9978e séance – matin
CS/16143

Conseil de sécurité: les répercussions des troubles régionaux sur la paix et la stabilité au Yémen préoccupent les délégations

L’Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Yémen a exhorté, ce matin, le Conseil de sécurité à prendre des mesures dynamiques et pratiques pour ouvrir la voie de la paix au Yémen menacé par les troubles régionaux. 

M. Hans Grundberg a également appelé à des négociations entre les parties, conformément aux engagements pris dans le cadre de la feuille de route de décembre 2023, exhortant à la poursuite des mesures visant à instaurer la confiance et à améliorer le quotidien des Yéménites.  Il s’est notamment inquiété de l’offensive importante qui a été menée le 25 juillet sur le front d’Aleb, dans la province de Saada, faisant de nombreux morts et blessés des deux côtés.  Ces développements sont préoccupants et soulignent la nécessité d’une désescalade active et d’un dialogue sécuritaire entre les parties, a-t-il souligné. 

De même, il s’est inquiété des décisions unilatérales qui risquent d’approfondir les divisions au sein des institutions et des structures étatiques, notant que l’émission de nouvelles pièces de 50 rials et de billets de 200 rials par Ansar Allah contribue à la fragmentation du rial yéménite et complique les discussions futures visant à unifier l’économie yéménite et ses institutions. 

Pour que le Yémen ait une chance réelle de connaître la paix, il doit aussi être protégé contre toute nouvelle implication dans les troubles régionaux actuels découlant de la guerre à Gaza, a ajouté M. Grundberg.  Les frappes contre les navires civils en mer Rouge doivent cesser, de même que les attaques de missiles contre Israël et les frappes israéliennes qui ont suivi contre le Yémen, a-t-il exhorté, notant que cette escalade a conduit à la quasi-destruction des installations portuaires de la côte ouest du Yémen. 

Appels à stabiliser la situation régionale

La mise en œuvre « extrêmement lente » de la feuille de route de décembre 2023 a notamment préoccupé le Pakistan qui a jugé urgent de sortir de l’impasse actuelle en faisant preuve d’une volonté politique renouvelée et en adoptant des mesures concrètes en faveur d’un processus de paix inclusif et d’un règlement politique. 

Il faut un processus de paix interyéménite auquel participeraient de manière substantielle toutes les parties au conflit, y compris Ansar Allah et les pays de la région, a renchérit la Fédération de Russie qui a prévenu que la détérioration des divisions internes risque de saper toutes les initiatives de paix et de morceler le pays.  « Le Yémen s’enfoncerait dans la guerre civile avec des répercussions incalculables pour la région. » 

En même temps, a ajouté la délégation russe, il faut poursuivre les efforts visant à stabiliser durablement la situation dans la mer Rouge et le golfe d’Aden par des moyens exclusivement politiques et diplomatiques.  Mais sans un cessez-le-feu à Gaza, a-t-elle reconnu, il est vain d’espérer une désescalade dans l’ensemble de la région. 

Le Guyana, au nom des A3+ (Algérie, Sierra Leone, Somalie, et Guyana) est également convaincu qu’un cessez-le-feu permanent à Gaza contribuera à apaiser les tensions dans la région et à créer des conditions propices à une paix durable.  De fait, ce qui se passe au Yémen dépend de ce qui se passe au Moyen-Orient, a soutenu la Chine, priant la communauté internationale à prendre toutes les mesures pour faire cesser les tensions à Gaza et au Moyen-Orient. 

Avec l’appui du régime iranien, les houthistes « hypothèquent toute possibilité de paix et prolongent le conflit », a accusé pour sa part le représentant du Yémen, qui a exhorté à l’adoption de mesures efficaces pour contrer les ingérences de Téhéran dont l’objectif, a-t-il affirmé, est de miner la stabilité dans la région et d’entraver toute possibilité de règlement politique.  Le Conseil de sécurité, a-t-il ajouté, doit garantir la bonne mise en œuvre des résolutions 2216 (2015) et 2140 (2014). 

Abondant dans le même sens, la France a exigé le respect de l’embargo sur les armes et la cessation des attaques en mer Rouge, ainsi que celles qui continuent de viser le territoire d’Israël. 

Les propositions des États-Unis

Les tirs de missiles dirigés contre Israël ont été fermement condamnés par les États-Unis qui ont par ailleurs estimé que la Mission des Nations Unies en appui à l’Accord sur Hodeïda (MINUAAH) devait cessez ses activités, évoquant l’impératif pour l’ONU de rationaliser ses opérations et d’optimiser l’allocation des ressources.  Les États-Unis ont largement assumé le coût de la défense de la liberté de navigation en mer Rouge, a fait observer la délégation. 

Elle a ensuite appelé à accorder un soutien financier au Mécanisme de vérification et d’inspection des Nations Unies qui, a-t-elle noté, a amélioré l’efficacité de ses opérations grâce à l’inspection physique de 100% des cargaisons conteneurisées.  « Le fait que les houthistes aient demandé sa suppression témoigne de son efficacité pour prévenir les livraisons illicites d’armes », a-t-elle fait observer. 

Une situation économique préoccupante

L’aggravation du conflit économique a elle aussi suscité des nombreuses préoccupations parmi les délégations, à l’instar du Danemark qui a pointé l’émission de nouvelles pièces de monnaies et de billets de banque par les houthistes, en violation de l’accord économique conclu en juillet dernier pour prévenir une dégradation supplémentaire de la situation. 

Ni les parties, ni la population civile yéménite, ne tireront profit d’un nouveau conflit économique qui risque de compromettre la stabilité d’une économie déjà fragile, a prévenu le représentant, avant d’appeler les parties à faire preuve d’un engagement sincère en faveur de la paix. 

Les houthistes cherchent à piller les économies des Yéménites pour financer leurs sombres desseins.  Ils s’attaquent aux ports qui exportent le pétrole, réduisent de 70% les recettes publiques, utilisent l’économie comme armes de guerres, dépouillent les citoyens et ruinent leurs moyens de subsistance, provoquant le déplacement de plus de 4 millions personnes, s’est lamenté le responsable yéménite, lançant un appel à l’aide de toute urgence pour relever notre économie et sortir de cette crise. 

Une population rongée par la faim

Au cours de cette séance, le Directeur de la Division de la coordination du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a indiqué qu’au Yémen, la moitié des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë et près de la moitié de retard de croissance, entrainant un risque de décès dû à des maladies courantes 9 à 12 fois supérieur à la moyenne. 

« Le Yémen est aujourd’hui l’un des pays les plus touchés par l’insécurité alimentaire au monde », s’est inquiété M. Ramesh Rajasingham, qui a signalé que dans les camps de personnes déplacées du district d’Abs, dans la province de Hajja, des enfants de familles déplacées mouraient de faim. 

Il a également évoqué la situation dans les zones rurales des provinces de Mahouit, d’Hodeïda et de Sanaa, où les familles sont contraintes de vendre tout ce qui leur permettrait de subvenir à leurs besoins à long terme –bétail, outils, terres agricoles– pour pouvoir se nourrir demain. 

Les enfants sont contraints de travailler au lieu d’aller à l’école, et les femmes et les adolescentes sont exposées à des risques accrus de violences conjugales, d’exploitation ou de mariage précoce, a-t-il détaillé, précisant que rien que dans ces trois provinces, près d’un tiers des femmes âgées de 20 à 24 ans ont été mariées avant l’âge de 18 ans, près d’une sur 10 l’ayant été avant ses 15 ans.

Intervenant également au nom du Guyana, en leur capacité de coréférents informels sur les conflits et la faim, la Slovénie a estimé que de nouvelles approches s’imposent pour faire face aux difficultés de financement que connaissent les opérations humanitaires au Yémen. 

Elle a recommandé d’investir dans l’agriculture, un secteur dont dépendent près de 70% des Yéménites, y voyant une « mesure vitale », non seulement pour lutter contre l’insécurité alimentaire et la malnutrition, mais aussi pour renforcer la résilience et soutenir la stabilité à long terme.  Le soutien aux petits exploitants agricoles et aux communautés de pêcheurs permet en outre aux populations de produire leur propre nourriture et de préserver leurs moyens de subsistance. 

De son côté, le représentant yéménite a dit attendre avec impatience la conférence internationale sur la sécurité alimentaire au Yémen prévue en octobre prochain sous la houlette du Conseil de coopération du Golfe (CCG), une étape importante, selon lui, pour dessiner une feuille de route pour relever les défis qui se posent en matière de sécurité alimentaire au Yémen. 

Appels à la libération des détenus d’Ansar Allah

Comme lors des séances précédentes, de nombreux appels ont été lancés pour la libération sans condition des personnels humanitaires et des Nations Unies ainsi que de représentants de la société civile yéménite, des missions diplomatiques et des gens de mer encore détenus les houthistes. 

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