Assemblée générale: 165 États appellent à la levée du blocus imposé par les États-Unis à Cuba
Avant d’examiner le rapport annuel de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’Assemblée générale a adopté, aujourd’hui, par 165 voix pour, 7 contre –dont les États-Unis, Israël et l’Ukraine– et 12 abstentions, sa résolution annuelle sur la nécessité de lever le blocus économique, commercial et financier imposé à Cuba par les États-Unis depuis 1962. La séance a été marquée par un vif échange entre les deux pays.
Venu présenter le projet de résolution (A/80/L.6), le Ministre cubain des affaires étrangères a qualifié le blocus de « génocide » et de « punition collective » et dénoncé le manque d’exemptions humanitaires, notamment après le passage de l’ouragan Melissa qui frappe actuellement la région des Caraïbes.
Selon M. Bruno Eduardo Rodríguez Parrilla, le blocus a entraîné des pertes économiques estimées à 7,5 milliards de dollars entre mars 2024 et février 2025, soit plus de 170 milliards depuis sa mise en place. Le rapport du Secrétaire général précise que ces pertes ont entraîné des répercussions sur le développement, le commerce extérieur, les investissements étrangers et le bien-être de la population.
« Il faudrait mentir, comme l’a fait hier le représentant des États-Unis, pour dissocier ce résultat de l’impact du blocus », a accusé le Ministre cubain, qui a de plus affirmé que les États-Unis auraient eu recours à « la coercition et à l’intimidation » pour influencer le vote des États Membres.
Le représentant américain, soutenu par Israël, a fustigé le « spectacle politique » du régime cubain et attribué les dysfonctionnements économiques à ses « échecs ». La Havane doit abandonner ses politiques marxistes-léninistes et restaurer les libertés fondamentales, a-t-il exhorté.
Largement soutenue, la résolution a toutefois recueilli moins de voix favorables que l’an dernier (165 contre 187), et davantage de voix défavorables (7 -Argentine, États-Unis, Hongrie, Israël, Macédoine du Nord, Paraguay et Ukraine— contre 2). La liste des abstentionnistes s’est également rallongée et parmi eux figurent plusieurs pays européens voisins de l’Ukraine.
L’Ukraine a justifié son vote contre en invoquant la participation de « plusieurs milliers » de ressortissants cubains dans la guerre menée par la Fédération de Russie sur son territoire, évoquant une pratique systématique bénéficiant de l’approbation tacite de La Havane. Cuba a affirmé pour sa part que ces individus agissent sans le consentement du Gouvernement.
Plusieurs pays, dont le Viet Nam, l’Égypte, l’Algérie, l’Indonésie et la République démocratique populaire lao, ont dénoncé le blocus comme « moralement indéfendable, juridiquement intenable et économiquement contre-productif », s’inquiétant de ses conséquences humanitaires et sur le développement.
« Ce n’est pas seulement une question bilatérale entre Cuba et les États-Unis », a ajouté la Namibie, pointant son impact sur la coopération internationale. Le Zimbabwe, lui-même « victime de sanctions », a déploré que la volonté de la communauté internationale soit bafouée.
Le Brésil et d’autres pays ont souligné en outre que les mesures tarifaires unilatérales imposées par les États-Unis sont contraires aux normes de l’Organisation mondiale du commerce et au droit international.
Examen du rapport de l’AIEA
Dans l’après-midi, le Directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a présenté le rapport annuel de l’Agence. Il a notamment rappelé le rôle central de l’Agence dans un monde marqué par les conflits, mettant en avant l’importance de la vérification nucléaire pour la confiance internationale. En 2024, a-t-il précisé, l’AIEA a mené plus de 3 000 activités de vérification dans 1 300 installations.
De même, il a évoqué la situation en République populaire démocratique de Corée, l’évolution positive en Syrie et le programme nucléaire iranien. Sur ce dernier point, il a appelé à la mise en œuvre de l’accord conclu entre l’Iran et l’AIEA, en septembre au Caire, qui « permet de bien comprendre » les procédures d’inspection, de notification et de mise en œuvre.
Persistance de divisions
Les échanges entre les États Membres ont mis en évidence d’importantes divergences: les pays occidentaux insistant sur le contrôle, la vérification et la non-prolifération, et les pays du Sud et puissances émergentes défendant le droit au développement et l’accès à la technologie nucléaire à des fins pacifiques.
Le Japon a d’ailleurs relevé que lors de la récente Conférence générale de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), les États Membres ne sont pas parvenus à un consensus sur certaines résolutions relatives aux mandats fondamentaux de l’Agence, citant notamment les mesures de sauvegarde, la coopération technique, les sciences, les technologies et les applications nucléaires, ainsi que la « question urgente de la non-prolifération en Corée du Nord ».
Dans ce cadre, la Chine a appelé le Directeur général et le Secrétariat de l’AIEA à prendre en compte les positions divergentes des pays sur les questions délicates et faciliter des discussions approfondies afin de dégager un consensus entre les différentes parties.
Un mécanisme de vérification fragilisé
Le Pakistan et le Venezuela ont souligné que le régime de vérification de l’AIEA ne restera crédible que s’il est appliqué de manière non discriminatoire, comme le stipule son Statut, la délégation pakistanaise notant en outre que les garanties de l’Agence ne doivent pas être utilisées à des fins politiques partisanes.
Rejetant toute accusation de politisation du mandat technique de l’Agence, l’Australie, au nom du Royaume-Uni et des États-Unis, a défendu son programme de sous-marins à propulsion nucléaire dans le cadre d’AUKUS, l’alliance de coopération militaire entre ces trois pays, affirmant qu’il respecte pleinement le Traité sur la non-prolifération (TNP) et les accords de garanties avec l’AIEA.
Pour sa part, la Présidente de l’Assemblée générale, Mme Annalena Baerbock, a alerté sur la montée des tensions géopolitiques et la méfiance internationale, qui fragilisent les mécanismes de coopération et de vérification nucléaire.
Elle a également souligné l’efficacité de la diplomatie, citant l’intervention de l’AIEA à Zaporizhzhia, en Ukraine et sa présence permanente dans les centrales du pays, malgré les bombardements et les risques d’accidents. L’Ukraine a d’ailleurs proposé que l’AIEA prenne temporairement le contrôle du site pour garantir sa sûreté.
Au Moyen-Orient, plusieurs délégations ont évoqué la sixième Conférence pour l’établissement d’une zone exempte d’armes nucléaires et autres armes de destruction massive au Moyen-Orient et ont exhorté Israël à adhérer au Traité sur la non-prolifération, se méfiant de ce que le Koweït a qualifié de « flou nucléaire israélien » qui, selon la délégation, suscite des tensions régionales.
De son côté, la Thaïlande a exhorté à revitaliser le Plan d’action global commun (JCPOA), la Chine invitant pour sa part toutes les parties à dialoguer pour parvenir à un terrain d’entente.
En Amérique latine, l’Argentine a salué la coopération avec l’Agence argentino-brésilienne de comptabilité et de contrôle des matières nucléaires (ABACC), qualifiant ce système de garanties conjointes d’exemple « de transparence, de confiance mutuelle et d’engagement en faveur de la non-prolifération nucléaire ».
Le nucléaire – une énergie essentielle pour le climat
Dans son intervention, M. Grossi a également rappelé le rôle du nucléaire comme énergie bas carbone essentielle pour le climat, précisant qu’en 2024, 417 réacteurs ont produit 10% de l’électricité mondiale et près d’un quart de l’électricité décarbonée. De plus, l’AIEA prévoit une augmentation de 250% de la capacité nucléaire mondiale d’ici à 2050.
La Namibie a sollicité l’aide de l’AIEA pour construire une centrale nucléaire et d’hydrogène verte, tandis que la délégation indienne a fait valoir ses réalisations en matière de science et de technologies nucléaires menées en partenariat avec l’AIEA.
Le Pakistan a appelé de son côté à établir un cadre pour la promotion de l’énergie nucléaire pacifique sous des garanties internationales appropriées, conformément aux obligations internationales des États et sur une base non discriminatoire.
De son côté, le Costa Rica s’est inquiété des difficultés structurelles auxquelles l’AIEA fait face, notant que les coupes budgétaires rendent l’Agence de plus en plus dépendante des contributions volontaires dans le cadre de son mandat de vérification, alors que les installations nucléaires sont de plus en plus sophistiquées. « On ne peut demander à l’Agence de faire plus avec moins. »
En début de séance, l’Australie a présenté un projet de résolution qui devrait être examiné prochainement et par lequel l’Assemblée réaffirmerait son soutien au rôle central de l’AIEA dans la promotion du nucléaire pacifique, le renforcement des capacités techniques des pays en développement et la garantie des normes de sûreté et de vérification.
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