La Cinquième Commission confirme son diagnostic: l’ONU souffre bien de crises de trésorerie dues au non-paiement à temps des contributions
Nous connaissons tous la source des problèmes de liquidités qui secouent l’ONU: le non-respect de l’obligation faite à tous les États de payer leurs contributions à temps, dans l’intégralité et sans condition, a tranché aujourd’hui l’Union européenne devant la Cinquième Commission, chargée des questions administratives et budgétaires.
Les arriérés dus au budget ordinaire, à celui des opérations de paix et à celui des tribunaux pénaux internationaux s’élèvent à 5,6 milliards de dollars, s’est alarmée l’Union européenne. L’ONU est au bord d’une crise structurelle, a dit craindre la Suisse, qui parlait aussi au nom du Liechtenstein. La pénurie de liquidités n’est plus un simple avertissement budgétaire. C’est un signal d’alarme institutionnel.
Le Groupe des 77 et la Chine n’ont pas caché leur agacement. Dénonçant clairement les États-Unis, ils ont jugé extrêmement préoccupant qu’un seul État Membre doive plus de la moitié des impayés au budget ordinaire et à celui des opérations de paix et ce, malgré sa capacité de paiement, le fait que sa quote-part soit plafonnée et la préservation de ses privilèges au Conseil de sécurité.
Il est inconcevable, s’est, à son tour, énervée Cuba, que le pays le plus riche au monde, et de surcroît Membre fondateur de cette Organisation, nous pousse au bord du gouffre financier alors que les nations en développement ne ménagent aucun effort pour s’acquitter de leurs contributions.
Cuba n’a pas manqué de souligner que l’embargo unilatéral dont elle est frappée l’empêche de payer la totalité de son dû, contrairement à Haïti qui s’est réjoui d’avoir pu le faire, en dépit des problèmes multiples auxquels il fait face. Haïti a tout de même réclamé une réévaluation de ses quotes-parts qui, a-t-il affirmé, ont subi depuis 2022 une double augmentation.
Conséquences de la dernière crise de trésorerie
Le gel des postes et des recrutements, le report de certaines activités et les retards dans l’exécution des programmes affectent directement la crédibilité de l’Organisation sur le terrain, ont averti le Groupe des 77 et la Chine.
L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) a cité l’exemple de la Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique (CESAP) qui a été contrainte de fermer temporairement des bureaux et de suspendre des missions faute de liquidités.
La mise en œuvre des mandats doit rester le moteur de l’exécution des budgets et en aucun cas, la disponibilité des fonds à court terme, a tonné le Groupe des 77.
Réflexion sur les solutions
Aucune solution aux crises de trésorerie ne devrait faire porter le fardeau financier aux États qui s’acquittent régulièrement de leur dû, ont mis en garde la Fédération de Russie et la Chine. Nous refusons d’être pénalisés, a ajouté l’Union européenne, sans manquer de rappeler que ses membres versent leurs contributions à l’avance.
Le Groupe des 77 a avancé l’idée que chaque fois que l’ONU est confrontée à de nouveaux problèmes de liquidités, le Secrétaire général fasse une déclaration au débat de haut niveau annuel de l’Assemblée générale sur les contraintes financières auxquelles fait face l’Organisation et sur les responsabilités des impayés les plus élevés.
Cette question essentielle, s’est expliqué le Groupe, mérite l’attention des dirigeants du monde puisqu’elle ne peut être résolue que par l’engagement politique le plus élevé en faveur de l’Organisation.
Si nous ne réagissons pas avec efficacité, a prévenu la Suisse, nous continuerons à réformer demain -ONU85, ONU90, ONU100- non pas pour avancer, mais pour réparer les blessures de notre inaction.
Initiative ONU80 et restitution des fonds inutilisés
L’Initiative ONU80, qui promeut des améliorations à apporter au fonctionnement de l’Organisation, un examen de l’exécution des mandats et une réorganisation structurelle, a poussé le Secrétaire général à baisser de 3,7 milliards de dollars à 3,2 milliards l’enveloppe budgétaire pour 2026 qui prévoit aussi la suppression de plus de 2 300 postes sur 13 900.
Cette initiative n’est pas une réforme mais une réaction hâtive à la crise de trésorerie, a commenté la Fédération de Russie. C’est une véritable mise sous séquestre des fonds, a-t-elle accusé. L’Initiative ONU80 ne serait pas à ce point urgente si le plus grand contributeur avait honoré ses obligations, a ajouté Cuba.
Dans ce contexte, la Suisse a soutenu la proposition du Secrétaire général de créer un mécanisme temporaire permettant de reporter le retour des crédits dans des conditions précises.
Selon une des règles financières de l’ONU, quand des contributions arrivent tard au cours d’un exercice budgétaire, l’ONU peut en disposer au cours de l’exercice suivant mais elle est tenue de les restituer à tous États au prochain exercice budgétaire, sur la base d’une clef de répartition.
La suspension de cette règle, s’est expliquée la Suisse, serait un garde-fou essentiel pour éviter une paralysie budgétaire lorsque les caisses sont vides en janvier. Le Royaume-Uni a reconnu la nécessité d’avoir plus de clarté dans l’application de cette règle. L’Union européenne s’est voulue martiale: aucun fonds non inutilisé ne devrait être restitué à un État qui ne paie pas ses contributions.
La Cinquième Commission, qui tient la majeure partie de sa session à huis clos, devrait fermer ses portes le 5 décembre prochain.
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