Ukraine: la séance du Conseil de sécurité demandée par la Russie vivement critiquée au lendemain de frappes sur Kyïv
Le Conseil de sécurité s’est réuni, ce matin, à la demande de la Fédération de Russie qui voulait attirer l’attention sur « des actions et déclarations qui sapent, directement ou indirectement, les perspectives de solutions diplomatiques à la crise ukrainienne ». Une initiative que beaucoup ont critiquée alors que la séance se tenait au lendemain de frappes russes sur la ville de Kyïv et que se poursuivent les efforts diplomatiques pour faire cesser la guerre.
« Le Conseil se réunit à la demande du pays qui est responsable de la violence, dans ce qui s’apparente à une nouvelle tentative de détourner l’attention de ses actions », a dénoncé la République de Corée appuyée par le Danemark pour qui cette convocation par la Russie n’est « pas pour trouver une solution, mais pour réécrire la réalité ». La première concernée, l’Ukraine, a vilipendé une réunion « cynique et moralement répugnante ».
Justifiant sa demande, la Fédération de Russie a dénoncé la multiplication de mesures destructrices qui ont été prises ces derniers temps. Cela jette à son avis des doutes sur la volonté de ceux qui, depuis le début, ont « décidé d’armer jusqu’aux dents le régime de Kiev ». De son côté, la Russie n’a pas refusé les possibilités diplomatiques des pays occidentaux, a affirmé la délégation en assurant que, depuis le début, elle soutient les accords de Minsk non seulement en vue de rétablir le contrôle de l’Ukraine sur l’est du pays et la frontière, mais aussi pour que des mesures importantes soient prises par les parties pour y parvenir.
« La Russie a accepté un projet d’accord de paix lors des négociations d’Istanbul en avril 2022. » Le représentant russe a estimé que ce texte aurait pu mettre fin aux hostilités « si les puissances occidentales, notamment le Royaume-Uni, n’avaient pas incité Kiev à poursuivre la guerre ». Il s’est indigné du refus occidental d’une paix mutuellement acceptable et a accusé l’OTAN de mener une guerre indirecte à travers l’Ukraine.
Le délégué a mis en avant la volonté de son gouvernement de reprendre le dialogue, soulignant les échanges de prisonniers, d’enfants et de blessés. Il a réitéré la proposition de créer de groupes de travail humanitaires et militaires. Il a toutefois exigé que les intérêts sécuritaires russes soient respectés, notamment l’abandon des projets d’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. « La Russie rejette un retour aux conditions antérieures aux accords de Minsk et appelle à une coopération fondée sur la retenue. »
En réponse, l’Ukraine a dénoncé avec vigueur la tentative russe de se présenter comme victime. Elle a rappelé que la Russie avait violé sa souveraineté en 2014 avec l’annexion de la Crimée, puis en 2022 avec son invasion à grande échelle. La représentante ukrainienne a accusé la Russie de mener une « guerre impérialiste » visant à faire disparaître l’Ukraine en tant qu’État. Les frappes russes, notamment celles contre Kyïv, continuent de tuer des civils, s’est-elle impatientée en faisant remarquer, qui plus est, que ces attaques sont menées avec des armes iraniennes et de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), et du matériel chinois.
L’Ukraine, a-t-elle insisté, appelle à un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel et soutient l’initiative française en ce sens. Elle a remercié ses alliés pour leur soutien militaire et demandé le maintien des sanctions contre la Russie. Seule une action déterminée face à l’agression russe permettra de rétablir la paix, a déclaré la représentante qui a demandé à la présidence du Conseil de convoquer une réunion distincte pour examiner les attaques incessantes aux drones et aux missiles de croisières perpétrées par la Russie contre les villes ukrainiennes, dont les dernières, hier à Kyïv, ont fait 9 morts et 135 blessés.
La quasi-totalité des autres membres du Conseil ont lancé des appels à la paix et à la diplomatie, comme la Chine qui a insisté sur la nécessité d’éviter l’escalade et de maintenir la dynamique diplomatique: la priorité pour les parties est de préserver l’élan pour des négociations visant à instaurer la paix. « Le dialogue et la diplomatie doivent être les principaux outils pour résoudre ce conflit », a plaidé à son tour la Sierra Leone, avant de saluer les trois cycles de pourparlers qui se sont tenus à Istanbul et d’appeler à un engagement renouvelé au plus haut niveau politique pour parvenir au plus vite à une cessation des hostilités.
La Russie et l’Ukraine devraient choisir le dialogue plutôt que la confrontation, la compréhension plutôt que l’escalade, a prôné elle aussi l’Algérie en invitant les parties au conflit à rejeter « la logique fondée sur la polarisation ». Le délégué algérien s’est également adressé à la communauté internationale pour l’exhorter à redoubler d’efforts en vue de créer des conditions propices à des négociations directes.
Inquiète des effets du conflit sur le monde, notamment sur les pays du Sud, l’Algérie a appelé les deux parties à s’engager en faveur du droit international humanitaire: elles doivent éviter toute décision mettant en péril la vie des civils et ne pas prendre pour cible les infrastructures civiles. De même, le Pakistan, qui a présidé le Conseil pendant tout le mois de juillet, a mis en avant la protection des civils, qui est, a-t-il souligné, un « devoir moral » et une « obligation juridique ». Il a déploré l’utilisation persistante d’armes perfectionnées et les violations des droits humains dans ce conflit.
La dernière attaque russe, menée à l’aide de plus de 300 drones et 8 missiles, visant des zones résidentielles de Kyïv, a également été vivement condamnée par les pays occidentaux. Appelant la Russie à cesser ces attaques et déplorant les nombreuses victimes civiles qui en résultent, les États-Unis ont mis en avant le droit de l’Ukraine à exercer sa légitime défense. Ils ont aussi dénoncé le soutien militaire apporté à la Russie par l’Iran, la RPDC et les entreprises chinoises, qui fournissent du matériel industriel utile à l’armement russe.
La déléguée danoise s’est également irritée de voir la Russie accuser d’autres pays de prolonger la guerre alors qu’elle reçoit une aide militaire substantielle de l’Iran et de la RPDC, « des régimes qui ne respectent pas les normes internationales ». « Soutenir la Russie, c’est se rendre complice de ses crimes », a tranché la France en exhortant tous les États à s’abstenir de fournir à la Russie les équipements militaires, les biens à double usage et tous les composants qui alimentent cette guerre d’agression.
« Comment la Russie peut-elle parler de son engagement en faveur de la diplomatie tout en intensifiant ses frappes contre Kyïv? » s’est demandé le représentant du Royaume-Uni. Le délégué a exhorté tous les États Membres à appuyer « un processus de paix que la Russie est la seule à rejeter ».
La République de Corée a salué les récentes propositions de cessez-le-feu et les décisions des États-Unis de raccourcir leur calendrier en appelant à une prise de décision dans un délai de 10 à 12 jours. Le délégué américain a d’ailleurs réitéré son appel à un cessez-le-feu d’ici au 8 août et promis d’agir pour garantir une paix durable. Il a ajouté en même temps que, « comme le Président Trump l’a annoncé le 14 juillet, les États-Unis fourniront des armes de défense américaines aux membres de l’OTAN qui pourront les utiliser plus loin ».
Recentrant le débat sur la diplomatie, le Pakistan a rappelé les prescriptions des résolutions du Conseil de sécurité dans ce dossier, notamment de la résolution 2788 (2025), qui réaffirme l’attachement du Conseil à un règlement pacifique de ce différend. Il a, à cet égard, plaidé pour une « diplomatie inclusive » qui fasse participer les grands acteurs régionaux afin d’établir la confiance et d’ouvrir la voie vers une paix durable. Les pourparlers d’Istanbul doivent accoucher d’engagements pour la paix, a espéré le délégué pakistanais.
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