de ses moyens, et conformément à son rôle de surveillance et de vérification, à aider le Mécanisme à contribuer au respect des engagements pris par Israël et le Liban et à surveiller et signaler les violations de la résolution 1701 (2006);
14. Demande de redoubler d’efforts diplomatiques pour régler tout différend ou répondre à toute réserve concernant la frontière internationale entre le Liban et Israël, avec le soutien de la Coordonnatrice spéciale des Nations Unies pour le Liban et de la FINUL, le cas échéant;
15. Prie le Secrétaire général de continuer de lui faire rapport sur l’application de la résolution 1701 (2006), tous les quatre mois ou chaque fois qu’il le jugera nécessaire, selon le modèle de rapport existant, tel qu’il a été défini dans les résolutions précédentes;
16. Souligne combien il est important et nécessaire de parvenir à une paix globale, juste et durable au Moyen-Orient, sur le fondement de toutes ses résolutions pertinentes, et décide de rester activement saisi de la question.
Retrouvez les délibérations sur: LIVE - Conseil de sécurité | Couverture des réunions & communiqués de presse