Après une session mouvementée, la Commission des questions administratives et budgétaires tend à l’ONU une enveloppe de 3,4 milliards de dollars pour 2026
Ce sont 200 millions de plus que ce qu’a demandé le Secrétaire général dans son tout premier projet de budget élaboré à la lumière du programme de réformes Initiative ONU80.
À la veille de la fin de l’exercice budgétaire, la « maison de verre » peut souffler: elle hérite d’une enveloppe exacte de 3 450 426 300 dollars pour ses trois piliers de travail: paix et sécurité, développement et droits humains.
Avec 25 jours de retard, la Cinquième Commission, chargée des questions administratives et budgétaires, a clos aujourd’hui une session mouvementée qui a exigé d’elle l’examen, en un mois à peine, d’une proposition budgétaire révisée de 333 pages et des recommandations tout aussi détaillées de son Comité consultatif.
Cette session s’est déroulée dans des circonstances exceptionnelles, a souligné le Groupe des 77, en parlant de l’Initiative ONU 80 qu’il a fallu étudier dans un temps limité, avec la pression d’achever les travaux dans les délais impartis.
Outre l’enveloppe du Secrétariat de l’ONU (A/C.5/80/L.6), la Commission a envoyé pour approbation à l’Assemblée générale une décision et 17 résolutions, dont une qui peut sonner comme une déception pour le Secrétaire général: la règle financière « absurde », selon les mots de M. António Guterres, sur la restitution des fonds non utilisés aux États Membres n’a pas été suspendue.
Premier budget élaboré à l’aune de l’Initiative ONU80
Le 17 octobre, le Secrétaire général présentait une proposition budgétaire de 3,7 milliards de dollars, tout en promettant « une réponse pragmatique aux réalités fiscales et aux attentes des États Membres ».
Je révise ma proposition budgétaire, expliquait M. António Guterres, pour refléter à la fois l’urgence et l’ambition des réformes consacrées dans l’Initiative ONU80, lancée au mois de mars.
L’Initiative ONU80 s’articule autour de trois axes: gains d’efficacité et améliorations à apporter au fonctionnement de l’Organisation; examen de l’exécution des mandats; et réorganisation structurelle.
Les réformes étant un processus et non un événement, il s’agit, dans un premier temps, de créer des plateformes administratives communes pour toutes les entités du Secrétariat présentes dans un même lieu d’affectation, en commençant par New York et Bangkok.
Il s’agit aussi de regrouper les tâches afférentes aux états de paie au sein d’une seule équipe mondiale répartie entre le Siège de l’ONU, le Centre de services régional d’Entebbe et l’Office des Nations Unies à Nairobi.
Passée au tamis de l’Initiative ONU80, la proposition budgétaire chutait à 3,2 milliards de dollars, avec une soustraction de 2 681 postes sur les 14 275 existants.
La Cinquième Commission a dit « oui » mais avec quelques bémols
À côté des plus de 200 millions de dollars ajoutés au budget 2026, des centaines de postes ont été sauvés: au lieu des 11 594 postes recommandés par le Secrétaire général, l’ONU en aura encore 11 877 en 2026 (A/C.5/80/L.4). Nous avons dû, a tout de même reconnu la Suisse, accepter d’importantes suppressions de postes. Mais la Commission, a fait valoir la Fédération de Russie, a su éviter des « réductions massives » pour ne pas saper la mise en œuvre des mandats.
Nous appelons le Secrétaire général à aborder toute proposition de réduction de postes de façon équilibrée et attentive, s’agissant, en particulier, de l’incidence sur l’exécution des mandats. Quant à l’idée approuvée de délocaliser des fonctions des lieux d’affectation les plus coûteux vers des lieux moins coûteux, la Suisse a demandé que les relocalisations reposent sur une analyse solide, visant à démontrer qu’elles sont soigneusement conçues. Les relocalisations sont une opportunité pour renforcer l’impact de l’Organisation à condition qu’elles évitent toute fragmentation et préservent la cohérence du système onusiens.
L’adoption par consensus du budget, a embrayé la France, est une validation sans équivoque du premier axe de l’Initiative ONU80 lancée par le Secrétaire général. Ce budget « équilibré et ambitieux », démontre la capacité de notre Organisation à se réformer, à maîtriser ses coûts et à accroître son efficacité.
Il permet aussi de préserver ce qui fait la richesse de l’ONU et sa diversité, notamment le multilinguisme. Avec ses partenaires européens, la France a dit se féliciter du signal fort envoyé par les décisions de la Cinquième Commission, en faveur de réformes inscrites dans la durée.
Petite déception pour le Secrétaire général
« L’ONU fonce droit vers la faillite », alertait M. António Guterres, le 17 octobre dernier, dans une mise en garde contre les crises de trésorerie récurrentes de l’Organisation.
Pour prévenir « la fatalité de la faillite », il réclamait la suspension temporaire de la règle financière qui veut que les fonds inutilisés soient restitués aux États Membres même s’ils le sont parce qu’ils ont été versés trop tard pendant l’exercice budgétaire.
Toutes les règles financières, plaidait-il, ont été élaborées sur le postulat, désormais faux, que les États paieraient leurs contributions à temps et dans leur intégralité. Or aujourd’hui, certains pays ne se sentent même plus obligés de s’acquitter de leur dû, dont les États-Unis, vertement critiqués par le Groupe des 77 et de la Chine, le 22 octobre.
Si rien ne change aux niveaux du versement des contributions et de la restitution des fonds non utilisés, nous tomberons dans « un cercle vicieux qui nous rapprochera du gouffre », avertissait le Secrétaire général, le 17 octobre.
M. Guterres n’a pas été entendu: dans sa résolution (A/80/C.5/L.5), la Cinquième Commission recommande à l’Assemblée générale de répartir entre tous les États la somme non inutilisée de 298 939 700 dollars en 2024.
Fervente partisane de la suspension temporaire de cette règle, la Suisse a jugé essentiel que la Commission maintienne les problèmes de liquidité au premier rang de ses priorités et s’est félicitée « des progrès réalisés » au cours de cette session.
Nous avons convenu d’ajuster les règles financières, a confirmé l’Union européenne, qui a dit attendre avec impatience de poursuivre les efforts collectifs pour identifier des solutions « durables » aux crises de liquidités récurrentes de l’ONU.
Mission (budgétaire) accomplie
Merci à ceux et à celles qui ont travaillé sans relâche au cours de cette session, a déclaré la Présidente de la Cinquième Commission. J’ai désormais fait l’expérience de l’intensité des travaux de la Commission et même si parfois j’ai douté de mes choix, je suis contente d’avoir vécu cette expérience.
Critiqués pendant la session pour être le pays qui doit plus de la moitié des arriérés au budget ordinaire et à celui des opérations de paix, les États-Unis ont salué les réformes de bon sens pour réduire la bureaucratie par la diminution du nombre des postes et pour hisser l’ONU à la hauteur des attentes des populations qu’elle est censée servir.
Le Président Trump croit au potentiel de l’ONU et ses orientations ont permis d’aboutir aux résultats actuels, ont affirmé les États-Unis. Mais c’est la première étape car les réformes sont un processus. Nous attendons des propositions ambitieuses pour 2027 et 2028 avec des hypothèses concretes pour parvenir aux changements structurels dont l’ONU a besoin.
Alors que vous faites une pause pour la nouvelle année, nous allons nous engager sur une voie encore complexe, à partir de demain, a dit le Contrôleur de l’ONU, en parlant des 2 900 postes à supprimer.
M. Chandramouli Ramanathan s’est tout de même réjoui du nombre record des contributions versées à l’avance.