Conseil de sécurité: l’Envoyé spécial pour le Yémen appelle à poser les bases d’une solution durable
L’Envoyé spécial pour le Yémen a appelé, ce matin, le Conseil de sécurité à empêcher le pays de s’enfoncer davantage dans des crises régionales qui menacent de détériorer la situation déjà extrêmement fragile dans laquelle il se trouve.
Nous avons tous salué le cessez-le-feu entre l’Iran et Israël, dans l’espoir qu’il créerait l’espace nécessaire pour que la diplomatie reprenne son élan, y compris au Yémen, a rappelé M. Hans Grundberg. Mais dans le contexte des négociations en vue d’un cessez-le-feu à Gaza, nous avons assisté à de multiples attaques à la roquette perpétrées par Ansar Allah contre Israël. En réponse, des frappes aériennes israéliennes ont touché Sanaa au début de la période considérée, ainsi que les ports de Hodeïda, Ras Issa et Salif et une centrale électrique dimanche.
Les houthistes ont également brisé une trêve de sept mois en attaquant, les 6 et 7 juillet, deux navires commerciaux en mer Rouge. Comme l’a rappelé la Grèce, il s’agissait de deux navires battant pavillon libérien et exploités par une société grecque, le M/V Magic Seas et l'Eternity C, à quelques milles marins du port de Hodeïda. Ces attaques ont entraîné la mort de 3 membres d’équipage, tandis que 16 personnes sont toujours portées disparues. « Ce Conseil doit pouvoir les condamner d’une seule voix et sans ambiguïté », a exhorté la France.
Face à cette escalade, l’Envoyé spécial, à l’unisson avec les membres du Conseil, a insisté sur l’impératif de préserver la liberté de navigation en mer Rouge et de ne pas prendre pour cible les infrastructures civiles en période de conflit. Alors que l’implication des houthistes dans les tensions régionales plus larges continue de freiner les progrès vers une feuille de route pour la paix au Yémen, M. Grundberg a appelé le Yémen à passer de la simple gestion des chocs et de la volatilité à « l’élaboration de mesures concrètes posant les bases de solutions durables ».
Soucieux de relancer le processus politique inter-yéménite, actuellement au point mort, l’Envoyé spécial a appelé à soutenir la désescalade sur les lignes de front et collaborer avec les parties yéménites sur les paramètres d’un cessez-le-feu national. Il faut également ouvrir la voie à des négociations entre les parties, a ajouté M. Grundberg qui a assuré qu’il continuera de collaborer avec la région et la communauté internationale sur les garanties de sécurité, notamment en ce qui concerne la liberté de navigation en mer Rouge.
Une crise alimentaire qui s’aggrave
Venu faire le point sur la situation humanitaire dans le pays, le Coordonnateur des secours d’urgence s’est inquiété de l’accélération de la crise alimentaire, précisant que 17 millions de personnes souffrent de la faim aujourd’hui au Yémen, un chiffre qui pourrait passer à 18 millions en septembre. En outre, plus d’un million d’enfants de moins de cinq ans souffrent d’une malnutrition mettant en péril leur vie.
« Nous n’avons pas vu un tel niveau depuis la trêve négociée par l’ONU au début de 2022 », s’est inquiété M. Tom Fletcher, notant que cette détérioration se déroule alors que les financements mondiaux s’effondrent.
La Directrice générale de Yemen Aid a elle aussi évoqué l’impact « dévastateur » de la baisse soudaine du financement humanitaire international, notant en outre que les souffrances de la population ont été exacerbées par la prise pour cible délibérée par les houthistes des navires commerciaux et humanitaires en mer Rouge et dans le golfe d’Aden.
Ces attaques, a expliqué Mme Summer Nasser, perturbent gravement la livraison de fournitures essentielles, aggravant la crise alimentaire et provoquant une flambée des prix des denrées essentielles dans un pays déjà en proie à une paralysie économique et à des tactiques délibérées d’affamement.
Le spectre d’une militarisation des eaux maritimes
Accusant la « milice houthiste » et ses soutiens d’être pleinement responsables des crises qui pourraient découler de la militarisation des eaux maritimes, le représentant du Yémen a souligné que la sécurité des voies navigables internationales ne pourra être garantie qu’en permettant au Gouvernement d’exercer son autorité sur l’ensemble du territoire yéménite et en mettant un terme au coup d’État houthiste soutenu par l’Iran et aux visées expansionnistes de ce dernier.
De même, il a appelé à rétablir le contrôle de l’ONU sur le pétrolier Nautica où avait été transposé la cargaison du FSO Safer. Selon le représentant yéménite, le Nautica serait actuellement aux mains des houthistes qui y stockeraient du pétrole iranien.
Un lien étroit avec le conflit à Gaza
À l’instar de la Chine et de la Fédération de Russie, les A3+ (Algérie, Sierra Leone, Somalie et Guyana) ont argué que les tensions en mer Rouge et avec Israël sont étroitement liées au conflit non résolu à Gaza. Ils ont mis en avant la nécessité d’instaurer un cessez-le-feu immédiat et permanent dans la bande de Gaza et de concrétiser la solution des deux États. D’après ces délégations, cela permettra non seulement d’atténuer les souffrances dans le Territoire palestinien occupé, mais aussi d’éviter de nouvelles escalades et des débordements dans la région.
Dans ce contexte tendu, a ajouté la Fédération de Russie, le maintien de la Mission des Nations Unies en appui à l’Accord sur Hodeïda, dont le mandat expire le 14 juillet, revêt une importance particulière, la MINUAAH étant un facteur de stabilisation « sur le terrain », notamment aux alentours des ports de la côte de la mer Rouge.
Les États-Unis ont estimé en revanche qu’il est temps de mettre fin à cette mission qui dirige un « comité inopérant chargé de superviser des activités depuis longtemps dépassées par les circonstances ». La délégation américaine a également appelé les États Membres à financer directement le Mécanisme de vérification et d’inspection des Nations Unies qui a su améliorer l’efficacité et l’efficience de ses opérations. Le Royaume-Uni a appelé pour sa part à des efforts accrus afin de faire respecter l’embargo sur les armes.
Appels à la reprise des négociations
Préoccupé par l’impasse politique au Yémen, le représentant du Pakistan a jugé impératif de redynamiser les négociations et de mettre en œuvre des mesures coordonnées pour relever les défis politiques, humanitaires et socioéconomiques interdépendants auxquels le Yémen est confronté.
La Chine a encouragé toutes les parties belligérantes à renforcer le dialogue et la bonne communication en vue d’un règlement durable de la crise au Yémen. Sur ce point, la Fédération de Russie a insisté sur l’importance de la participation de tous les protagonistes yéménites, y compris les houthistes.
« Le conflit au Yémen ne prendra fin que lorsqu’une solution politique inclusive sera agréée, au terme d’un processus politique inter-yéménite et sur la base de la feuille de route politique, économique et sécuritaire préparée par l’Envoyé spécial », a résumé la France, reflétant une position très largement partagée par les autres membres du Conseil.
De nombreux appels ont également été lancés pour libérer les membres du personnel de l’ONU, d’ONG nationales et internationales, d’organisations de la société civile et de missions diplomatiques, actuellement détenus par les houthistes.