Quatre-vingtième session
Réunion de haut niveau sur les armes nucléaires - Matin & après-midi
AG/12713

L’humanité et les armes nucléaires ne peuvent coexister, rappellent les participants à la Journée pour l’élimination totale de ces armes « monstrueuses »

« Le désarmement nucléaire n’est pas la récompense de la paix: il en est le fondement », a déclaré aujourd’hui, à l’ouverture de la Journée internationale pour l’élimination totale des armes nucléaires, le Secrétaire général de l’ONU.  Dans une déclaration lue par son Chef de Cabinet, M. António Guterres a rappelé les États parties au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) à leurs obligations en matière d’élimination de leurs arsenaux, et appelé les pays qui ne l’ont pas encore fait à ratifier le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE), « pour mettre fin une fois pour toutes au sombre héritage » de ces essais.  Parmi les participants, beaucoup ont évoqué les conséquences de cette expérience traumatisante, tant pour leur population que pour l’environnement. 

Près de 100 intervenants ont pris la parole dans la salle du Conseil de tutelle de l’ONU.  Toutefois, comme les années précédentes, la Chine, l’Inde et le Pakistan ont été les seuls parmi les neuf États possédant, officiellement ou non, l’arme nucléaire, à participer à cette réunion, dont étaient également absents les pays membres de l’Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) et bénéficiant à ce titre du « parapluie nucléaire » des États-Unis. 

La situation chargée de périls au Moyen-Orient et en Europe, ainsi que les questions préoccupantes entourant les possibilités d’utilisation d’outils d’intelligence artificielle (AI) dans les systèmes d’armes nucléaires, ont également été évoquées par les États Membres ainsi que par des représentants de la société civile invités par la Présidente de l’Assemblée générale. 

Cette dernière, Mme Annalena Baerbock (Allemagne) est revenue sur la tragédie d’Hiroshima et Nagasaki, villes frappées par des bombardements atomiques il y a 80 ans, quelques semaines avant la création de l’ONU. Cette organisation fut conçue comme un garde-fou contre les instincts les plus destructeurs, « pour éloigner l’enfer que nous pouvons forger », a-t-elle déclaré. 

À ce sujet, le Japon a souligné que le souvenir des hibakushas -les survivants de la bombe atomique, lauréats l’an dernier du prix Nobel de la paix-, doit être transmis aux générations futures, tout comme les huit décennies de non-recours aux armes nucléaires.  Dans une déclaration commune, la société civile a rappelé le message des hibakushas: l’humanité et les armes nucléaires ne peuvent coexister. 

Risques nucléaires liés au terrorisme et à l’intelligence artificielle

Comme le Secrétaire général et de nombreux pays, Mme Baerbock a souligné qu’aucune guerre nucléaire ne peut être gagnée, ajoutant à ce constat ces questions brûlantes: que se passerait-il si des terroristes se dotaient de ces armes « monstrueuses » ou encore si une IA, s’emparant de la prise de décisions, ne laissait plus de place à la retenue humaine?  Le Mexique a relevé, sur ce point, qu’il demande à l’Assemblée générale de se saisir d’urgence de la question « existentielle » des risques liés à l’intégration de l’intelligence artificielle dans les systèmes de commandes et de contrôle des armes nucléaires. 

Pour faire face aux risques qu’elle a évoqués, la Présidente de l’Assemblée générale a insisté sur l’importance de respecter les accords de désarmement, qui sont l’une des raisons d’être des Nations Unies, plaidant en outre pour le développement de politiques communes de non-recours en premier des armes nucléaires, un développement préconisé aussi par la Chine.  « Un autre choix judicieux serait de consacrer l’argent investi dans les armes dans la lutte contre la crise climatique et en faveur de l’égalité sociale », a suggéré la Présidente de l’Assemblée générale avant de rappeler que les utilisations pacifiques des technologies nucléaires, sous le contrôle de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), permettent de diagnostiquer et traiter les cancers ou encore de surveiller les océans. 

Les pays ont réagi aux déclarations liminaires de M. Guterres -qui a exhorté les deux principaux détenteurs des plus de 12 000 ogives nucléaires dans le monde, les États-Unis et la Russie, de négocier de nouvelles réductions de leurs arsenaux-, et de Mme Baerbock. 

Rappel des effets catastrophiques des essais nucléaires

Les dirigeants de pays de la région Pacifique, à l’instar de la Présidente des Îles Marshall, ont témoigné des effets catastrophiques des essais nucléaires américains conduits « au mépris des droits humains » pendant les années 1940 et 1950.  Mme Hilda Heine, ainsi que les Fidji et le Samoa, ont alors attiré l’attention sur le poids, sur plusieurs générations d’îliens, des contaminations radioactives, responsables aujourd’hui encore de taux records de cancers, d’infertilité et de mortalité infantile.  Pour ces pays, les armes nucléaires ne peuvent faire que des victimes et laisser des cicatrises éternelles dans la terre et les océans dont se nourrissent les hommes. 

Kiribati a pris la parole pour indiquer que l’Assemblée générale avait, l’an dernier, appuyé, à une large majorité d’États Membres, une résolution corédigée avec le Kazakhstan et destinée à remédier aux effets des essais nucléaires et répondant, ce faisant, au souhait du Secrétaire général.  Ce texte, a-t-il été rappelé, encourage l’organisation d’évènements de sensibilisation à ces effets, préconise la création d’un fonds d’affectation spécial pour évaluer les conséquences des rayons ionisants sur les peuples et l’environnement de la région Pacifique, et elle demande le renforcement de la redevabilité des États dotés d’armes nucléaires. 

Condamnation de l’attaque israélienne contre l’Iran

La situation au Moyen-Orient a donné lieu à des déclarations chargées d’inquiétude. Des pays arabes comme la Libye, l’Égypte et la Tunisie ont plaidé pour la création d’une zone exempte d’armes nucléaires et autres armes de destruction massive au Moyen-Orient (ZEANMO) quand Israël menace de faire tomber le feu nucléaire sur Gaza. 

Ces pays, ainsi que l’Ouganda -au nom du Mouvement pays des non alignés-, Cuba, les Maldives et le Bangladesh, ont condamné fermement l’agression israélienne de juin dernier contre l’Iran.  Selon eux, les États-Unis, qui ont participé à cette attaque, doivent conduire Israël à adhérer au TNP afin que le processus de discussions en cours à New York pour la création d’une ZEANMO -qui serait le seul moyen de protéger les pays de la région d’un emploi à leur encontre d’armes nucléaires israéliennes- ait des chances d’aboutir à la conclusion d’un instrument juridiquement contraignant. 

Sans surprise, la République islamique d’Iran a appuyé ces propos, en rappelant que la « guerre d’agression par un pays doté d’armes nucléaires et non membre du TNP » avait fait plus de 1 000 morts, dont nombre de femmes et d’enfants iraniens.  « L’État voyou a sapé comme jamais le régime de non-prolifération des armes nucléaires, et, en montrant qu’il se moque de toutes les frontière juridiques et morales, il fait planer une menace existentielle sur tout le Moyen-Orient ». Pour l’Iran, les États-Unis doivent prendre leur responsabilité de « parrain » d’Israël et faire en sorte qu’il devienne sans délai partie au TNP. 

Coopération nucléaire « purement défensive » du Bélarus avec la Russie

De son côté, le Bélarus a expliqué que l’Occident était responsable de l’insécurité régnant dans l’Est de l’Europe et que c’était, forcé et contrait, qu’il avait dû déployer sur son sol des armes nucléaires tactiques russes, cela dans l’unique but de garantir sa propre sécurité.  Ce pays l’assure: ni lui ni la Russie ne sont engagés dans une course aux armements « insensée », leur coopération étant purement défensive et menée dans le strict respect du droit international et des dispositions du TNP. 

En ce qui concerne les dépenses militaires, Cuba a rappelé que les États-Unis avaient, en 2024, consacré 997 milliards de dollars au développement et à la modernisation de leurs arsenaux nucléaires.  Or, « ce montant couvrirait un quart du déficit annuel des 4 milliards de dollars nécessaires à la promotion de la réalisation des objectifs de développement durable. » 

Appels à l’universalisation du TIAN et à la maitrise des armements

Cuba a par ailleurs appelé à l’universalisation du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), qu’il a qualifié de pas en avant nécessaire pour parvenir à un désarmement nucléaire complet et irréversible. L’Autriche et la Nouvelles Zélande, les deux seuls signataires occidentaux de cet instrument non juridiquement contraignant et que ne reconnaissent pas les États dotés, ont eux aussi apporté leur soutien à l’universalisation de ce Traité.  Ils le considèrent, contrairement, par exemple, à la France, comme capable de renforcer le TNP. 

De leurs côtés, les organisations régionales, dont l’Organisme pour l’interdiction des armes nucléaires en Amérique latine et dans les Caraïbes (OPANAL), ont lancé un appel à la maîtrise des armements.  En effet, la multiplication des revendications d’un droit de recours à la force au nom de la non-prolifération est, selon elles, particulièrement préoccupantes en ce qu’elles renforcent l’idée illusoire que les armes nucléaires garantissent la sécurité, a déclaré le Brésil au nom de l’OPANAL. 

De plus, dans une déclaration conjointe, le Comité international de la Croix-Rouge et la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont jugé urgent de lutter, par les moyens du droit, contre la rhétorique nucléaire et l’expansion concomitante accrue des programmes d’armements. « L’humanité ne doit pas laisser cette tendance perdurer et ce n’est qu’ensemble que nous pourrons faire en sorte que l’ombre des armes nucléaires n’obscurcisse plus jamais notre monde », ont dit d’une seule voix les deux organisations. 

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