Conseil de sécurité: vives préoccupations face à la reprise des hostilités dans l’est de la République démocratique du Congo malgré l’accord de paix de Washington
Le Conseil de sécurité s’est réuni ce matin « en raison d’une recrudescence effarante de la violence dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), provoquant de nombreux morts parmi les civils », a justifié la délégation des États-Unis qui a demandé la tenue de cette réunion au cours de laquelle des délégations se sont dites préoccupées par les attaques contre les civils perpétrées par des groupes armés avec le soutien de certains membres de l’armée congolaise au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, d’une part, et des violences perpétrées par le Mouvement du 23 mars (M23) et le Rwanda, d’autre part.
Face à cette situation, les membres du Conseil ont été nombreux à appeler au respect de l’accord signé le 27 juin dernier à Washington entre le Rwanda et la RDC, alors que cette dernière milite pour que le « Conseil de sécurité prenne ses responsabilités » en adoptant des sanctions ciblées contre les saboteurs de la paix, notamment issus du M23 et du Rwanda. La délégation rwandaise mise en cause par plusieurs délégations et les rapports onusiens a rejeté ces accusations, les qualifiant de graves et totalement infondées.
À ce stade critique pour la RDC et la région, il est essentiel que le Conseil soutienne pleinement les efforts de paix actuels et exerce son influence pour garantir le respect de la résolution 2773 (2025), a déclaré en ouverture de la séance Mme Martha Ama Akyaa Pobee. La Sous-Secrétaire générale pour l’Afrique a souligné que bien que la situation sur le terrain demeure désastreuse, tout porte à espérer qu’avec un engagement sincère des parties et le soutien concerté de la communauté internationale, la paix pour la population de l’est de la RDC est possible.
Elle a d’ailleurs salué les progrès encourageants de ces derniers mois, notamment la signature, le 27 juin à Washington, d’un accord de paix entre la RDC et le Rwanda, facilitée par les États-Unis. Cette signature a été suivie, le 19 juillet, de la signature d’une déclaration de principes entre le Gouvernement de la RDC et l’Alliance Fleuve Congo AFC/M23. Malheureusement, a relevé Mme Pobee, l’évolution de la situation sécuritaire sur le terrain n’a pas suivi les progrès réalisés sur le plan diplomatique, tandis que les parties n’ont toujours pas respecté leurs obligations au titre de la résolution 2773 (2025) du Conseil de sécurité.
S’appuyant sur les chiffres du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, elle a notamment indiqué qu’au moins 319 civils, dont au moins 48 femmes et 19 enfants, ont été tués par les membres de l’AFC/M23, appuyés par des membres de la Force de défense rwandaise, entre le 9 et le 21 juillet, dans quatre villages du territoire de Rutshuru, dans la province du Nord-Kivu. Une information reprise par plusieurs délégations qui ont fait part de leur émoi.
Elle a également fait état d’une forte détérioration de la situation sécuritaire en Ituri depuis début juillet, malgré les progrès réalisés dans le cadre du Dialogue intergroupes armés qui s’est tenu à Aru, fin juin. Les factions Zaïre affiliées à la Convention pour la révolution populaire (CRP) ont intensifié leurs opérations contre les positions de l’armée gouvernementale, ciblant également occasionnellement des civils. La Coopérative pour le développement du Congo (CODECO) a également repris les hostilités.
Des accusations « graves et totalement infondées », dénonce le Rwanda
La délégation rwandaise a rejeté les accusations « graves et totalement infondées » portées à son encontre, s’inquiétant de la persistante d’une couverture sélective des questions relatives aux droits humains en RDC, « où les victimes sont présentées comme les auteurs, et vice versa ». S’agissant du massacre présumé de civils à Rutshuru, elle a souligné le caractère contradictoire et peu crédible des rapports, estimant qu’une enquête impartiale était nécessaire pour établir des faits fiables. De même, certaines atrocités documentées et incontestées, notamment à Minembwe, Nturo et en Ituri, sont négligées.
Selon le représentant, ces campagnes d’accusations apparaissaient à des moments politiquement sensibles, en particulier à l’approche de nouvelles négociations à Doha et de la mise en œuvre de l’Accord de paix de Washington, qui inclut la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) appuyées par Kinshasa. Ce groupe, a-t-il souligné, demeure le principal moteur du conflit dans l’est de la RDC.
Le Rwanda s’est en outre dit préoccupé par les violations répétées du cessez-le-feu imputées aux forces congolaises, y compris les Wazalendo et les FDLR opérant sous leur commandement, ainsi que par de nouveaux déploiements militaires. La délégation a regretté que la RDC n’ait pas accepté de lancer le concept des opérations pour la neutralisation des FDLR lors de la réunion du Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité du 7 août, tout en exprimant l’espoir que cela soit corrigé lors de la prochaine rencontre.
La RDC fustige une tentative de remodeler le tissu social congolais par la violence
La RDC a, de son côté, douté de la sincérité de l’engagement du Rwanda et de ses supplétifs de l’AFC/M23 « qui s’obstinent à fouler aux pieds leurs engagements aux termes de l’accord de paix de Washington et de la déclaration des principes de Doha ». Elle a relevé qu’au cours du mois de juillet 2025, plus de 300 civils congolais ont été tués dans plusieurs localités du territoire de Rutshuru, dans la province du Nord-Kivu, à la suite d’attaques menées par la coalition AFC/M23. Selon la RDC, ces crimes ont une dimension ethnique manifeste, puisque des civils, notamment hutus, ont été visés pour leur seule appartenance ethnique. Pour le pays, c’est une tentative délibérée de remodeler par la violence le tissu social congolais.
La délégation de la RDC a demandé au Conseil de sécurité de renforcer sans délai le régime de sanctions, en y inscrivant les commandants de l’AFC/M23 et les responsables rwandais, et de condamner la transplantation, par l’AFC/M23, de populations non identifiées sur le territoire congolais.
Le Conseil a déjà démontré que les sanctions ne sont pas contraires à la paix, mais au contraire nécessaires pour la rendre possible. Il n’y a aucune raison que le cas de la RDC fasse exception, a-t-elle insisté. En refusant d’imposer de telles mesures contre le M23 et ses soutiens rwandais, le Conseil s’exposerait à cautionner l’impunité, à miner sa propre résolution 2773 et à éroder sa crédibilité et sa légitimité, a estimé le délégué de la RDC qui a souligné que le Rwanda vient en RDC pour y exploiter des minerais. Un argument rejeté par le Rwanda qui a fait valoir que son territoire regorge de mêmes richesses.
Une lueur d’espoir assombrie par l’ombre de l’impasse
Au nom des A3+ (Algérie, Sierra Leone, Somalie et Guyana), la Sierra Leone a appelé à des enquêtes approfondies et impartiales sur toutes les atrocités commises et a regretté que l’accord de paix n’ait pas encore permis une amélioration tangible sur le terrain. La délégation a également appelé à la mise en place d’un mécanisme de vérification robuste et crédible chargé de surveiller la mise en œuvre de l’accord de paix.
Une solution politique est la seule voie viable vers une paix durable en RDC, a affirmé la délégation qui a souligné le rôle essentiel de l’Union africaine et des mécanismes sous-régionaux dans la recherche d’une solution durable au conflit dans l’est du pays.
La France a exhorté les parties à respecter l’accord de paix du 27 juin dernier qui appelle au retrait de la Force de défense rwandaise hors du territoire congolais, à l’arrêt de tout soutien étranger aux groupes armés -y compris celui de la Force de défense rwandaise au M23-, ainsi qu’à la neutralisation des FDLR.
« La lueur d’espoir, autrefois portée par le dialogue et la diplomatie, est aujourd’hui assombrie par l’ombre de l’impasse », s’est émue la République de Corée qui s’est engagée à prévenir ces violences et à consolider la paix, notamment par sa contribution de 8,6 millions de dollars aux programmes pertinents mis en œuvre par les agences onusiennes sur le terrain. Les bailleurs de fonds traditionnels doivent combler le gouffre du financement pour alléger les souffrances des populations, a renchéri la Chine.
Plusieurs délégations ont d’ailleurs estimé que les besoins humanitaires exigent un arrêt immédiat des hostilités. C’est d’ailleurs pour cette raison que les États-Unis exigeront que les saboteurs de la paix rendent des comptes, a fait savoir la représentante de ce pays qui a annoncé que le 12 août le Gouvernement américain a sanctionné quatre entités produisant des minerais du sang à l’est de la RDC.
Enfin, la Fédération de Russie a rappelé que la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) devrait améliorer son efficacité, en particulier dans la protection des civils, afin de réaffirmer son rôle de facteur de dissuasion. C’est dans cette optique que le Pakistan a appelé à doter sa force de moyens nécessaires pour s’acquitter de sa mission.
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