Quatre-vingtième session  
65e et 66e séances plénières – matin & après-midi
AG/12745

Assemblée générale: débat de haut niveau sur les TIC, 20 ans après le Sommet mondial sur la société de l’information

L’Assemblée générale a tenu aujourd’hui une réunion de haut niveau consacrée aux technologies de l’information et des communications (TIC) au service du développement durable et à l’examen d’ensemble de la suite donnée aux textes issus du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI).  Une centaine d’intervenants étaient inscrits pour ce débat, dont une vingtaine de ministres qui ont réaffirmé le rôle central de l’Assemblée dans ce processus.

L’Assemblée avait fait siens la Déclaration de principes et le Plan d’action, adoptés lors de la première phase du Sommet mondial sur la société de l’information, tenue à Genève en 2003, ainsi que l’Engagement de Tunis et l’Agenda de Tunis pour la société de l’information, adoptés lors de la seconde phase du Sommet, tenue à Tunis en 2005.

Par le document final de sa précédente réunion de haut niveau sur l’examen d’ensemble de la mise en œuvre des textes issus du Sommet mondial sur la société de l’information, tenue en 2015 à New York, l’Assemblée avait été invitée à procéder cette année à un nouvel examen d’ensemble. 

L’objectif est de construire une société de l’information centrée sur les personnes, inclusive et axée sur le développement, où chacun peut créer, utiliser et partager l’information. 

Toutefois, « 20 ans après le SMSI, notre travail est loin d’être terminé », a averti la Présidente de l’Assemblée générale, Mme Annalena Baerbock.

Constat unanime d’un échec à résorber la fracture numérique

Tout d’abord, a dit Mme Baerbock, la fracture numérique reste un véritable fossé pour un trop grand nombre de personnes - une analyse partagée par l’ensemble des délégations.

Ensuite, la fracture numérique entre les sexes continue de priver les femmes et les filles d’un accès égal aux opportunités.  À l’échelle mondiale, les hommes ont encore 21% plus de chances d’avoir accès à Internet que les femmes.

Si 93% de la population mondiale vit à portée d’un signal d’antenne 4G, plus d’un quart des humains restent encore hors ligne, en raison de l’obstacle majeur que représente le coût d’accès à Internet, a abondé le Secrétaire général adjoint aux politiques, M. Guy Ryder, qui s’exprimait au nom du Secrétaire général.

Il en découle un creusement des fractures numériques, avec les communautés rurales loin derrière les villes et 280 millions d’hommes de plus que de femmes ayant accès à Internet dans le monde. 

S’exprimant au nom des États membres de l’Union internationale des télécommunications (UIT), le Ministre des communications et des technologies numériques de l’Afrique du Sud, M. Solly Malatsi, a rappelé que l’accès seul ne suffit pas.

À l’avenir, a-t-il dit, nous devons combler les fractures numériques persistantes, rendre les technologies abordables et doter les populations des compétences et des capacités nécessaires pour participer pleinement à la société de l’information, en particulier les femmes, les jeunes, les personnes handicapées et les communautés des pays du Sud. 

Une réalité qui continue de limiter le potentiel des pays en développement 

De toute évidence, le SMSI est encore loin d’avoir rempli son mandat.  Les inégalités, qu’elles soient en matière de connectivité, d’accessibilité financière, d’infrastructures, de disponibilité des contenus et de compétences numériques contredisent la vision du SMSI, a déploré le Venezuela, au nom du Groupe des Amis pour la défense de la Charte des Nations Unies pour qui « une société de l’information qui exclut les langues, les cultures et les identités n’est ni juste ni durable ».  Le Nicaragua est allé jusqu’à parler de « néocolonialisme numérique ».

Cet état de fait montre que les engagements pris à Tunis n’ont pas encore été respectés et mis en œuvre, notamment en ce qui concerne les investissements dans le domaine des infrastructures, a regretté à son tour l’Iraq, au nom du G77 et la Chine.  Ceci risque d’accroître les inégalités et de limiter le potentiel des pays en développement. 

Forte de plus de 275 millions d’habitants et de quelque 229 millions d’utilisateurs d’Internet, l’Indonésie s’est présentée comme l’une des sociétés numériques les plus vastes et à la croissance la plus rapide au monde, avec d’immenses opportunités et une responsabilité majeure envers sa population.

Une coopération renforcée et des financements nécessaires 

Dans ce contexte, la décennie à venir devrait donc être consacrée à connecter les personnes qui restent hors ligne, a plaidé le Canada, au nom également de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, rejoignant les nombreux appels à une coopération renforcée afin de permettre aux gouvernements d’exercer, sur un pied d’égalité, leurs rôles et responsabilités dans les questions relatives à Internet. 

Cela est d’autant plus nécessaire que ces 20 dernières années ont démontré que les gouvernements ne peuvent, à eux seuls, atteindre les objectifs des 11 axes d’action du SMSI ni respecter les engagements du Pacte numérique mondial. La Tunisie a rappelé que l’Agenda de Tunis a posé des principes de multilatéralisme, d’inclusivité et d’orientation vers le développement qui demeurent pleinement pertinents. 

Une ambition numérique sans financement adéquat n’est pas viable.  C’est pourquoi, le SMSI+20 doit passer résolument de l’engagement à la réalisation, grâce à des mécanismes de financement plus robustes et innovants, à un investissement soutenu dans les infrastructures publiques numériques et à une action coordonnée au sein du système des Nations Unies, a insisté le Kenya, qui a facilité avec l’Albanie le processus de négociation intergouvernemental sur la question.

Selon le Pérou, le processus SMSI+20 doit renforcer une coopération internationale structurée et cohérente sous l’égide du système des Nations Unies, en évitant la fragmentation et en permettant l’harmonisation des efforts, des ressources et des priorités. La participation des pays les plus défavorisés, ainsi que le renforcement des capacités locales, sont « une condition structurelle de la société de l’information ».

« Les gouvernements seuls ne peuvent pas construire l’avenir numérique dont nous avons besoin », a résumé la Présidente de l’Assemblée, appuyée par l’Albanie.  Elle a constaté que le partenariat avec le secteur privé et la société civile a permis de créer un processus véritablement participatif.

Pour une gouvernance responsable des technologies émergentes

Plusieurs délégations, à l’instar de la Lituanie, ont insisté sur l’importance de la cybersécurité et sur la lutte contre la désinformation pour protéger les processus démocratiques.  La Norvège a mis l’accent sur les droits humains et l’égalité des genres, rappelant l’importance de protéger ces droits dans un contexte de montée de l’autoritarisme - en ligne et hors ligne. 

Pour sa part, l’Arabie saoudite a fait observer que plus de 90% des modèles de l’intelligence artificielle (IA) sont dans une seule langue, et qu’elle a créé le modèle Alam afin de permettre un accès à 400 millions d’utilisateurs dans le monde arabe. 

L’Union européenne a mis en valeur ses initiatives, telles que Global Gateway, lEU Digital Identity Wallet et la promotion de solutions open source et de normes internationales, qui visent à garantir des infrastructures numériques sécurisées, résilientes et inclusives tout en soutenant les compétences locales et les écosystèmes de l’IA.

Comme d’autres délégations, la République de Corée s’est félicitée de la prise en compte de l’approche internationale en matière de gouvernance de l’IA, adoptée dans le cadre du Pacte numérique mondial.  Elle s’est déclarée convaincue qu’une utilisation responsable et inclusive de l’IA doit être encouragée par la coopération et les discussions au sein du système des Nations Unies.

« Votre décision de faire du Forum sur la gouvernance d’Internet un forum permanent des Nations Unies sera une réalisation majeure de cet examen », a déclaré le Secrétaire général adjoint aux politiques. 

L’Assemblée générale poursuivra cette réunion demain, mercredi 17 décembre. 

 

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