Cinquième Commission: la perception de « grosses enveloppes » au mois de septembre améliore la santé du budget ordinaire, indique une haute fonctionnaire de l’ONU
Au mois de septembre, nous avons collecté 185 millions de dollars de plus que prévu mais les incertitudes persistent quant au restant de l’année, a indiqué aujourd’hui à la Cinquième Commission, chargée des questions administratives et budgétaires, la Secrétaire générale adjointe chargée du Département des stratégies et politiques de gestion et de la conformité. Mme Catherine Pollard a fait le point de la situation sur le trépied budgétaire de l’ONU, à savoir le budget ordinaire, les opérations de paix et les tribunaux pénaux internationaux.
Après la Secrétaire générale adjointe, le Contrôleur de l’ONU a insisté, à son tour, sur la gravité de la crise de trésorerie qui secoue l’Organisation. M. Chandramouli Ramanathan a réclamé la suspension temporaire de la règle budgétaire qui veut que l’ONU restitue aux États Membres les fonds inutilisés.
Niveau de financement du budget ordinaire
À ce jour, a expliqué Mme Pollard, l’ONU a collecté 2,4 milliards de dollars de contributions sur un budget 2025 de 3,5 milliards de dollars. Cinquante-sept États doivent un total de 1,8 milliard de dollars au budget ordinaire, dont la Chine avec 192,4 millions d’arriérés, les États-Unis, avec 1,4 milliard, et la Fédération de Russie, avec 72 millions.
Parmi les « grosses enveloppes », l’on se doute que la Chine a finalement mis la main à la poche puisque son dû s’élevait à près de 500 millions de dollars il y a encore quelques mois. Un seul État, s’est emporté l’Iraq, au nom du Groupe des 77 et de la Chine, doit plus de la moitié des arriérés au budget ordinaire de l’ONU alors qu’il bénéficie d’un taux plafond pour sa quote-part.
Au 30 septembre, a ajouté Mme Pollard, seulement 66,2% des contributions annuelles avaient été recouvrées contre 78,1% un an plus tôt. Si cette tendance se poursuit, l’ONU risque de terminer l’année avec un déficit aggravé et une pression accrue sur la trésorerie en 2026.
Faut-il suspendre la règle budgétaire sur la restitution aux États des fonds non utilisés?
Le Contrôleur de l’ONU a dit « oui ». M. Chandramouli Ramanathan a présenté un rapport « alarmant » sur l’exécution du budget ordinaire de 2024. Les dépenses finales se sont élevées à 3,36 milliards de dollars, soit 254,5 millions de moins que les crédits approuvés par l’Assemblée générale.
Ce solde non utilisé découle directement de la réduction des dépenses, dans le cadre des mesures d’austérité. L’ONU, a-t-il indiqué, a dépensé 194,9 millions de dollars de moins que prévu, principalement sur les postes et les dépenses hors postes.
Or, selon la règle budgétaire, c’est une somme non utilisée de 298,9 millions de dollars qui devra être restituée aux États Membres en 2026. À la lumière des arriérés de paiement et de la diminution des réserves, la suspension de cette règle budgétaire devient « un impératif » qui permettra de constituer une réserve au cas où les sommes versées l’année prochaine s’avéreraient insuffisantes, a plaidé le Contrôleur.
Ce sera à l’Assemblée générale de décider, a commenté le Comité consultatif pour les questions administratives et budgétaires. En effet, cette proposition n’est en aucun cas un moyen « fondamental » de résoudre les crises de trésorerie récurrentes de l’ONU, a prévenu le Groupe des 77 et de la Chine. Le seul moyen, a tonné la Présidente de l’Assemblée générale, Mme Annalena Baerbock, c’est d’obtenir des États qu’ils paient leurs contributions dans l’intégralité, à temps et sans condition.
La situation actuelle ne peut devenir la norme, s’est agacé le Mozambique. Des activités sont reportées, des postes gelés et des programmes insuffisamment mis en œuvre. Nous voyons un projet de budget-programme 2026 qui veut maintenir les fonctions essentielles avec un budget presque à croissance zéro.
Nous ne devons pas nous livrer à un exercice de coupes budgétaires pour le plaisir de couper, a ajouté la Présidente de l’Assemblée générale. Mme Baerbock a rappelé la Cinquième Commission à ses responsabilités: une action décisive sur le projet de budget-programme révisé à la lumière de l’Initiative ONU80 visant à renforcer l’efficacité et la crédibilité de l’ONU.
Financement du budget des opérations de paix
La Secrétaire générale adjointe, Mme Catherine Pollard, a, ici aussi, fait apparaître une baisse notable des contributions. Au 30 septembre de cette année, seuls 1,4 milliard de dollars a été perçu sur un budget de 5,7 milliards. Il s’agit d’une tendance inquiétante même si l’exercice budgétaire de ses opérations se termine le 30 juin alors que pour le budget ordinaire, c’est le 31 décembre. Cinquante-quatre États Membres avaient réglé intégralement leurs contributions à ce jour contre 59 en 2024. Le total des sommes dues s’élève à 3,7 milliards dont 3,2 milliards pour les missions en cours et 483 millions pour les missions clôturées.
Tribunaux pénaux internationaux
Mme Pollard a indiqué que les impayés s’élèvent à 65 millions de dollars. Elle a fait observer que les excédents de trésorerie des tribunaux fermés, qui depuis 2023 peuvent être utilisés pour le budget ordinaire, demeurent « un levier essentiel ».
Mme Pollard a lancé un appel à la responsabilité collective, arguant, à son tour, que la stabilité financière de l’ONU dépend du respect intégral et à temps des engagements financiers pris par les États Membres.
Avant de poursuivre ce débat le 22 octobre, la Cinquième Commission a prévu une autre réunion le 17 octobre, à partir de 10 heures, pour dévoiler le projet de budget-programme 2026 révisé à la lumière de l’Initiative ONU80.
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