9972e séance – après-midi
CS/16135

Conseil de sécurité: appels à la libération immédiate des otages détenus à Gaza

Réuni en urgence cet après-midi à la demande d’Israël, le Conseil s’est penché sur la situation des 50 otages israéliens encore retenus dans la bande de Gaza, près de 22 mois après l’attaque du 7 octobre 2023.  La réunion, demandée par Israël après la diffusion de deux vidéos montrant des otages en détresse physique et psychologique, a été soutenue par les États-Unis, le Royaume-Uni et la France. 

Dans une atmosphère grave, M. Miroslav Jenča, Sous-Secrétaire général pour l’Europe, l’Asie centrale et les Amériques, et le frère de l’un des otages ont ouvert la séance. 

Au cours de la semaine écoulée, le Hamas et le Jihad islamique palestinien ont publié des images d’Evyatar David et de Rom Braslavski, visiblement émaciés, décrivant les conditions effroyables de leur détention.  « Les images montrant Evyatar, apparemment contraint de creuser sa propre tombe, sont effroyables.  Elles sont une offense à l’humanité », s’est ému M. Jenča.  La vidéo a aussi été condamnée par l’Observateur permanent de l’État de Palestine, qui a rejeté « le traitement inhumain de qui que ce soit ».

Dressant un tableau alarmant de la situation en Israël et dans le Territoire palestinien occupé, M. Jenča a dénoncé « une tragédie humaine insupportable » pour les civils israéliens toujours détenus à Gaza et les Palestiniens pris au piège de la guerre.  Qualifiant de crimes de guerre la détention prolongée et les mauvais traitements infligés aux 50 otages encore aux mains du Hamas (dont 28 seraient morts), il a exigé leur libération immédiate et inconditionnelle. S’adressant au frère d’Evyatar David, il a exprimé sa solidarité: « nous reconnaissons la douleur profonde et l’angoisse vécues par les familles de ceux qui restent en captivité », saluant « le courage et la détermination » du témoin et partageant son espoir de voir tous les otages libérés sans délai. 

Dans un second temps, M. Jenča a dénoncé la famine sévissant à Gaza et les restrictions israéliennes à l’acheminement de l’aide humanitaire, appelant Israël à garantir un accès humanitaire rapide et massif.  Lisant « la faim sur le visage des enfants », il a qualifié de « profondément alarmantes », les informations concernant la possible décision du Premier Ministre Netanyahu d’étendre les opérations militaires israéliennes à l’ensemble de la bande de Gaza. 

« Cela risquerait d’entraîner des conséquences catastrophiques pour des millions de Palestiniens et pourrait mettre davantage en danger la vie des otages encore détenus à Gaza », a prévenu le haut fonctionnaire. 

Témoignant n’avoir pu visionner la vidéo de son frère « par crainte de mourir de douleur », M. Ilay David a indiqué, photos à l’appui, que ce dernier, enlevé alors qu’il se rendait à un concert, ne pèserait plus que 40 kilogrammes et n’aurait plus que quelques jours à vivre.  Il a exhorté le Conseil de sécurité à exiger la libération des otages, qu’ils soient morts ou vivants, et à assurer l’accès des otages à l’aide humanitaire.  Votre silence, a-t-il prévenu, commence à prendre le visage monstrueux de la complicité. 

Les membres du Conseil ont unanimement exigé la libération immédiate et inconditionnelle des otages encore détenus par le Hamas, qualifiant leurs conditions de détention d’inhumaines.  La France a vu dans ces vidéos une « cruauté abjecte », tandis que le Royaume-Uni a affirmé que le Hamas n’avait « pas sa place dans une gouvernance future de la Palestine ».  L’Argentine, de son côté, a qualifié les actes du Hamas de « barbarie injustifiable », précisant que plus de 20 Argentins avaient été kidnappés. Évoquant eux aussi une « barbarie » qui devrait « choquer le monde entier », les États-Unis ont exhorté le Conseil à cesser de mettre la pression sur Israël, appelant à exercer une « pression maximale » sur le Hamas pour obtenir la libération des 50 otages et veiller à ce que le groupe rende les armes et ne gère plus la bande de Gaza. 

« Les images qui en ont choqué certains ne devraient surprendre personne », a toutefois estimé l’Algérie.  À Gaza, « la faim n’est pas une exception, c’est la norme », a fait observer le représentant algérien qui a accusé Israël d’y commettre un génocide par la faim.  Selon certaines sources, a-t-il rapporté en brandissant des photos d’enfants au corps émaciés, 180 personnes seraient mortes de faim à Gaza, dont 93 enfants. 

Le Ministre des affaires étrangères d’Israël a affirmé que son pays fournissait pourtant une aide humanitaire « sans précédent » et que les terroristes étaient « bien nourris ».  « Aucun pays au monde n’agit comme cela en temps de guerre », a déclaré M. Gideon Saar, transférant au Hamas les accusations contre son Gouvernement de créer une situation de famine à Gaza.  Il a dénoncé une « campagne de propagande sadique » du Hamas exploitant le sort d’otages devenus des « squelettes vivants ».  « Les Israéliens sont mis sur le banc des accusés alors qu’ils se battent pour leur survie », s’est-il indigné. 

L’État de Palestine a dénoncé pour sa part l’occupation israélienne comme une réponse inacceptable aux appels à la paix lancés par les familles d’otages.  Le Gouvernement israélien exploite le sort des otages israéliens pour justifier ses crimes, a accusé l’Observateur, en notant que ce Gouvernement s’indigne des visages émaciés des otages alors qu’il affame tout un peuple et tire à vue sur des gens qui cherchent à se procurer eau et nourriture. 

S’adressant directement au peuple israélien, il a dit: votre gouvernement veut vous faire croire que le monde entier est contre vous, que le peuple palestinien n’est qu’une bande de terroristes, que l’ONU vous veut du mal et que vos alliés les plus proches sont vos ennemis.  « C’est faux », a-t-il tranché. 

Alors que le monde regardait avec horreur les images atroces de Rom Braslavski et d’Evyatar David, des informations tout aussi terrifiantes arrivaient de Gaza, a noté pour sa part le représentant de la Fédération de Russie qui a fait état de critiques directes à l’encontre des dirigeants d’Israël qui auraient fait traîner les négociations avec le Hamas et signé, ainsi, une condamnation à mort pour les otages survivants. 

Si les lignes de fracture entre délégations sont béantes, notamment sur la responsabilité du désastre humanitaire à Gaza et la reconnaissance d’un État palestinien, la réunion a mis en lumière un point d’accord de plus en plus affirmé: sans cessez-le-feu et sans solution politique durable, la situation ne fera qu’empirer. 

De nombreuses délégations ont ainsi réaffirmé leur attachement à une solution politique fondée sur deux États.  La France a également appelé à l’intégration régionale d’Israël, se félicitant du « geste historique » qu’ont fait les pays arabes la semaine dernière, lors de la Conférence internationale de haut niveau pour le règlement pacifique de la question de Palestine et la mise en œuvre de la solution des deux États, en condamnant pour la première fois les crimes du Hamas et en proclamant leur aspiration à établir des relations avec l’État d’Israël. 

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