Débat général: une humanité à la recherche de solutions face à la crise climatique et aux conflits dévastateurs
Devant le constat d’une « humanité à la croisée des chemins », les chefs de gouvernement qui se sont réunis aujourd’hui au quatrième jour du débat général de l’Assemblée générale ont axé leurs interventions sur la recherche d’une issue aux défis multiples engendrés par les changements climatiques, les failles d’un système financier international inégalitaire ou encore les effets du repli protectionniste. Autre préoccupation majeure : identifier une voie de sortie pour plusieurs conflits, à commencer par celui en cours à Gaza.
Entré dans l’enceinte de l’Assemblée générale sous un mélange de huées et d’acclamations tandis que plusieurs délégations quittaient la salle, le Premier Ministre d’Israël a ainsi vivement dénoncé les pays qui, cette semaine, ont pris la décision de reconnaître sans condition l’État de Palestine après les attaques du 7 octobre, estimant qu’ils porteront désormais la « marque de la honte ».
« Donner aux Palestiniens un État à un kilomètre de Jérusalem après le 7 octobre revient à accorder un État à Al-Qaida à un kilomètre de New York après le 11 septembre », a fustigé M. Benjamin Netanyahu. « Jamais Israël ne sera forcé « d’avaler un État terroriste », a-t-il affirmé, y voyant un « suicide national » réclamé par des « médias hostiles et des masses antisémites qui exigent le sang d’Israël » : les Palestiniens ne veulent pas vivre aux côtés d’Israël, mais bien à la place d’Israël.
M. Netanyahu a également rejeté les accusations de génocide de la population gazaouite lancées contre son pays, en expliquant qu’Israël prévient la population civile avant chaque attaque menée sur l’enclave. Qui plus est, Tel-Aviv a laissé entrer une tonne de vivres et d’aide humanitaire pour chaque habitant de Gaza, des denrées aussitôt volées par le Hamas pour les revendre à prix fort.
« Ceux qui brandissent des accusations de génocide et de famine contre Israël ne valent pas mieux que ceux qui accusaient jadis à tort les Juifs d’empoisonner les puits et d’utiliser le sang des enfants pour se nourrir », s’est emporté le Premier Ministre, y voyant une nouvelle manifestation d’antisémitisme.
Nous devons maintenant « finir le boulot », a-t-il ajouté, en nous débarrassant des vestiges du Hamas qui subsistent dans la ville de Gaza. Il a sommé ses dirigeants de déposer les armes et de libérer les otages. L’enclave sera alors démilitarisée, Israël conservera le contrôle de la sécurité et une autorité civile pacifique pourra être établie. « Dans le cas contraire, Israël vous chassera. »
Ces arguments n’ont pas su convaincre son homologue de Malte qui a exprimé sa « fierté » d’avoir ajoutée, cette semaine, son pays à la liste des pays qui reconnaissent l’État de Palestine. Contrairement à la position exprimée par le Premier Ministre Netanyahu, M. Robert Abela a estimé que la solution des deux États n’est pas une récompense pour le Hamas. Au contraire, il s’agit selon lui de la seule manière de bannir définitivement « le mal qu’est le Hamas », et d’assurer un avenir pacifique aux deux peuples. La poursuite de cette ligne de conduite finira par nuire aux intérêts d’Israël, en provoquant une érosion du soutien international dont il bénéficie, a mis en garde à son tour le Premier Ministre la Grèce.
Les appels au dialogue se multiplient
M. Kyriakos Mitsotakis a par ailleurs indiqué qu’il était prêt à œuvrer au règlement du seul point en suspens qui subsiste entre son pays et la Türkiye : la délimitation du plateau continental et de la zone économique exclusive en mer Égée et en Méditerranée orientale. Ankara devra cependant dissiper la menace de guerre qui plane encore sur leurs relations, en révoquant, après 30 ans, un casus belli qui n’a pas sa place dans les relations entre voisins. « Notre voie doit être celle de la diplomatie, et non celle des armes », a-t-il souligné.
À son tour, le Premier Ministre du Pakistan, M. Muhammad Shehbaz Sharif, a assuré être ouvert au dialogue avec l’Inde, tout en dénonçant « l’agression non-provoquée de notre voisin de l’est ». Il s’est également dit convaincu que la population du Jammu-et-Cachemire pourrait bientôt être en mesure d’exercer son droit à l’autodétermination sous la houlette de l’ONU.
Fort de la « nouvelle dynamique » dans la lutte contre le terrorisme menée par la Confédération des États du Sahel, le Premier Ministre du Mali s’est félicité de son côté des résultats encourageants enregistrés sur le terrain suite au renforcement des capacités opérationnelles des forces maliennes.
Néanmoins, M. Abdoulaye Maïga a appelé les États occidentaux, notamment la France, à cesser de fournir des armes au « régime ukrainien », devenu selon lui l’un des principaux fournisseurs de drones kamikazes aux groupes terroristes au Mali. Il a accusé notamment la « Junte algérienne » d’avoir abattu un drone malien au motif « fallacieux » de la violation de son espace aérien.
« Face aux assauts et à l’adversité, nous ne serons pas des spectateurs : pour chaque balle tirée contre nous, nous réagirons par réciprocité. Pour chaque mot employé de travers, nous réagirons par réciprocité », a-t-il prévenu.
S’engager sur la voie du consensus
« Persister dans nos confrontations et recourir à la force ne fait que nous éloigner de la paix », a tempéré M. Li Qiang, Premier Ministre du Conseil d’État de la Chine. La faible croissance mondiale et le marasme actuel sont à ses yeux le résultat de l’imposition de mesures protectionnistes unilatérales, telles que la hausse des droits de douane. Or, les intérêts des parties ne peuvent être protégés que dans le cadre du multilatéralisme. Revenir à la loi de la jungle ferait à nouveau des faibles « la proie des plus forts », a-t-il prévenu, et la société humaine se trouverait confrontée à « davantage de brutalité ».
Au Bangladesh, secoué l’an dernier par un soulèvement des jeunes contre la « tyrannie », le Conseiller principal du Gouvernement intérimaire, M. Muhammad Yunus, a expliqué s’être engagé sur la voie de l’inclusion et du consensus pour mener des réformes démocratiques reposant sur un équilibre des pouvoirs. À la montée du protectionnisme, il a opposé « l’entreprise sociale », qui prévoit le réinvestissement des bénéfices pour le bien social, estimant que si « l’interdépendance économique s’effondre, les conflits ne feront que se multiplier ».
Une réalité mise en évidence par l’essor des réseaux criminels transnationaux qui se livrent au trafic d’armes, de stupéfiants et d’êtres humains, a observé le Premier Ministre de la Jamaïque. Ceux-ci constituent une « menace existentielle », non seulement pour Haïti, mais pour l’ensemble des États de la région. « Les gangs sont désormais des syndicats mondiaux dotés de ressources qui rivalisent avec celles des États-nations », s'est alarmé M. Andrew Holness. En conséquence, il a préconisé une « guerre mondiale contre les gangs » visant à interrompre les flux d’armes, d’argent et d’influence qui les soutiennent.
À cet égard, la Première Ministre de Trinité-et-Tobago a exprimé sa reconnaissance envers la présence militaire des États-Unis dans la zone sud des Caraïbes afin de lutter contre les cartels. « Sans une action agressive et robuste, ces cartels de la drogue diaboliques continueront leur destruction de nos sociétés », a prévenu Mme Kamla Persad-Bissessar.
Les PEID misent sur l’indice de vulnérabilité multidimensionnelle
Épargnés par la guerre, les petits États insulaires en développement (PEID) n’en sont pas moins confrontés aux menaces existentielles conjuguées d’un système financier international inégalitaire qui force les pays les plus vulnérables à s’endetter au prix de leur développement et d’une crise climatique qui ne cesse de s’aggraver.
« La crise climatique n’est pas un simple phénomène météorologique pour les petits États insulaires : c’est notre quotidien », a confirmé le Premier Ministre d’Antigua-et-Barbuda. Pour y faire face, M. Gaston Browne a demandé, comme son homologue de Cabo Verde, que le Fonds pour les pertes et préjudices remplisse son rôle d’assurer un financement prévisible en cas de catastrophe, sur la base de critères objectifs, afin que l’aide parvienne rapidement à ceux qui en ont besoin. Il a également insisté pour que les institutions financières internationales adoptent l’indice de vulnérabilité multidimensionnelle, afin d’accorder des conditions préférentielles aux pays touchés.
L’adoption de cet indice de vulnérabilité viendra compléter les critères de revenu par habitant des PEID, a approuvé M. Sitiveni Rabuka, Premier Ministre des Fidji, « car il reflète mieux nos besoins en termes de développement, en tenant compte de notre fragilité environnementale et de nos contraintes structurelles ».
Une demande reprise par le Premier Ministre du Pakistan face à l’absence de soutien de la communauté internationale pour les dommages causés par les changements climatiques. « Comment attendre d’un pays en développement qui fait face chaque année à des inondations catastrophiques qu’il fasse des emprunts qui détruiront son économie ? »
Dans ces conditions, le Premier Ministre des Îles Salomon a vu une « source d’espoir » dans l’avis consultatif « historique » rendu en juillet dernier par la Cour internationale de Justice (CIJ) concernant l’obligation faite aux États de protéger le système climatique en vertu du droit international, ainsi que leurs responsabilités envers les États les plus touchés, tels que PEID. En tant que président du Forum du Pacifique, il a annoncé la création du Fonds de résilience du Pacifique visant à aider les États concernés à faire face aux changements climatiques
Autant de défis qui interpellent la planète entière, jusqu’aux montagnes du Bhoutan où des glaciers centenaires fondent à un rythme alarmant. « Il ne s’agit pas d’une menace lointaine », a témoigné son Premier Ministre, M. Tshering Tobgay, mais bien d’un danger immédiat qui exige une action urgente. Considérant que les villes sont responsables de 70% des émissions de carbone, il a invité en outre ses homologues à « repenser l’urbanisation », sur le modèle de la « Cité de la pleine conscience » de Gelephu, une région administrative spéciale conçue pour une vie sobre en carbone.
« Le monde a besoin d’un nouveau départ », a diagnostiqué Mme Mia Amor Mottley, Première Ministre de la Barbade, pour qui chaque crise mondiale dissimule une crise de la vérité et de la confiance. Nous devons avant toute chose déterminer si nous partageons toujours les mêmes valeurs qui sous-tendent la Charte. Et pour préserver l’ordre fondé sur des règles à un moment où d’autres refusent de financer, nous devons nous rappeler que si un, deux ou trois pays quittent l’ONU de 193 membres, la somme de ce qui reste n’est pas égale à zéro.
Le débat général de l’Assemblée générale se poursuivra demain, samedi 27 septembre, à 9 heures.
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Israël: le Premier Ministre Netanyahu appelle à rétablir les sanctions contre l’Iran
Entré sous un mélange de huées et d’acclamations tandis que certaines délégations quittaient la salle de l’Assemblée générale, le Premier Ministre d’Israël a brandi d’emblée une carte montrant la « malédiction des terroristes de l’Iran » qui « menacent la paix du monde entier et l’existence même de mon pays ».
« Nous avons fracassé les houthistes, réprimé la machine terroriste du Hamas, décimé la plupart des dirigeants du Hezbollah et détruit l’essentiel de son arsenal », s’est félicité M. Benjamin Netanyahu, en évoquant l’attaque des bippers, de même que « des milliers et des milliers de terroristes » tombés en Iraq et en Syrie.
M. Netanyahu s’est ensuite félicité d’avoir « dévasté le programme de missiles balistiques et d’armements nucléaire de l’Iran » grâce à « l’action déterminée et audacieuse » du Président Trump. Or, a-t-il ajouté, nous devons demeurer vigilants. Nous ne permettrons pas que l’Iran reconstitue ses capacités nucléaires. Les sanctions sur l’Iran doivent être rétablies, a-t-il affirmé.
« Nous ne permettrons jamais que l’on nous force à accepter un État terroriste », déclare le Premier Ministre Netanyahu
Le Premier Ministre Netanyahu a affirmé que le conflit à Gaza pourrait s’achever aujourd’hui si le Hamas accepte les demandes d’Israël: « déposez les armes, libérez les otages jusqu’au dernier ». Gaza sera alors démilitarisée, Israël conservera le contrôle de la sécurité et une autorité civile pacifique pourra être établie.
Évoquant la montée en puissance de « l’islamisme radical » dans les pays occidentaux, il a vivement dénoncé les États qui, cette semaine, ont pris la décision de reconnaître sans condition l’État de Palestine après les attaques du 7 octobre, largement soutenues, selon lui, par la population de Gaza.
« Lorsque les terroristes les plus sauvages qui soient saluent votre décision, vous n’avez pas fait quelque chose de juste: ce sera la marque de la honte sur chacun d’entre vous. » Or, a-t-il ajouté, les Palestiniens ne veulent pas vivre aux côtés d’Israël, mais bien à la place d’Israël.
« Donner aux Palestiniens un État à un kilomètre de Jérusalem après le 7 octobre revient à donner un État à Al-Qaida à un kilomètre de New York après le 11 septembre », a fustigé le Premier Ministre. « Nous ne l’accepterons jamais! »
Et pour ce qui est des promesses de réforme de l’Autorité palestinienne, « corrompue jusqu’à la moelle » et qui « paye les terroristes qui massacrent les Juifs », on les entend depuis des décennies.
M. Netanyahu a assuré qu’Israël ne sera jamais forcé à accepter un « État terroriste », y voyant un « suicide national » demandé par des « médias hostiles et des masses antisémites qui exigent le sang d’Israël ».
Pakistan: pour le Premier Ministre Sharif, « l’ennemi a été renvoyé la queue entre les jambes et le nez ensanglanté »
Le Premier Ministre du Pakistan a indiqué qu’en mai de cette année, son pays a été confronté à une agression non provoquée de son voisin de l’est. Précisant que l’aviation pakistanaise avait « réduit à néant sept avions de chasse indiens », il a estimé que cette riposte ferme « retentirait à jamais dans les annales de l’histoire ». « L’ennemi a été renvoyé la queue entre les jambes et le nez ensanglanté », s’est félicité M. Muhammad Shehbaz Sharif qui s’est dit ouvert au dialogue avec l’Inde. Il a réaffirmé sa solidarité avec la population du Jammu-et-Cachemire, estimant qu’il pourrait bientôt accéder à l’autodétermination sous la houlette des Nations Unies.
Le Chef du Gouvernement a ensuite appelé à éradiquer le terrorisme qui a coûté à son pays 90 000 vies et lui a fait perdre 150 milliards de dollars. « Si les terroristes n’avaient pas eu affaire à nous, ils se promèneraient en toute liberté dans les rues de New York, Londres et Paris. » Il a notamment appelé le Gouvernement afghan à prendre des mesures efficaces contre plusieurs groupes terroristes opérant à partir du sol afghan.
Le Premier Ministre a par ailleurs critiqué l’absence de soutien de la communauté internationale pour les pertes et dommages liées aux changements climatiques. « Nous sommes responsables de moins de 1% des émissions de gaz à effet de serre à travers le monde et pourtant, nous sommes les victimes des effets des changements climatiques. »
« Comment pouvons-nous attendre d’un pays en développement qui fait face chaque année à des inondations catastrophiques qu’il fasse des emprunts qui détruiront son économie? »
Chine: le Premier Ministre appelle à construire un système de gouvernance mondiale plus juste et plus équitable
« Si l’on devait revenir à la loi de la jungle, la société humaine serait confrontée à davantage de brutalité »
(Premier Ministre du Conseil d’État de la Chine)
Ces quatre-vingts dernières années ont été tortueuses mais elles n’ont pas été vaines, a souligné le Premier Ministre chinois, faisant observer que l’ONU est l’organisation la plus représentative et celle qui a le plus de poids dans le monde. Il a constaté que la paix et le développement sont les aspirations les plus fortes et partagées par tous les pays; que la solidarité et la coopération sont les moteurs les plus puissants de progrès; et que l’équité et la justice sont les valeurs les plus importantes défendues par la communauté internationale. « Si l’on devait revenir à la loi de la jungle, si les faibles devaient redevenir la proie des plus forts, la société humaine serait confrontée à davantage de brutalité », a-t-il averti. Les droits et les intérêts de toutes les parties ne peuvent être protégés que si le multilatéralisme s’applique.
M. Li Qiang a reconnu que l’ordre édifié est gravement menacé et le système international jadis efficace est constamment mis à mal. Comment pouvons-nous rester silencieux et soumis face à l’intimidation par peur des plus forts? s’est-il interrogé.
Convaincue qu’il est possible de créer ensemble un avenir meilleur, la Chine a toujours œuvré pour le progrès de l’humanité, a affirmé M. Li Qiang, qui a rappelé que son Président avait lancé plusieurs initiatives pour partager la sagesse et les solutions de la Chine pour faire face aux transformations en cours dans le monde. Il s’agit de construire un système de gouvernance mondiale plus juste et plus équitable, auquel la Chine est prête à participer.
En dépit de l’instabilité et des turbulences, tous les pays appartiennent au même village mondial et dépendent les uns des autres pour leur sécurité, a continué M. Li Qiang, qui a souhaité une sécurité commune fondée sur la coopération et qui tienne compte des préoccupations légitimes de tous les pays. « Persister dans nos confrontations et recourir à la force ne fait qu’éloigner la paix », a-t-il lancé, avant de rappeler que la Chine est le deuxième contributeur du budget de maintien de la paix de l’ONU et le premier fournisseur de Casques bleus parmi les membres permanents du Conseil de sécurité.
Le Premier Ministre a estimé que la faible croissance mondiale et le marasme actuels sont la conséquence des mesures protectionnistes unilatérales, notamment l’augmentation des droits de douane. La Chine n’a eu de cesse d’ouvrir sa porte au monde, a-t-il affirmé, rappelant que son pays est depuis 16 ans le deuxième importateur au monde. La Chine est convaincue de pouvoir continuer sur cette trajectoire ascendante et de soutenir la croissance économique mondiale.
Saint-Vincent-et-les Grenadines: le Ministre Gonsalves vante « la résilience, la créativité et la discipline » de son peuple
« Nous avons survécu et prospéré malgré les vulnérabilités inhérentes à mon pays et les séquelles historiques du sous-développement »
(Premier Ministre de Saint-Vincent-et-les Grenadines)
M. Ralph Gonsalves, Premier Ministre et Ministre de la sécurité nationale, des affaires juridiques et de l’information de Saint-Vincent-et-les Grenadines, a rappelé que, depuis 2001, sa petite nation a été frappée par 12 phénomènes météorologiques majeurs, en plus de la pandémie de COVID-19, des conséquences de la dépression économique mondiale et d’une multitude d’autres chocs externes, dont « les effets néfastes et banals des changements climatiques ».
« Nous avons survécu et prospéré malgré les vulnérabilités inhérentes à mon pays et les séquelles historiques du sous-développement engendrées par le génocide des autochtones, l’asservissement des corps africains, le travail forcé et l’oppression coloniale », s’est-il enorgueilli, vantant « la résilience, la créativité et la discipline » de son peuple.
Après l’ouragan Beryl qui a dévasté Saint-Vincent-et-les Grenadines l’an dernier, « nous nous sommes relevés plus forts que jamais », a salué M. Gonsalves, avant de remercier les partenaires régionaux et internationaux de son pays ainsi que la diaspora pour leur solidarité. Toutefois, a-t-il nuancé, « nous avons dû compter principalement sur nos propres efforts ». Prévenant que beaucoup reste à faire, il a plaidé pour un soutien accru des « amis, alliés et bons samaritains ».
La question des changements climatiques est « urgente et existentielle », a-t-il insisté, à l’approche de la COP30 sur le climat, qui se tiendra en novembre au Brésil. Après avoir rappelé l’existence d’un consensus mondial sur « ce qui doit être fait », il a déploré que certains pays puissants et influents « reviennent en arrière et renient leurs engagements antérieurs ».
Selon lui, un multilatéralisme « mature » est nécessaire pour faire face aux changements climatiques dévastateurs, mais aussi pour résoudre les menaces posées par les armes nucléaires, rechercher la coexistence pacifique, réformer le système de financement du développement, relever les défis de l’intelligence artificielle, atteindre les 17 objectifs de développement durable d’ici à 2030 et remodeler la gouvernance mondiale de manière plus inclusive.
Ces questions préoccupent l’humanité tout entière, et tout particulièrement les petits États insulaires en développement (PEID), a-t-il souligné, appelant l’ONU et ses États Membres à « persuader les puissants d’agir de manière équitable, honorable et multilatérale afin de s’attaquer efficacement aux défis existants et imminents auxquels la communauté mondiale est confrontée ».
Luxembourg: pour le Premier Ministre Frieden, « l’ordre international est au bord de la rupture »
« L’ONU représente toujours la plus louable ambition de l’humanité »
(Premier Ministre du Luxembourg)
« Ces dernières années ont été marquées par une érosion sans précédent des normes internationales », a regretté M. Luc Frieden. « L’ordre international est au bord de la rupture. Trop peu de gens le défendent. Trop nombreux sont ceux qui ont perdu confiance en lui. »
Aux yeux du Premier Ministre du Luxembourg, « l’ONU représente toujours la plus louable ambition de l’humanité ». Il a toutefois averti: « Les Nations Unies, en tant qu’institution, ne peuvent pas faire de miracles. Leur succès dépend de nous tous. »
« Donner aux nations qui avaient perdu la Seconde Guerre mondiale la possibilité d’un nouveau départ a été la décision la plus clairvoyante, même si elle était la moins intuitive, du XXe siècle », a poursuivi M. Frieden. Le Premier Ministre a appelé « tous les pays à honorer la promesse faite à l’humanité à San Francisco: que l’humanité travaillerait ensemble pour abandonner la guerre et rechercher la paix en adoptant une nouvelle approche, en suivant un esprit différent, l’esprit des Nations Unies ».
Irlande: le Chef du Gouvernement appelle à défendre la primauté du droit international face au « règne de la loi du plus fort »
« Ce qui se passe à Gaza ne peut être ni justifié ni défendu »
(Taoiseach de l’Irlande)
M. Micheál Martin, Taoiseach de l’Irlande, s’est souvenu d’un temps où les Nations Unies étaient « le phénix émergeant des cendres de la Seconde Guerre mondiale, la plus grande force de notre engagement à maintenir la paix et la sécurité, la meilleure tentative d’offrir un meilleur avenir pour les générations futures ». Constatant que le monde semble aujourd’hui « tomber sous le règne de la loi du plus fort », il a appelé à réaffirmer et défendre la primauté du droit international.
Le Chef du Gouvernement irlandais s’est dit particulièrement préoccupé par le recul des normes relatives aux droits humains, qui s’est accéléré ces dernières années avec des attaques contre les droits des femmes et des personnes LGBTQ+ et contre l’égalité des genres. Il a notamment dénoncé les « Taliban brutaux » qui privent les femmes et les filles d’Afghanistan de leurs droits les plus fondamentaux.
M. Martin a réaffirmé l’engagement de l’Irlande à respecter la nature universelle des droits humains, illustré par sa candidature au Conseil des droits de l’homme pour la période 2027-2029.
Où qu’ils aient lieu, les conflits sont un échec humain. « Ils détruisent des vies et laissent des stigmates, comme l’Irlande le sait bien », a-t-il déploré, avant de s’attarder sur les guerres et les crises humanitaires en cours au Soudan, en Ukraine et surtout à Gaza, où la situation est, selon lui, « un affront à la dignité humaine et à la décence, un renoncement à toutes les normes et à toutes les règles internationales ».
Comme l’a dénoncé la semaine dernière la Commission d’enquête sur le Territoire palestinien occupé, Israël est responsable de la commission d’un génocide à Gaza, « le pire crime en droit international », a-t-il fustigé, rappelant que les signataires de la Convention sur le génocide ont l’obligation d’agir pour le prévenir et le punir. « Nous ne pouvons pas dire que nous ne savions pas. »
Dans ce contexte, il a salué la décision prise par plusieurs pays de reconnaître l’État de Palestine, répétant que la solution des deux États demeure « la seule perspective d’un avenir pacifique » pour les peuples israélien et palestinien. Il a également félicité la France et l’Arabie saoudite pour le leadership dont elles font preuve en œuvrant en faveur d’un processus politique susceptible d’apporter une paix juste et durable et la sécurité dans la région.
Bangladesh: « Notre histoire est importante car elle nous rappelle le pouvoir extraordinaire des gens ordinaires » déclare Muhammad Yunus
« Je suis ici aujourd’hui pour vous dire à quel point le Bangladesh a progressé »
(Conseiller principal du Gouvernement intérimaire du Bangladesh)
Notre histoire a son importance parce qu’elle suscite l’espoir des nations du monde entier, a témoigné le Conseiller principal du Gouvernement intérimaire du Bangladesh, M. Muhammad Yunus. « À savoir qu’il est toujours possible de se relever, quelle que soit l’ampleur de la crise. »
Le Conseiller est revenu sur l’année écoulée au Bangladesh depuis le soulèvement de juillet 2024, rappelant que ce sont les jeunes qui se sont levés. « Ce sont nos jeunes qui ont vaincu la tyrannie » pour ouvrir la voie à une nouvelle société juste et égalitaire. Le Gouvernement intérimaire a invité le Haut-Commissariat aux droits de l’homme à enquêter sur les violations des droits humains et « les atrocités commises par l’autocratie déchue ».
La stratégie de développement du Bangladesh repose sur trois principes directeurs, a expliqué M. Yunus: la bonne gouvernance, l’inclusion sociale et le développement durable. M. Yunus s’est dit déterminé à mettre un terme à la corruption à grande échelle et au vol de ressources publiques qui ont provoqué « une grave vulnérabilité économique ».
Après le succès du microcrédit, M. Yunus a dit se pencher aujourd’hui sur l’idée de « l’entreprise sociale », dont les bénéfices sont intégralement réinvestis pour le bien social. Une idée à l’opposé de l’augmentation du protectionnisme dans le commerce mondial, car « si l’interdépendance économique s’effondre, les conflits ne feront que se multiplier ».
M. Yunus a en outre plaidé pour la recherche d’une solution urgente pour régler le conflit au Myanmar et le problème de la marginalisation des Rohingya, qui affluent en masse au Bangladesh.
Malte: le Premier Ministre Abela appelle à renforcer le rôle du Conseil de sécurité
« Défendre la Charte des Nations Unies n’est pas de l’idéalisme naïf. Pour des nations comme Malte, c’est une question de survie »
(Premier Ministre de Malte)
Le Premier Ministre, M. Robert Abela, a exhorté à ne jamais oublier le pouvoir de la volonté collective et de l’action collective, relevant que le plus grave des défis du monde est sans doute la division.
Il a appelé à modifier la manière même dont les Nations Unies fonctionnent. Le processus de sélection d’un successeur digne de ce nom au Secrétaire général doit représenter un changement radical dans nos méthodes de travail, a-t-il estimé, exigeant un processus transparent, inclusif et basé sur le mérite, et non sur des tractations politiques.
Quant au Conseil de sécurité, a-t-il poursuivi, ce n’est pas seulement la composition qui doit changer, mais son rôle qui doit être renforcé afin de servir de contrepoids plus efficace à la domination des grandes puissances.
« La force ne fait pas toujours le droit. » Et les petits États comme Malte ne peuvent se permettre les risques d’un monde où certains ignorent les lois quand cela leur convient.
« Fier » d’avoir ajouté, cette semaine, Malte à la liste des pays qui reconnaissent l’État de Palestine, il a souligné que la solution des deux États n’est pas une récompense pour le Hamas. Au contraire, c’est la seule manière de bannir définitivement le mal qu’est le Hamas et la seule solution qui permettra d’assurer un avenir durable et pacifique aux deux peuples.
Grèce: le Premier Ministre Mitsotakis appelle la Türkiye à « dissiper la menace de guerre qui plane encore sur nos relations »
« Trente ans plus tard, le casus belli doit être révoqué. Il n’a pas sa place dans les relations entre voisins amis »
(Premier Ministre de la Grèce)
Le Premier Ministre de la Grèce a déploré les tentatives visant à faire revivre les ambitions impériales des siècles précédents ainsi que les discours révisionnistes de certains dirigeants, prisonniers du passé, poursuivant des illusions de gloire révolue.
M. Kyriakos Mitsotakis, qui s’est dit conscient des défis des changements climatiques, des migrations et de l’intelligence artificielle, s’est également alarmé des effets d’Internet et de l’intelligence artificielle sur la santé mentale des enfants. « Les preuves scientifiques sont accablantes. Nous menons une expérience massive et non supervisée sur le cerveau de nos enfants et adolescents », s’est-il alarmé.
Si la Grèce entretient un partenariat stratégique avec Israël, « cela ne nous empêche pas de parler ouvertement et franchement », a ajouté le Premier Ministre, pour qui « le plus urgent est de mettre fin aux tueries inutiles et d’assurer l’acheminement à grande échelle et durable de l’aide humanitaire à Gaza. Je dis à mes amis israéliens qu’ils risquent de s’aliéner tous leurs derniers alliés s’ils persistent sur une voie qui anéantit le potentiel d’une solution à deux États ».
La Grèce soutient indéfectiblement l’Ukraine face à l’agression de la Russie. Pour M. Mitsotakis, « la guerre en Ukraine n’est pas un autre conflit régional européen. C’est un combat pour la liberté, la démocratie et la dignité même. C’est avant tout la défense d’un ordre mondial fondé sur des règles ».
M. Mitsotakis a rappelé que la Méditerranée orientale est une zone d’importance stratégique où la Grèce recherche une coexistence pacifique avec la Türkiye. Il s’est dit prêt à œuvrer au règlement de la question de la délimitation du plateau continental et de la zone économique exclusive en mer Égée et en Méditerranée orientale, « seule question en suspens entre nous ». Mais, a-t-il ajouté, la Türkiye « doit dissiper la menace de guerre qui plane encore sur nos relations. Trente ans plus tard, le casus belli doit être révoqué. Il n’a pas sa place dans les relations entre voisins amis ».
Le Premier Ministre a également rappelé que, « depuis 51 ans, Chypre subit les conséquences de l’invasion illégale et de l’occupation militaire continue de la Türkiye, violation flagrante du droit international, et une menace constante pour la paix et la sécurité régionales ».
Bhoutan: « Nous recherchons un multilatéralisme qui donne des résultats, et pas seulement des résolutions », affirme le Premier Ministre Tobgay
Le Premier Ministre Tshering Tobgay a regretté que les efforts mondiaux de réduction des émissions « restent bien en deçà de ce qu’exige la science », et qu’à ce jour, seuls quatre pays -le Panama, le Suriname, Madagascar et le Bhoutan- aient atteint la neutralité carbone. « La neutralité carbone ne peut pas être une ligne d’arrivée, elle doit être un point de départ », a-t-il souligné.
« Au Bhoutan, nous séquestrons chaque année cinq fois plus de carbone que nous émettons, une contribution qui dépasse de loin notre taille et nos ressources », s’est-il félicité. Mais le pays n’en subit pas moins les effets des changements climatiques. « Nos montagnes se réchauffent à un rythme près de deux fois supérieur à la moyenne mondiale », a constaté M. Tobgay.
Le Premier Ministre a également indiqué que son pays propose aujourd’hui une approche alternative de la vie urbaine à travers la « Cité de la pleine conscience » de Gelephu, une région administrative spéciale fondée sur les valeurs de durabilité, d’harmonie et les idéaux du bonheur national brut, une mesure alternative du succès promu depuis plus de 50 ans par le Bhoutan à la place du produit intérieur brut.
La Cité de la pleine conscience de Gelephu n’est pas une idée sur le papier. C’est un projet vivant et concret où la nature est le fondement de la vie urbaine. Alimentée par des énergies renouvelables, construite avec des matériaux durables et conçue pour une vie sobre en carbone, elle offrira des logements inclusifs, des espaces publics verts et des emplois enrichissants, a-t-il détaillé.
Barbade: la Première Ministre Mottley met l’accent sur la « crise de vérité et de confiance »
« Lorsque nous perdons la vérité partagée, nos pays et notre société mondiale perdent leur centre de gravité »
(Première Ministre de la Barbade)
Derrière toutes les crises mondiales se cache la crise de la vérité et de la confiance, a déclaré la Première Ministre de la Barbade. « Lorsque nous perdons la vérité partagée, nos pays et notre société mondiale perdent leur centre de gravité », a-t-elle insisté, « quand nous manquons de vérité et de confiance, le droit devient du théâtre, les informations deviennent un spectacle et la science devient juste une autre opinion ». Le monde actuel ressemble de manière inquiétante à celui d’il y a 100 ans, a constaté Mme Mia Amor Mottley, pour qui cela devient encore plus évident avec la fermeture des frontières aux biens et aux personnes.
« Le monde a besoin d’un nouveau départ », a continué la Première Ministre; « nous devons avant toute chose déterminer si nous partageons toujours les mêmes valeurs qui sous-tendent la Charte. Nous ne pouvons pas partir du principe que la situation est restée inchangée ».
Pour préserver l’ordre fondé sur des règles à un moment où d’autres refusent de financer, nous devons nous rappeler que si un ou deux ou trois pays quittent l’ONU de 193 membres, la somme de ce qui reste n’est pas égale à zéro, a affirmé Mme Mottley. Elle a souhaité que la réforme de l’ONU ne soit pas uniquement le résultat de contraintes budgétaires et de mesures de réduction des coûts, mais axées sur les personnes et les résultats. À cet égard, le Pacte pour l’avenir fournit une feuille de route pour la protection des générations futures. Et les deux instruments pour réglementer l’intelligence artificielle doivent être la priorité pour éviter d’exposer les populations au risque d’exploitation et de déformation des faits.
Concernant le climat, Mme Mottley a proposé une voie qui consiste à se concentrer sur les émissions de gaz à effet de serre plutôt que sur l’industrie des combustibles fossiles, et à mettre en place un cadre juridiquement contraignant sur le méthane. La feuille de route de Bakou à Belém doit garantir les ressources nécessaires de 1 300 milliards de dollars par an d’ici à 2035. Elle ne doit pas subir le même sort que le Fonds pour les pertes et dommages, qui reste largement sous-capitalisé, avec moins de 800 millions de dollars promis et seulement la moitié de ces promesses effectivement réalisées.
Enfin, la Première Ministre a demandé pour Haïti un plan de soutien à long terme qui réponde à ses besoins en matière de sécurité et de développement. Elle a averti que le renforcement de leurs moyens militaires par le Venezuela comme par les États-Unis dans le sud de la Caraïbe expose cette région à un risque disproportionné.
Îles Salomon: « La science sur les changements climatiques est claire et mon peuple en souffre », témoigne le Premier Ministre Manele
M. Jeremiah Manele, Premier Ministre des Îles Salomon, s’est félicité de l’avis consultatif « historique » rendu le 23 juillet 2025 par la Cour internationale de Justice (CIJ) sur les obligations faites aux États de protéger le système climatique en vertu du droit international, et leurs responsabilités envers les États particulièrement touchés, comme les petits États insulaires en développement (PEID).
« Pour les PEID, cet avis est source d’espoir et de reconnaissance: il affirme que même si la montée des eaux inonde nos îles, notre statut d’État et nos frontières maritimes perdureront, préservant ainsi notre souveraineté et nos droits. »
En tant que Président du Forum du Pacifique, le Premier Ministre a annoncé la création du Fonds de résilience du Pacifique, une initiative régionale pour faire face aux conséquences des changements climatiques visant à lever 500 millions de dollars d’ici à la fin de 2026.
La sous-région a récemment adopté la « déclaration de paix à l’océan », a indiqué M. Manele, avec pour objectif d’en faire une zone « exempte d’armes nucléaires, de militarisation, de trafic de drogues illicites et de postures géopolitiques ».
Papouasie-Nouvelle-Guinée: le Premier Ministre Marape insiste sur l’importance de réduire les émissions
« Bougainville nous rappelle que la paix, lorsqu’elle est fondée sur une volonté sincère, peut durer »
(Premier Ministre de la Papouasie-Nouvelle-Guinée)
À l’approche de la COP30 au Brésil, le Premier Ministre de la Papouasie-Nouvelle-Guinée a réaffirmé l’engagement de son pays à préserver les forêts et les océans, à investir dans les énergies renouvelables et à promouvoir le développement durable.
M. James Marape a appelé le G20 et les pays industrialisés à réduire leurs émissions, à réformer le système financier international pour soutenir les pays riches en biodiversité et à aligner leurs responsabilités sur leur empreinte carbone.
Notre message au monde est simple: l’unité réside dans la diversité, la paix se construit et se maintient par le dialogue, et cette planète unique doit être préservée pour les générations futures.
Jamaïque: le Premier Ministre Holness veut « une guerre mondiale contre les gangs »
« Les gangs sont désormais des syndicats mondiaux dotés de ressources qui rivalisent avec celles des États-nations »
(Premier Ministre de la Jamaïque)
L’instabilité politique, la violence des gangs et la crise humanitaire en Haïti touchent non seulement le peuple haïtien, mais aussi la région tout entière, s’est alarmé le Premier Ministre de la Jamaïque, dont le pays préside actuellement la Communauté des Caraïbes (CARICOM). M. Holness a prié les États Membres, et en particulier ceux du Conseil de sécurité, de mettre en œuvre les recommandations du Secrétaire général en faveur d’un mécanisme hybride plus solide pour faire face à la situation. Au-delà des opérations de sécurité, la communauté internationale devra également aider le pays à reconstruire des institutions démocratiques, veiller à la tenue d’élections libres et justes, augmenter l’aide humanitaire et investir dans les infrastructures pour soutenir une stabilité à long terme.
Pour M. Holness, la crise haïtienne a mis en évidence une autre réalité : les réseaux criminels transnationaux qui se livrent au trafic d’armes, de stupéfiants et d’êtres humains constituent une menace existentielle pour les États. « Les gangs sont désormais des syndicats mondiaux dotés de ressources qui rivalisent avec celles des États-nations. » Raison pour laquelle la Jamaïque ne préconise rien de moins qu’une « guerre mondiale contre les gangs », qui passe par une campagne internationale coordonnée visant à interrompre les flux d’armes, d’argent et d’influence qui les soutient.
Comme tous les petits États insulaires en développement, la Jamaïque est particulièrement préoccupée par les effets des changements climatiques. En dépit de ses maigres ressources, le pays s’est engagé à parvenir à zéro émission d’ici à 2050 et a mis en œuvre un plan d’adaptation national avec des mesures spécifiques pour bâtir la résilience dans des secteurs clefs.
Ce plan est toutefois très limité par le manque de financement prévisible et accessible. M. Holness a déploré que la promesse de verser 100 milliards chaque année au Fonds pour les pertes et préjudices mis en place à la COP28 ne soit pas respectée par les pays développés. Les institutions financières internationales doivent par ailleurs intégrer les risques climatiques dans leurs décisions d’octroyer des prêts et élaborer de nouveaux instruments financiers pour lutter contre la vulnérabilité climatique. La Jamaïque soutient pleinement l’application de l’indice multidimensionnel de vulnérabilité, qui évalue plus correctement les besoins de développement des pays que le seul paramètre du PIB par habitant, devenu « obsolète ».
Belize : le Premier Ministre Briceño dénonce la montée de l’insécurité mondiale et s’alarme des « actions agressives » du Guatemala contre son pays
« Ce n’est pas le monde que les fondateurs de l’ONU avaient imaginé »
(Premier Ministre de Belize)
Pour le Premier Ministre de Belize, M. John A. Briceño, si l’ONU n’a pas répondu à toutes les attentes placées en elle, ce n’est pas parce que l’idée est viciée mais bien parce que, trop souvent, ses membres, y compris les plus puissants, ont échoué à agir. « Les dépenses militaires ont augmenté de 9% l’année dernière pour atteindre 2 700 milliards de dollars alors que l’insécurité mondiale s’est accentuée », a-t-il dénoncé, relevant que ce montant équivaut à « plus de la moitié du PIB de tous les pays d’Amérique latine et des Caraïbes ».
Dans ce contexte, il s’est alarmé des « actions agressives et provocatrices répétées » du Guatemala voisin à la frontière sud de son pays, assurant que son gouvernement a choisi d’y répondre par la retenue et la prudence. Ces actions mettent au défi la souveraineté de Belize, s’est-il alarmé, avant de rappeler que l’Amérique latine et les Caraïbes se sont engagées à maintenir leur région comme une zone de paix, exempte d’armes nucléaires et où le dialogue permet de prévenir les conflits. « C’est pourquoi nous sommes préoccupés par les graves conséquences du recours à des tactiques militaires contre des navires civils en mer des Caraïbe. »
M. Briceño a par ailleurs estimé qu’à cinq ans de l’échéance de la réalisation des objectifs de développement durable, l’ambition de ne laisser personne de côté exige l’implication de tous. Or, a-t-il déploré, l’ONU exclut encore un acteur essentiel : le peuple taïwanais. Appelant l’Organisation à reconnaître Taïwan en tant qu’acteur indispensable dans cette quête commune, il a aussi demandé que le monde cesse d’ignorer « la condition du peuple du Sahara occidental » et vienne d’urgence en aide au peuple haïtien face aux gangs criminels qui ont tenté de prendre le contrôle de leur pays.
Il a enfin déclaré attendre la décision de la Cour internationale de Justice (CIJ) en ce qui concerne le contentieux qui oppose le Belize au Guatemala. « Nous sommes persuadés que la justice l’emportera. »
Lesotho : « Nous appelons nos amis et partenaires du monde entier à continuer de soutenir nos efforts de réforme », plaide le Premier Ministre Matekane
Le Premier Ministre du Lesotho, M. Ntsokoane Samuel Matekane, a expliqué que son pays a adopté un nouvel amendement constitutionnel dans le cadre de réformes politiques majeures visant à stabiliser la démocratie. Face aux progrès réalisés, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) a retiré le Lesotho de sa liste des pays sous surveillance spéciale.
Bien que l’aide publique au développement soit en baisse, elle demeure une source essentielle de financement du développement pour les pays les moins avancés, a rappelé le Premier Ministre. Il a demandé aux partenaires du développement d’honorer leurs engagements en la matière, surtout pour les pays les moins avancés sans littoral.
Le Lesotho mise sur ses ressources naturelles en luttant contre les flux financiers illicites, a-t-il dit. Il offre d’accueillir des centres de données alimentés par des énergies renouvelables et donne la priorité aux investissements dans l’éducation numérique « pour autonomiser les jeunes, les femmes et les communautés rurales ».
Le Lesotho reste déterminé à garantir un accès équitable pour tous aux soins de santé, notamment en matière de santé reproductive, VIH/SIDA, tuberculose et maladies non transmissibles.
Cabo Verde: « Ce monde turbulent a besoin d’une ONU qui soit un régulateur mondial », déclare le Premier Ministre Correia e Silva
Le Premier Ministre de Cabo Verde a souligné qu’aucun pays aujourd’hui n’était à l’abri de l’expansion du populisme, de l’extrémisme et de « l’idéologie de la post-vérité ».
S’agissant des changements climatiques, M. José Ulisses Correia e Silva a réclamé des engagements clairs à la prochaine COP de Belém, en particulier de la part des plus grands émetteurs, pour limiter l’augmentation de la température à 1,5ºdegré Celsius. « Il ne s’agit pas d’une simple revendication, mais d’une question de survie pour tous, tous, et tous », a-t-il martelé
Il s’est en outre félicité de l’entrée en vigueur de l’accord « historique » sur les subventions à la pêche, un outil décisif dans la lutte contre « des pratiques qui menacent la biodiversité marine et la sécurité alimentaire de millions de personnes ».
Quant à l’Engagement de Séville sur l’endettement des pays en développement, il est une occasion de « stimuler le développement dans les pays les plus vulnérables tels que les PIED » qui ont besoin de « rendre opérationnels » des mécanismes tels que la conversion de la dette en financement climatique ou le Fonds pour les pertes et les préjudices.
Bulgarie : « La guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine est un défi existentiel pour un ordre international fondé sur des règles », selon le Premier Ministre Jeliazkov
Pour M. Rossen Dimitrov Jeliazkov, Premier Ministre de la Bulgarie, le Conseil de sécurité doit être réformé afin d’être plus efficace, représentatif et responsable. « Nous avons besoin de progrès tangibles. » Il a défendu une répartition plus équilibrée en son sein, avec l’allocation d’un siège non permanent supplémentaire au Groupe des États d’Europe orientale, et demandé que le droit de veto soit encadré.
La guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine n’est pas seulement un conflit européen, mais une menace à la légitimité même de l’ONU, a poursuivi le Premier Ministre. Il est « inacceptable » qu’un membre permanent mène une telle guerre. « Le seul chemin vers la paix est évident : la souveraineté de l’Ukraine doit être respectée et son intégrité territoriale pleinement restaurée. »
Le développement durable ne sera pas réalisé sans une action climatique robuste, a-t-il ajouté, en rappelant que La Bulgarie soutient pleinement l’Accord de Paris. « L’Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement » et les pertes économiques se chiffrent déjà en milliards d’euros.
Mali : le Premier Ministre Maïga défend l’action antiterrorisme de la Confédération des États du Sahel
« Nos trois pays ont su apporter une réponse coordonnée et endogène à cette guerre qui nous a été imposée »
(Premier Ministre du Mali)
Le Premier Ministre du Mali, M. Abdoulaye Maïga, s’est enorgueilli que les pères fondateurs de la Confédération des États du Sahel (AES) –Burkina Faso, Mali et Niger-, « par engagement panafricaniste, et dans le souci de préserver les intérêts de leurs populations », aient décidé de sécuriser leur pays tout en évitant une propagation de la menace vers d’autres régions africaines, voire dans le monde, « effectuant ainsi un véritable travail de sécurité publique régionale et mondiale ».
Il a fait le lien entre la guerre en Ukraine et le terrorisme dans le Sahel, en invoquant « une attaque terroriste contre une patrouille des Forces de défense et de sécurité maliennes, en juillet 2024 à Tinzawatène, dans la région de Kidal », avec une participation revendiquée publiquement par des officiels Ukrainiens. Et depuis lors, « le régime ukrainien est devenu l’un des principaux fournisseurs de drones kamikazes aux groupes terroristes dans le monde », a-t-il dénoncé.
Le Premier Ministre a donc lancé un appel aux États occidentaux pour qu’ils cessent de fournir des armes à l’Ukraine, au risque de contribuer à la promotion du terrorisme international, avant d’exprimer son indignation face à trois événements récents qui ont détérioré ses relations avec l’Algérie l’attaque terroriste à Tinzawatène, près de la frontière algérienne, contre les Forces armées maliennes ; la destruction d’un drone malien par l’Algérie qui aurait invoqué une violation de son espace aérien ; et le déni de l’Algérie d’une requête du Mali devant la Cour internationale de Justice contre la Junte algérienne, concernant la destruction du drone.
« Face aux assauts et à l’adversité, nous ne serons pas des spectateurs: pour chaque balle tirée contre nous, nous réagirons par réciprocité. Pour chaque mot employé de travers, nous réagirons par réciprocité. »
Le Chef de gouvernement a également attiré l’attention sur sa saisine du Conseil de sécurité, datant du 15 août 2022, pour que son pays puisse fournir « des preuves irréfragables du soutien de la France aux activités terroristes », une requête restée sans suite « alors que leurs actions de sabotage continuent à divers niveaux ».
Andorre: le Chef du Gouvernement Zamora défend « un multilatéralisme efficace, inclusif et centré sur les personnes »
« À l’heure numérique, il faut protéger les mineurs des risques et menaces invisibles sur Internet »
Chef du Gouvernement de la Principauté d’Andorre
M. Xavier Espot Zamora, Chef du Gouvernement de la Principauté d’Andorre, a prôné un multilatéralisme « qui écoute toutes les voix, y compris celles des petits États ». Cette position a été mise en relief lors du premier Sommet des chefs d'État et de gouvernement qui s’est tenu en mai dernier dans ce pays à l’occasion des Jeux des petits États d’Europe.
Andorre, a souligné le Chef du Gouvernement, a pris la décision, le 22 septembre, de reconnaître l’État de Palestine. « Ce geste si nécessaire, prendra pleinement effet sur le plan diplomatique dès lors que certaines conditions seront réunies: la libération des otages, le désarmement du Hamas, ainsi que la mise en place d'un gouvernement palestinien excluant cette organisation. »
Nous avons créé le centre du bien-être numérique et des capacités et compétences numériques, et nous avons adopté le plan de bien-être numérique pour les enfants et les jeunes, qui inclut des actions spécifiques pour protéger les mineurs dans l’environnement numérique, a informé M. Zamora.
Enfin, Andorre, qui protège 30% de son territoire montagneux, veut donner l’exemple avec la promotion d’un modèle de tourisme durable, a-t-il expliqué.
Trinité-et-Tobago : pour la Première Ministre Persad-Bissessar, « la notion selon laquelle les Caraïbes sont une zone de paix est devenue fausse »
Mme Kamla Persad-Bissessar, Première Ministre de la Trinité-et-Tobago, a souligné que pour nombre de personnes dans la région, « la paix n’est pas une réalité quotidienne, mais une promesse distante, entraperçue mais jamais saisie ».
Son pays de 1,4 million d’habitants a enregistré, en 2024, 623 homicides, soit 41 pour 100 000 personnes, plus de 40% de ces faits étant imputables aux gangs. « Ces 25 dernières années, nous avons eu plus de 10 000 meurtres, ce qui équivaut à la disparition d’1% de la population adulte ». Dans toute l’Amérique latine et les Caraïbes, l’échelle des homicides va de 20 à plus de 60 pour 100 000 personnes, a-t-elle détaillé.
Selon la Première Ministre, les commentaires du Président Trump sur les effets délétères du trafic de drogue, de la traite des personnes, de la criminalité organisée et de l’immigration irrégulière sont « fondés ». L’immigration irrégulière ne fera que créer du désordre sur le long terme, en menant à une plus grande pauvreté et criminalité et à des tensions culturelles.
« Ce n’est pas de la phobie ou une exagération, c’est la simple vérité. » Mon pays est reconnaissant pour la présence militaire des États-Unis dans la zone sud des Caraïbes, a-t-elle conclu.
Antigua-et-Barbuda: le Premier Ministre rappelle que pour les nations insulaires, l’océan n’est pas un simple décor, mais une source de nourriture et d’emplois
« La crise climatique n’est pas un simple phénomène météorologique pour les petits États insulaires, c’est notre quotidien »
(Premier Ministre d’Antigua-et-Barbuda)
M. Gaston Alphonso Browne, Premier Ministre d’Antigua-et-Barbuda, a fait valoir que pour des îles comme la sienne, l’océan est une opportunité de croissance et de développement.
Son message devant l’Assemblée générale a été axé sur ces changements climatiques dont souffrent exagérément les petits États insulaires en développement (PEID). Il a mis son espoir dans le Fonds pour les pertes et préjudices qu’il souhaite voir fonctionner comme prévu: un financement prévisible et anticipé, disponible en cas de catastrophe, versé en temps voulu, selon des critères objectifs, afin que l’aide parvienne rapidement.
Le Premier Ministre a insisté pour que ce financement soit « équitable » avant même qu’une catastrophe ne frappe. Car actuellement, a-t-il relevé, le système financier international inégalitaire oblige les pays les plus vulnérables à payer le prix fort pour se protéger. En conséquence, la dette augmente et la résilience stagne.
« Nous demandons, une fois de plus, l’adoption intégrale de l’indice de vulnérabilité multidimensionnelle par les institutions financières internationales, afin que l’exposition aux chocs ouvre droit à des conditions préférentielles. »
M. Browne a, de plus, demandé une action décisive contre la pêche illégale, non déclarée et non réglementée, ainsi que contre les plastiques qui étouffent les récifs et contre la pollution qui détruit les mangroves. Sans oublier de réclamer la « justice réparatrice » pour les crimes de la traite transatlantique des esclaves, de la part de ceux qui ont « maintenu nos ancêtres enchaînés physiquement et mentalement pendant des siècles ».
Fidji: le Premier Ministre Rabuka réaffirme son soutien à l’ONU et au concept d’« Océan de Paix » comme contribution du Pacifique à l’ordre mondial
« Les Fidji sont l’un des plus grands contributeurs par habitant aux opérations de maintien de la paix de l’ONU depuis plus de 45 ans »
(Premier Ministre des Fidji)
Le Premier Ministre des Fidji, M. Sitiveni Ligamamada Rabuka, qui est aussi Ministre des affaires étrangères, du service civil et des entreprises publiques, et de l’information, a réaffirmé son soutien à l’ordre international fondé sur des règles et au rôle des Nations Unies, comme le démontre son engagement dans le maintien de la paix de l’ONU. Il a ensuite rappelé avoir proposé à l’Assemblée générale, en septembre 2023, le concept d’Océan de paix, qui repose sur les valeurs du respect mutuel, de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’indépendance politique.
Les dirigeants des îles du Pacifique ont adopté la Déclaration de l’Océan de paix lors de leur réunion le 11 septembre 2025, a-t-il informé avant de signaler que son pays finalise la construction d’une Maison de l’ONU pour renforcer la présence et l’efficacité opérationnelle de l’ONU dans la région.
Le Premier Ministre a en outre exprimé son soutien au récent accord pour la conservation de la biodiversité marine (accord BBNJ), que les Fidji vont ratifier, et la lutte contre la pollution plastique.
Plus généralement, il a appelé à une transition énergétique juste, à la mise en œuvre du Fonds pour pertes et préjudices, et à la prise de responsabilité des grands émetteurs. De plus, pour faire face aux conséquences du dérèglement du climat, les Fidji se disent prêtes à accueillir les communautés déplacées par la montée des eaux, avec dignité et reconnaissance juridique, a encore promis le Chef de Gouvernement.
Tuvalu: c’est « le plus vulnérable des pays les plus vulnérables aux effets des changements climatiques », avertit le Premier Ministre Teo
Les Tuvalu sont attachés à la continuité de leur statut d'État, la permanence de leurs frontières maritimes et leur droit aux ressources qui s'y trouvent, a déclaré M. Feleti Teo, Premier Ministre des Tuvalu. « Quoi qu'il arrive au territoire terrestre en raison des changements climatiques. »
Le Premier Ministre a salué l’avis consultatif rendu en juillet dernier par la Cour internationale de Justice (CIJ), selon lequel les États doivent « agir avec la diligence requise » pour empêcher que leurs activités « ne causent des dommages significatifs au système climatique ».
D’après lui, la lutte pour un réchauffement limité à 1,5 degré Celsius ne peut pas être gagnée qu’avec des réductions de dioxyde de carbone. « Pour gagner du temps » et protéger le monde des points de bascule « irréversibles », il faut aussi s’attaquer au méthane et à d'autres gaz à courte durée de vie.
La Conférence qui s’est tenue à Nice en juin dernier, a ajouté M. Teo, a rappelé que le sort de nos océans doit faire l’objet d’engagements par le biais de partenariats renforcés et d'un financement prévisible permettant aux communautés qui sont en première ligne de « conserver et d'utiliser durablement l'océan selon leurs propres conditions ».
Tonga: le Premier Ministre Eke mise sur la solidarité internationale et la contribution de la région du Pacifique pour répondre aux attentes des peuples
« Ce n'est que par la solidarité et le partage des responsabilités que nous pourrons préserver notre planète, défendre la dignité de tous les peuples et garantir un avenir durable aux générations futures »
(Premier Ministre des Tonga)
M. Aisake Valu Eke, Premier Ministre des Tonga, a déclaré qu’à l'heure où les changements climatiques sont devenus une menace pour la sécurité, les États Membres doivent se rallier à la vision collective des Nations Unies. Réciproquement, « si l'ONU veut répondre aux attentes de notre peuple, elle doit le faire avec nous, à travers nous et en accord avec les principes approuvés par nos dirigeants », a observé le Chef de gouvernement.
M. Eke a attiré l’attention notamment sur la nécessité de veiller à ce que les flux financiers répondent aux priorités définies au niveau régional. Il a aussi demandé d’alléger les charges liées à l'établissement de rapports et, surtout, d’accroître la représentation du Pacifique au sein du système des Nations Unies et des organes décisionnels.
Pour les petits États insulaires en développement (PEID), les changements climatiques sont une menace existentielle, a réitéré M. Eke en annonçant son appui à la candidature de l'Australie à l'organisation de la COP31 en partenariat avec la région du Pacifique. Ce devrait être une occasion unique de mettre les voix des PEID au premier plan de l'agenda climatique mondial, a espéré le Chef de gouvernement.
Il n’a pas manqué de faire part des mesures concrètes prises au niveau national, les Tonga ayant notamment un projet de loi sur la gestion des océans 2025: un cadre historique visant à conserver la biodiversité, à gérer les ressources de manière durable et à protéger l’environnement marin dans l'intérêt de la population et des générations futures.
Samoa: le Vice-Premier Ministre Onesemo plaide pour un financement climatique « à la hauteur » de l’urgence
« Les 35 pays responsables de 86% des émissions mondiales doivent faire partie de la solution, pas seulement du problème »
(Vice-Premier Ministre du Samoa)
C’est à juste titre qu’un avis consultatif de la Cour internationale de Justice (CIJ) a reconnu les changements climatiques comme un problème existentiel exigeant une action mondiale urgente, a estimé le Vice-Premier Ministre du Samoa, M. Toelupe Maoiautele Poumulinuku Onesemo.
À l'approche de la COP30 qui se tiendra au Brésil, il a demandé que les contributions nationales des grands pays émetteurs soient plus ambitieuses, en vue de réduire de 50% les émissions mondiales de gaz à effet de serre d'ici à 2030. « Il s’agit d’une problématique environnementale d’envergure planétaire. »
Certains peuvent mettre en doute la réalité des changements climatiques, a lancé le Vice-Premier Ministre, mais, pour les petits États insulaires du Pacifique, leurs effets sont une réalité vécue au quotidien. « Vous ne pourrez vraiment prendre la mesure de ces défis que si vous nous rendez visite. »
Pour y faire face, le financement climatique doit drastiquement augmenter et s’adapter aux besoins des petits États insulaires en développement (PEID). M. Onesemo a aussi réclamé une réforme complète de l’architecture financière internationale pour qu’elle reconnaisse les besoins spécifiques des PEID, notamment en matière de résilience.
Zimbabwe: le Ministre des affaires étrangères Murwira réaffirme la doctrine « Ami de tous, ennemi de personne » de son pays
M. Amon Murwira, Ministre des affaires étrangères et du commerce international du Zimbabwe, a soutenu l’Initiative ONU80 en souhaitant que la réforme de l’ONU « renforce la voix du Sud global » et ne l’affaiblisse pas.
Le Ministre a dénoncé l’exclusion de l’Afrique du Conseil de sécurité et demandé sa réforme urgente. Il a rappelé la contribution de son pays aux efforts régionaux de médiation, son engagement constant en faveur du maintien de la paix et le professionnalisme de ses Casques bleus. Harare, a-t-il informé, a présenté sa candidature pour un siège non permanent au Conseil pour la période 2027-2028.
En matière de développement, le Zimbabwe connaît une croissance soutenue de 6% et engage des réformes sectorielles majeures intégrant l’action climatique, notamment à travers son modèle agricole Pfumvudza/Intwasa. Le Ministre a plaidé pour un système financier et commercial mondial plus juste, la mise en œuvre effective des engagements climatiques et l’opérationnalisation du Fonds pour les pertes et préjudices.
Enfin, il a souligné les avancées de son pays sur les droits humains, dont l’abolition de la peine de mort en 2024. Il a dénoncé les sanctions unilatérales qui freinent son développement et demandé leur levée immédiate.
Côte d'Ivoire: le Ministre des affaires étrangères invite les États Membres à se réapproprier les idéaux de la Charte des Nations Unies
« Il est plus que jamais urgent de restaurer l’efficacité des Nations Unies sur la base d’un multilatéralisme inclusif et équitable »
(Ministre des affaires étrangères de la Côte d'Ivoire)
Face aux crises de confiance et de liquidités qu’affronte l’ONU, le Ministre des affaires étrangères de la Côte d’Ivoire, M. Kacou Houadja Léon Adom, a estimé que seul le renforcement de l’Organisation permettra de faire face aux enjeux globaux tels que le réchauffement climatique, le terrorisme, la rareté des financements en faveur du développement, la guerre informationnelle et la régulation de l’intelligence artificielle.
Le Ministre a rappelé la manière dont l’ONU a façonné le destin de bien de peuples et de pays en contribuant à leur accession à l’indépendance et à la souveraineté internationale et en les mettant à l’abri d’un nouveau conflit mondial. Pour autant, l’ONU n’a pas toujours atteint les résultats espérés, pas plus qu’elle n’a empêché la survenue de drames, comme le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994.
Au terme de ses 80 années d’existence, l’ONU se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins, avec deux crises sans précédent, celle des liquidités et celle du Conseil de sécurité, a relevé le Ministre. Il a compté sur les États Membres pour qu’ils se réapproprient les idéaux de la Charte des Nations Unies et renouent avec la solidarité.
Nouvelle-Zélande: le Ministre des affaires étrangères Peters estime que « le moment n’est pas venu » de reconnaître l’État de Palestine
« Mais s’ils aspirent réellement à la paix, lorsque nous verrons des actions concrètes, non pas sous forme de discours rhétoriques, mais d’accords, la Nouvelle-Zélande reconnaîtra alors l’État palestinien »
(Ministre des affaires étrangères de la Nouvelle Zélande)
Le Ministre des affaires étrangères de la Nouvelle-Zélande, M. Winston Peters, qui est aussi Ministre des courses et du transport ferroviaire, a constaté que l’ordre international fondé sur des règles est aujourd’hui menacé par un glissement vers la loi du plus fort, tandis que le Conseil de sécurité reste « paralysé » par l’usage du veto des membres permanents. Il a donc appelé à des « réformes audacieuses » pour restaurer la légitimité et l’efficacité de l’ONU, rappelant l’engagement de son pays comme Coprésident de l’examen de la mise en œuvre des mandats.
Il a ensuite dressé un tableau alarmant des crises humanitaires (Syrie, République démocratique du Congo, Soudan, Myanmar) en en déduisant que « notre humanité commune est trop souvent bafouée ». Le monde a besoin d’un leadership « qui persuade plutôt que contrôle », a-t-il plaidé, citant l’exemple historique d’Anouar Sadate, qui avait osé se rendre à Jérusalem en 1977 pour défendre la paix.
Concernant Gaza, le Ministre a affirmé que « nous sommes de nouveau au bord d’un abîme », dénonçant à la fois l’attaque barbare du Hamas le 7 octobre 2023 et la réponse « grossièrement disproportionnée » du Gouvernement israélien. Il a réaffirmé son attachement à la solution des deux États et au droit à l’autodétermination du peuple palestinien, tout en expliquant son dilemme face à la reconnaissance immédiate d’un État palestinien. Selon lui, une telle décision, dans le contexte actuel de guerre, risquerait d’être contre-productive, exploitée par le Hamas comme une victoire et par Israël comme une justification à son intransigeance.
Sa reconnaissance de l’État de Palestine sera possible « lorsque les conditions offriront de réelles perspectives de paix et de négociation ». Parallèlement, le Ministre a annoncé une contribution financière supplémentaire pour l’aide humanitaire à Gaza, réitérant sa demande d’un cessez-le-feu, de la libération des otages et d’acheminement immédiat de l’aide.
Bahreïn: le Ministre des affaires étrangères Al Zayani propose d’organiser une conférence de paix au Moyen-Orient
Le Ministre des affaires étrangères du Bahreïn a exhorté à un cessez-le-feu global et durable dans la bande de Gaza, plaidant pour la protection des civils, la libération des otages et détenus, et l’accélération d’une aide humanitaire soutenue. Il a également rappelé son rejet catégorique de toute politique de déplacements forcés, d’expansion des colonies ou de tentative de modifier le statu quo historique et religieux de Jérusalem.
M. Abdullatif bin Rashid Al Zayani a par ailleurs condamné l’attaque israélienne contre le Qatar, défendant le rôle reconnu de médiation joué depuis longtemps par Doha, aux côtés de l’Égypte et des États-Unis, pour parvenir à un cessez-le-feu et obtenir la libération des otages.
Encouragé par « la reconnaissance croissante de l’État de Palestine » par la communauté internationale, le Ministre a aussi remis en avant l’initiative bahreïnienne d’organiser une conférence internationale de paix au Moyen-Orient pour parvenir à une solution globale et durable du conflit israélo-palestinien à travers des négociations directes.
Venezuela: « Nous ne céderons pas aux menaces impérialistes », déclare le Ministre des affaires étrangères Gil Pinto
Le Ministre des affaires étrangères du Venezuela a dénoncé les « agressions répétées » des États-Unis et de leurs alliés, visant selon lui à s’emparer des ressources naturelles de son pays et à imposer un « changement de régime ».
M. Yvan Gil Pinto a fait état de tentatives de déstabilisation et de conspirations, y compris d’une tentative d’assassinat du Chef de l’État à l’aide de drones, et d’incursions mercenaires.
Une guerre économique a également été lancée à raison des 1 042 sanctions imposées à l’industrie pétrolière et aux secteurs productifs de la nation, a-t-il encore dénoncé.
Tout cela constitue une mesure militaire entièrement illégale et immorale qui viole la Charte des Nations Unies, les droits du Venezuela ainsi que les lois des États-Unis, a déploré le Ministre qui a appelé à bâtir un monde de justice sans empires coloniaux, hégémoniques et belliqueux.
De même, il a insisté sur la nécessité de réformer l’ONU, menacée par « une décadence dangereuse ».
Maurice: le Ministre des affaires étrangères salue l’accord sur la souveraineté de l’archipel des Chagos
« L’accord sur les Chagos est une victoire du droit international »
(Ministre des affaires étrangères)
Le Ministre des affaires étrangères de Maurice, M. Dhananjay Ramful, a salué le rôle historique de l’ONU, de la décolonisation à la lutte contre la pauvreté, mais a jugé que l’Organisation doit aujourd’hui être réformée pour répondre aux « polycrises » qui affectent le monde.
Le Conseil de sécurité, notamment, doit être plus représentatif et inclusif, avec au moins deux sièges permanents, un pour l’Afrique et un pour l’Inde.
En tant que petit État insulaire, Maurice est confrontée de plein fouet aux changements climatiques, a fait savoir le Chef de la diplomatie mauricienne: élévation du niveau de la mer de 8 millimètres par an, sécheresses, cyclones, menaces pour le tourisme et la sécurité alimentaire. Saluant l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice (CIJ) sur les obligations climatiques en juillet 2025, M. Ramful a exhorté les États à transformer leurs engagements en actions concrètes d’adaptation, de financement et de transfert technologique.
Il s’est ensuite félicité de l’accord sur la souveraineté des Chagos. En effet, à la suite de l’avis consultatif de la CIJ et de la résolution de l’Assemblée générale de 2019, Maurice a signé en mai 2025 un accord avec le Royaume-Uni sur la souveraineté de l’archipel.
Pour le Ministre, cet accord est « une victoire du droit international » et illustre le rôle central de la Cour dans le règlement pacifique des différends. Maurice prévoit d’y établir une aire marine protégée et d’accompagner la réinstallation des citoyens d’origine chagossienne.
Enfin, il a réitéré le soutien de son pays à la cause palestinienne, à une régulation éthique et inclusive de l’intelligence artificielle, ainsi qu’au renforcement de la coopération régionale dans l’océan Indien.
« Nous avons conclu en 2012 un accord avec les Seychelles pour la cogestion d’une vaste zone maritime », a-t-il fait savoir, ajoutant qu’après la reconnaissance de la souveraineté mauricienne sur l’archipel des Chagos, son pays « s’attend au même dénouement » en ce qui concerne l’île Tromelin.
Togo : le Ministre des affaires étrangères appelle à la justice et aux réparations pour l’Afrique
« Le Togo va bien, le Togo va même mieux »
(Ministre des affaires étrangères du Togo)
M Robert Komlan Edo Dussey, Ministre des affaires étrangères du Togo s’est longuement attardé sur les « avancées significatives enregistrées ces dernières années et largement reconnues », notamment dans la mise en œuvre des objectifs de développement durable.
S’exprimant sur les 80 ans de l’ONU, il a jugé que cet âge est « l’âge de la maturité et du bilan », qui donne l’occasion de « reprendre la main sur le cours des événements pour les orienter vers l’édification d’un monde moins heurté et plus juste ».
Il a évoqué « les voix qui résonnent de toute part pour réclamer le changement de l’ordre international qui a été imposé par un petit groupe d’États aux intérêts tantôt convergents tantôt divergents, il y a huit décennies ».
« L’Afrique, réclame la justice et son pendant: la réparation. »
Il a aussi appelé à « décoloniser la géographie » et le « gros problème » qu’est selon lui, le planisphère, (projection Mercator), héritée du XVIᵉ siècle. Elle réduit le continent d'environ de moitié tout en grossissant l'Europe et l'Amérique du Nord. L'Afrique s'étend sur plus de 30 millions de km² et pourtant, elle paraît plus petite sur les cartes, s’est-il agacé.
L’ONU doit soutenir la campagne « Correct the MAP », qui vise à donner au continent africain ses vraies dimensions sur les planisphères. Elle doit aussi, « pour sa crédibilité » qualifier la traite transatlantique, la colonisation, l’esclavage, la déportation comme non seulement des crimes contre l’humanité mais et surtout de « génocide » contre les peuples d’Afrique. « Génocide », a-t-il répété à six reprises.
Iran, Inde, Pakistan et Guatemala: droits de réponse
La séance de l’Assemblée générale s’est prolongée au-delà de l’heure prévue (21 heures) ce soir, pour entendre quatre pays exercer leur droit de réponse.
La République islamique d’Iran a jugé regrettable que l’ONU ait offert la parole au Premier Ministre israélien, « un individu recherché par la Cour pénale internationale, « qui se baigne dans le sang d’enfants innocents ». Critiquant un régime israélien fondé sur « l’agression, l’occupation, l’oppression, l’apartheid et la terreur », le délégué a accusé le Premier Ministre israélien de vouloir créer un projet expansionniste de « Grand Israël ».
La délégation iranienne a fermement rejeté les accusations israéliennes concernant un programme nucléaire militaire iranien, rappelant que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) n’avait jamais constaté de détournement de matière fissile de sa part. Elle a en revanche accusé Israël de mener un « programme nucléaire clandestin ».
La délégation indienne a vivement critiqué les déclarations du Pakistan, qualifiant son discours d’ « absurde ». Islamabad se présente comme étant « en première ligne dans la lutte contre le terrorisme », alors même que le Pakistan a « abrité Osama ben Laden pendant une décennie » et qu’il est « responsable d’attaques contre des civils innocents », a-t-elle déclaré. « Si le Pakistan est sincère dans sa volonté de paix avec l’Inde, la voie est claire: il doit mettre fin à l’ensemble des camps terroristes sur son territoire. »
En réponse, le Pakistan a accusé l’Inde d’être « le seul pays à pratiquer le terrorisme d’État en tant que politique officielle », et d’« orchestrer des actes terroristes sur son sol ainsi qu’au Jammu-et-Cachemire, qui n’a jamais fait partie de l’Inde ». « Nous n’avons pas de leçon à recevoir d’un agresseur. »
Le Guatemala a réaffirmé son engagement envers le droit international et annoncé que le différend territorial avec le Belize sera tranché par la Cour internationale de Justice. Les audiences débuteront prochainement et le Guatemala promet de respecter le jugement, mais déplore que le Belize déforme certains faits dans des forums internationaux.