Au lendemain de bombardements russes meurtriers, le Conseil de sécurité de nouveau saisi du sort de l’Ukraine
Pour la troisième fois en sept jours, le Conseil de sécurité s’est réuni, cet après-midi, pour examiner la situation en Ukraine, cette fois à la demande du pays concerné, qui avait réclamé la veille une séance spécifique sur les attaques russes répétées, menées à l’aide de drones et de missiles contre ses centres urbains. La réunion a donné lieu à un dialogue de sourds entre les deux parties au conflit, l’Ukraine déplorant l’absence de volonté de paix de Moscou et la Russie fustigeant les pressions occidentales exercées en soutien du « régime de Kiev ».
Dans la nuit du 30 au 31 juillet, a indiqué le Sous-Secrétaire général pour l’Europe, l’Asie centrale et les Amériques aux Département des affaires politiques et de la consolidation de la paix et Département des opérations de paix, un raid russe de grande ampleur a frappé Kyïv et plusieurs autres régions, faisant au moins 31 morts, dont 5 enfants, et 159 blessés, parmi lesquels 16 enfants. Selon M. Miroslav Jenča, il s’agit du plus grand nombre d’enfants blessés en une seule nuit dans la capitale ukrainienne depuis le début de l’invasion russe en février 2022.
Les frappes ont touché 27 sites dans la capitale, notamment des établissements scolaires, un hôpital pédiatrique, une université et un immeuble résidentiel, provoquant un bilan humain particulièrement lourd. À ces attaques s’ajoutent d’autres frappes récentes, notamment un bombardement ayant tué 25 personnes le 29 juillet et une frappe de drone sur un bus civil ayant coûté la vie à trois femmes âgées.
Après avoir détaillé toute une série de « frappes aériennes quotidiennes et acharnées », « une litanie d’horreurs », le haut fonctionnaire de l’ONU a rappelé le lourd tribut payé par les civils depuis le début de l’invasion russe: d’après le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH), le bilan de la guerre s’élevait, avant ces événements, à plus de 13 500 morts, dont 716 enfants, et plus de 34 000 blessés.
M. Jenča a également fait état de rapports signalant des victimes civiles en territoire russe à la suite d’attaques ukrainiennes. Tout en précisant que les Nations Unies n’étaient pas en mesure de vérifier ces informations, il a rappelé que les attaques visant des civils ou des infrastructures civiles sont interdites par le droit international humanitaire et doivent cesser immédiatement. Dans un appel solennel, il a exhorté les parties à convenir d’un cessez-le-feu immédiat, inconditionnel et total, seule voie possible vers « une paix juste, durable et globale », dans le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine.
La question des prisonniers de guerre a également été abordée. Si les récents échanges ont permis à des milliers de personnes de retrouver leurs proches, la situation reste critique pour ceux qui sont encore détenus, a-t-il affirmé, précisant que le HCDH a recueilli depuis juin les témoignages de près de 140 anciens prisonniers ukrainiens, qui décrivent un usage systématique de la torture, y compris des violences sexuelles, et des conditions de détention inhumaines. Des civils détenus par la Russie ont aussi rapporté des abus similaires, ainsi que des cas de détentions arbitraires et de disparitions forcées. Le HCDH a par ailleurs documenté des exécutions présumées de 106 soldats ukrainiens capturés. M. Jenča a réitéré l’appel de l’ONU à respecter pleinement le droit international humanitaire et à poursuivre les échanges pour assurer le retour de tous les captifs.
Dans ce contexte, l’Ukraine a fustigé l’hypocrisie du Kremlin, qu’elle accuse de proclamer vouloir négocier tout en poursuivant et étendant ses opérations militaires. Constatant que la Russie « attend que le droit international soit vaincu et que le monde détourne le regard », la représentante ukrainienne a assuré que la résilience de son peuple, conjuguée à la détermination de la communauté internationale, l’en empêcherait.
L’objectif de Kyïv demeure « une paix complète, juste et durable, fondée sur la Charte des Nations Unies », a souligné la déléguée, avant de répéter que le Président Zelenskyy se tient prêt à rencontrer son homologue russe pour entamer des négociations directes, proposition relayée lors des pourparlers d’Istanbul le 23 juillet, mais restée lettre morte.
La représentante a plaidé pour un cessez-le-feu immédiat d’au moins 30 jours, afin de poser les bases d’un dialogue sérieux. Elle a aussi demandé au Conseil d’appuyer une résolution exigeant l’arrêt des hostilités et a appelé à un durcissement coordonné des sanctions visant la machine de guerre russe, notamment en bloquant les flux financiers issus des exportations énergétiques russes, « sa bouée de sauvetage pour financer la guerre ». Affirmant déceler dans l’attitude russe la volonté de créer « l’illusion d’un processus diplomatique », pour « s’acheter du temps et bombarder les civils », elle y a vu un « manque de respect flagrant envers ceux qui œuvrent pour faire cesser les tueries ».
Face à ces accusations, la Fédération de Russie a vivement répliqué, fustigeant une instrumentalisation politique de la tragédie ukrainienne par Kiev et ses « parrains occidentaux ». Selon Moscou, cette réunion n’a été convoquée que pour « faire pleurer les bailleurs » et obtenir davantage de soutien militaire et financier.
Le représentant russe a bien reconnu que son armée avait mené des frappes contre des objectifs militaires en Ukraine, mais a nié toute volonté de cibler les civils. Il a au contraire accusé les forces armées ukrainiennes d’être responsables des dégâts en zones urbaines, notamment en positionnant leurs défenses antiaériennes au sein de zones résidentielles. « Le danger principal pour les civils vient des missiles ukrainiens eux-mêmes », a-t-il martelé, dénonçant par ailleurs la passivité du Conseil face aux « frappes ukrainiennes sur des cibles civiles en Russie ».
Pour leur part, les États-Unis ont dénoncé l’intensification des frappes russes, singulièrement les « attaques barbares » par drones ou missiles qui ont touché plus de 300 cibles le 31 juillet. La représentante américaine a réaffirmé que la guerre devait cesser et a exprimé son soutien aux efforts diplomatiques en cours, soulignant que le Président Trump avait « appelé à un accord de paix sous 10 jours » et averti que, sans progrès, les États-Unis seraient prêts à envisager « des mesures supplémentaires » pour y parvenir. Elle a invité la Russie et l’Ukraine à saisir cette opportunité. Jugeant que « venir à bout du fléau de la guerre est la meilleure issue pour les peuples ukrainien et russe », elle a exhorté les autres États Membres à emboîter le pas de Washington dans cet effort.
Les autres membres du Conseil ont pour la plupart réitéré leur inquiétude face à l’escalade du conflit. Plusieurs délégations, dont la France, la République de Corée, l’Union européenne (UE), le Royaume-Uni et la Sierra Leone, ont fermement condamné les frappes contre les civils et rappelé l’obligation du respect du droit international humanitaire. « Chaque frappe russe est un engagement non pas en faveur de la paix, mais de la violence », a résumé la représentante britannique.
De son côté, l’UE a qualifié les attaques contre les civils de « crimes de guerre » et appelé à un cessez-le-feu immédiat. La France a dénoncé le cynisme de Moscou, qui, selon elle, exige la capitulation de Kyïv, tout en refusant les conditions élémentaires d’un processus de paix crédible. La République de Corée a mis en garde contre « une guerre destructrice et interminable », tandis que la Sierra Leone rappelait les dangers des opérations militaires à proximité d’infrastructures civiles critiques.
L’Algérie et la Chine ont, quant à elles, plaidé pour une désescalade rapide, un retour au dialogue et la création de conditions favorables à des négociations. Pour la délégation chinoise, il importe que les parties au conflit préservent « l’élan pour des pourparlers de paix » et que le Conseil facilite les efforts diplomatiques en vue d’une solution politique.
Suivez les délibérations: En direct de l'ONU | Couverture des réunions & communiqués de presse