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ENV/DEV/J/672

LA PENURIE D’EAU ET L’INSUFFISANCE DES INSTALLATIONS SANITAIRES DANS LES PAYS PAUVRES PREOCCUPENT LE SOMMET DE JOHANNESBURG


                                                            ENV/DEV/J/672

                                                            28 août 2002


LA PENURIE D’EAU ET L’INSUFFISANCE DES INSTALLATIONS SANITAIRES DANS LES PAYS PAUVRES PREOCCUPENT LE SOMMET DE JOHANNESBURG


Johannesburg, le 28 août -- La fourniture d’eau potable et de services d’assainissement à plus d’un milliard de personnes dans les 10 années à venir demeure l’un des plus formidables enjeux auxquels l’humanité doit faire face aujourd’hui.  C’est à la lumière de ce constat que le Sommet mondial pour le développement durable, réuni depuis le 26 août à Johannesburg, a examiné la question de l’eau et de l’assainissement, identifiée, entre autres domaines, par le Secrétaire général de l’ONU comme exigeant une réponse urgente.  De nos jours, quelque 1,2 milliard de personnes n’ont toujours pas accès à l’eau potable et 2,4 milliards de personnes sont privées d’installations sanitaires convenables.  Les mégapoles des pays en développement, où la croissance démographique est exponentielle, sont particulièrement touchées.  Les maladies diarrhéiques, imputables aux carences de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement, ont tué plus d’enfants depuis 10 ans que les conflits armés survenus depuis la Seconde Guerre mondiale n’ont fait de victimes.  C’est avec tout cela, entre autres, en fond que les discussions de ce matin ont eu lieu.


Invités, dans le cadre de «réunions organisées en partenariat», à se prononcer sur la question, la Présidente du «Global Water Partnership» a dessiné les contours d’une solution, épaulée par les représentants du «Water Supply and Sanitation Collaborative Council» (WSSCC), du Département des affaires économiques et sociales de l’ONU, des fonds et institutions des Nations Unies et des neuf grands groupes.  Le constat de l’absence d’accords sur la démarche à suivre en matière de gestion intégrée des eaux utilisables a été fait par la Présidente du «Global Water Partnership» qui a défendu une approche composée de cinq éléments.  Elle a cité une participation accrue des collectivités locales dans le processus de prise de décisions; une promotion de la gestion de l’eau au niveau des bassins; une éducation accrue des jeunes; une décentralisation renforcée et la création de partenariats; et la garantie d’un financement.  A ce propos, il a été indiqué que les dépenses moyennes sont de 11 milliards de dollars par an alors que les besoins réels sont évalués à 180 milliards de dollars par an.  La question de la mobilisation des ressources financières a occupé le centre du débat.  Outre les appels au respect des engagements en matière d’aide publique au développement (APD), les discussions ont porté sur les modalités de participation du secteur privé dans la fourniture d’une denrée que beaucoup considèrent comme relevant des droits de l’homme contrairement à l’assainissement qui est un service. 


L’opportunité de transformer le droit à l’eau en un produit commercial propre à garantir au secteur privé des profits et des retours sur investissement a donné lieu à de nombreux commentaires.  En règle générale, face à l’échec des gouvernements et des autorités locales en matière de fourniture d’eau et aux «catastrophes» engendrées, dans certains pays, par les privatisations, un consensus s’est dégagé sur la nécessité de promouvoir un véritable partenariat public/privé visant le partage des responsabilités et des coûts.  Dans un tel schéma, les gouvernements et les autorités locales préserveraient leurs prérogatives dans le domaine des stratégies à mettre en place et garantiraient l’accès à l’eau, entre autres, par des politiques de subventions.


S’agissant de l’aide extérieure et des efforts internationaux en matière de protection des ressources en eau,  il a été préconisé de concentrer les efforts dans un seul cadre.  Quelque 200 conférences internationales sur l’eau ayant eu lieu au cours des dernières années, des appels urgents ont été lancés pour la mise en place d’un mécanisme de coordination qui pourrait être dirigé par une des institutions de l’ONU dont le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).


Cet après-midi le Sommet de Johannesburg se penchera sur la question de l’énergie.


REUNIONS EN PARTENARIAT SUR L’EAU ET L’ASSAINISSEMENT


Présentation


Mme MARGARETH CATLEY-CARLSON, Présidente de Global Water Partnership, a souligné que la question de la gestion des eaux utilisables concerne les cours d’eau et indiqué qu’à ce jour, sept grands fleuves ne parviennent plus à la mer menaçant ainsi les deltas, la pêche et la subsistance des personnes qui vivent dans ces régions.  La gestion des eaux concerne aussi les lacs et pour montrer l’importance de ce lien, elle a rappelé qu’à ce jour 500 lacs ont tout simplement disparu, en Chine, en raison des exigences de l’irrigation.  La gestion des eaux, a-t-elle poursuivi, touche aussi à la question des inondations qui détruisent l’environnement lorsque l’on ne prend pas soin des cours d’eau.  Elle touche enfin au problème des déchets et des eaux rejetées dans les cours d’eau qui mettent en danger la santé et les récifs coralliens.  Elle a plaidé pour une gestion intégrée qui tienne compte de tous les usagers des cours d’eau et de l’importance de l’assainissement.


Pourquoi l’importance d’une gestion intégrée de l’eau n’est-elle pas davantage prise en compte?  Pourquoi occupe-t-il une place mineure dans les budgets nationaux?  Pourquoi dans les emprunts des pays en développement, l’eau ne figure pas dans les priorités?  Pourquoi ceci est-il si difficile de mobiliser les secteurs de l’eau?  Pourquoi la Nouvelle Initiative pour le développement de l’Afrique (NEPAD) ne mentionne-t-elle pas la question de l’eau?  Selon la Présidente, la réponse à ces questions tient au fait qu’à ce jour, il n’existe pas d’accord sur la démarche à suivre.  Mme Catley-Carlson a voulu que cette démarche comporte cinq éléments à savoir une participation accrue des collectivités locales dans le processus de prise de décisions; une promotion de la gestion de l’eau au niveau des bassins; une éducation accrue des jeunes; une décentralisation renforcée et la création des partenariats ainsi que la garantie d’un financement. 


A propos du financement, elle a reconnu l’utilité d’assurer le recouvrement des coûts, de mettre davantage l’accent sur le rôle du secteur privé et de trouver les modalités de son fonctionnement dans cette question transfrontière.  L’urgence est de créer le type de climat politique qui permettra le changement et l’élan nécessaire pour agir.  Il faut repenser le rôle des villes, des collectivités locales et du secteur privé et rassembler tous les acteurs autour de la table de négociations, a insisté la Présidente.  


M. GOURISANKAR GOSH, Water supply and Sanitation Collaborative Council WSSCC, a souhaité une définition claire des responsabilités de toutes les parties prenantes en matière d’assainissement de l’eau et, en premier lieu, du secteur privé.  Dans un monde où 6 000 enfants meurent tous les jours de maladies en relation à l’eau, il faut trouver des solutions bon marché et établir un calendrier précis permettant d’assurer une meilleure gestion des travaux d’assainissement.  Les gouvernements doivent assumer le rôle de chef de file tout en renforçant les capacités des institutions locales en vue de responsabiliser les individus.  Les Nations Unies doivent de leur côté oeuvrer de concert avec leurs partenaires et développer des mécanismes transparents afin que la concurrence soit saine.  Dans le domaine de l’assainissement, a conclu M. Gosh, très peu d’argent est nécessaire.  C’est pourquoi serait-il opportun d’encourager le microcrédit au détriment des subventions.  


Échange de vues des experts


M. Jan Pronk, Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour le Sommet de Johannesburg et Modérateur, a souligné que si l’eau est reconnue aujourd’hui comme élément essentiel pour la survie de l’humanité, elle n’est cependant pas accessible à tous.  Aussi, les nantis qui négocient ici à Johannesburg et qui disposent de l’eau sont-ils à même de considérer qu’il y a urgence en la matière, a-t-il dit, s’adressant à la représentante de UN-HABITAT.


Mme Anna Tibaijuka a expliqué que dans les villes à croissance démographique rapide des pays en développement, les pauvres paient 5 à 20 fois plus que les nantis pour avoir accès à l’eau, d’où la nécessité de se pencher de manière urgente sur la question de l’eau et de l’assainissement.  M. Pronk lui a demandé pourquoi rien n’avait été fait à ce jour pour remédier à cette situation et si, à son avis, une initiative, telle que le NEPAD prenait suffisamment en compte les questions d’eau et d’assainissement.  Mme Tibaijuka a estimé que le NEPAD pouvait faire davantage dans le cadre de l’assainissement et de l’eau qui constituent des facteurs de lutte contre la pauvreté. 


Originaire d’Ouganda, le représentant des collectivités locales a regretté que, au sein des municipalités, peu de gens réfléchissent à l’eau en tant que composante fondamentale de la vie des habitants, d’où l’urgence d’élaborer des plans permettant aux populations locales d’accéder à l’eau potable.  Cependant, de quelle manière peut-on mettre en œuvre ce type de plans? a demandé M. Pronk, reposant la question de la volonté politique. 


Pour Mme Catley-Carlson, la première étape est de provoquer un changement dans la perception du rôle des gouvernements et des autres partenaires (privé, société civile) dans la gestion de l’eau et de l’assainissement en zones urbaines et rurales.


Le représentant du Département des affaires économiques et sociales (DESA) a estimé qu’il fallait refaçonner les structures chargées de l’assainissement et de l’équipement pour permettre l’accès à l’eau, et ce, afin d’appréhender le problème de l’eau dans son ensemble et non pas uniquement sous l’angle de la fourniture.


Interrogeant les panélistes sur les besoins réels en eau dans le monde, M. Pronk a rappelé que la question de l’eau, jugée prioritaire depuis deux décennies, n’avait jamais été chiffrée.  M. Gosh a donné quelques estimations chiffrées, évaluant les besoins de financement à 180 milliards de dollars par an, contre seulement 11 milliards consacrés actuellement à l’eau et à l’assainissement.  Rappelant que dans la plupart des pays, les riches ont accès le plus souvent à une eau subventionnée, il a évalué l’investissement moyen par habitant dans le monde en développement à une fourchette allant de 5 à 20 dollars en fonction de la particularité des pays (nombre d’habitants et facilité d’accès à l’eau).


La fourniture de l’eau et l’assainissement constituent-ils des obligations qui relèvent des droits humains?  Si tel est le cas, il faut en faire des objectifs internationaux, a souligné le Modérateur avant de solliciter le monde de l’industrie.  Il a pris note de l’adhésion du représentant du monde de l’industrie et du commerce à ce postulat.  Ce dernier a souligné que l’objectif est une chose mais la réalité est tout autre.  La question est de pouvoir mettre en œuvre des projets et des politiques acceptables au niveau local.  Y a-t-il, a poursuivi le Modérateur, un consensus sur les coûts de l’eau et de l’assainissement et sur les rôles du secteur public et du secteur privé?  La fourniture d’eau étant une obligation peut-il aussi être considéré comme un produit?


Dans sa réponse, la représentante des femmes a dit que l’eau n’est pas un produit et les collectivités locales doivent assumer leur responsabilité.  Le choix n’est pas à faire entre secteur public et secteur privé, a estimé, pour sa part, le représentant des syndicats.  Nous voyons, a-t-il dit, comment le secteur public a failli dans la fourniture de l’eau et il est temps que le secteur privé se lance dans cette aventure.  Mais comment leur assurer un profit?  A cette question du syndicaliste, le représentant du monde de l’industrie et du commerce a souligné que lorsque le privé fournit les services en eau et en assainissement, les objectifs et les coûts sont fixés par les gouvernements.  En la matière, le secteur privé, n’est qu’un outil de mise en œuvre, a-t-il affirmé.  Lorsque les municipalités s’organisent convenablement, il est possible de fournir l’eau aux pauvres.  «Les pauvres sont prêts à payer pour l’eau mais les politiciens ne sont pas prêts à les faire payer», a insisté le représentant du monde des affaires


Commentant ces propos, le représentant des populations autochtones a souligné que pour ces populations la question de l’accès participe simplement du droit à jouir des ressources ancestrales.  La question du paiement ne se limite qu’aux services d’assainissement.  Adhérant aussi au concept du droit à l’eau, le représentant des autorités locales a précisé que ce droit est le fondement de la politique de subventions de l’eau et de l’assainissement.  Il ne serait pas juste, a-t-il dit, de faire des profits sur l’eau au détriment des pauvres.  Compte tenu de l’échec des gouvernants, les pauvres sont prêts à payer, a dit la représentante des femmes, appuyé par la représentante des jeunes.  Elle a préconisé en lieu et place des subventions, l’intégration des projets liés à l’eau et à l’assainissement dans les projets d’irrigation ou agricoles.


Est-il possible de faire payer les pauvres en apport de main-d’œuvre?  L’idée est-elle viable sur le plan commercial? a demandé le Modérateur.  Pour répondre à cette question, le représentant du monde de l’industrie et du commerce a invoqué l’exemple de La Paz en Colombie où toute la population a désormais accès à l’eau.  La politique de l’eau a été défini par le Gouvernement, les ONG et les collectivités locales.  Pour réduire les coûts du projets, les populations elles-mêmes ont décidé de creuser les tranchées et les canalisations.  Aujourd’hui s’est targué le représentant, plusieurs millions de personnes ont accès à l’eau grâce à l’appui du secteur privé.


La question fondamentale qui se pose aux agriculteurs n’est pas celle de l’assainissement mais plutôt celle de l’accès à l’eau, a fait remarquer leur représentant, qui a expliqué que l’eau est avant tout un problème social, politique, économique et écologique.  En ce qui concerne l’irrigation, des partenariats doivent permettre la mise en oeuvre des techniques qui économisent l’eau.  Les partenariats doivent être formulés entre le monde des affaires et le monde scientifique pour rendre le litre d’eau plus performant en matière de production.


Le représentant de la FAO a estimé qu’il faut mettre en place au niveau gouvernemental une incitation à rendre l’utilisation de l’eau plus efficace en ce qui concerne l’approvisionnement et l’utilisation.  A la question de savoir si les

agriculteurs sont disposés à payer plus cher pour un système plus efficace, le représentant des agriculteurs a répondu de façon affirmative tout en soulignant que cela reste tributaire de l’existence d’une véritable volonté politique.


Le représentant du WSSCC a estimé qu’il est essentiel de formuler des partenariats avec les collectivités locales, relayé en cela par le représentant du PNUD qui a insisté sur la nécessité de définir des objectifs et des priorités au niveau local afin de responsabiliser les populations locales.  Le représentant du PNUE a pour sa part indiqué que le PNUE s’efforce d’adopter une perspective globale et intégrée car la question n’est pas seulement celle de l’accès à l’eau mais aussi de sa disponibilité.  Le représentant de l’UNICEF a quant à lui estimé qu’il est essentiel de faire participer les jeunes et les enfants, regrettant qu’à cet égard le rôle de l’école demeure ignoré en matière d’eau et d’assainissement. 


Le représentant d’UN-HABITAT a souligné que l’information, la sensibilisation et la formation sont les trois piliers du débat.  Il faut sensibiliser les décideurs, les professions libérales et l’opinion publique et accorder beaucoup plus d’attention à l’éducation des enfants.  Il a également regretté que les fonctionnaires locaux ne soient pas formés à collaborer avec la société civile.  Les gouvernements doivent définir les objectifs prioritaires, a estimé le représentant du monde des affaires, précisant que le secteur privé peut intervenir en tant qu’investisseur si les gouvernements créent un environnement propice.


Identifiant les conditions de nature à favoriser des partenariats entre le privé, les gouvernements et la société civile, M. Pronk a cité notamment une co-gestion de l’eau respectant la responsabilité du gouvernement qui définit des priorités, la transparence absolue dans la mise en œuvre et la création d’un climat propice aux investissements.  Le représentant du monde des affaires a fait valoir que l’équipement en infrastructures adéquates dans le domaine de l’eau et de l’assainissement suppose la définition d’un cadre juridique qui permette aux investisseurs une planification à long terme, sur 15 ou 20 ans, et qui leur garantisse une prévisibilité certaine dans la mesure où ces investissements sont coûteux.  Pour le monde des affaires, il faut tirer parti des différentes sources de financement, (aide publique au développement (APD), collectivités locales, secteur privé) et les conjuguer dans le cadre de partenariats élargis afin de permettre la mise en œuvre de projets d’équipement d’envergure au niveau local. 


Pour la représentante des organisations non gouvernementales, la principale obligation et principale condition pour mettre en œuvre ces partenariats est le respect de l’engagement de l’APD de 0,7%.  Une des dispositions de Action 21 souligne l’obligation de protection des écosystèmes qui, pour les ONG, est étroitement liée à l’approvisionnement en eau.  Les partenariats doivent être définis en tenant compte des besoins réels au niveau local et prévoir des dispositifs de suivi et d’évaluation.  La représentante des femmes est également intervenue pour souligner que les besoins des hommes et des femmes sont différents en matière d’assainissement et d’eau, d’où la nécessité de faire en sorte que les femmes participent à tous les stades du processus dans la mise en œuvre des partenariats définis dans ces domaines.


Pour les syndicats, les partenariats en gouvernements et secteur privé doivent être clairement définis en termes d’obligations et d’investissements respectifs, dans la mesure où, lorsque les entreprises privées se voient confier l’approvisionnement en eau, elles demandent le soutien financier du Gouvernement sans procéder à des investissements pour les plus vulnérables.  Prenant l’exemple de son pays, l’Afrique du Sud, la représentante des syndicats a expliqué que le secteur privé avait obtenu un contrat à long terme (10 ans) pour l’approvisionnement en eau sans pour autant étendre le réseau d’approvisionnement malgré les fonds dispensés par la municipalité de Johannesburg de l’ordre de 500 000 dollars par an.  Elle a souligné que lorsque les entreprises privées gèrent l’eau, les redevances augmentent et ne sont plus accessibles pour les plus pauvres.


Concluant l’échange de vues entre experts, Mme Margaret Catley-Carlson a estimé que la priorité est précisément de protéger les ressources en eau, car autrement, cette discussion est totalement inutile, a-t-elle jugé.  Pour sa part, M. Gourisankar Gosh a souligné que les dépenses consacrées à l’achat de crèmes glacées en Europe sont de l’ordre de 11 milliards de dollars par an cependant qu’il ne faut que quelque 500 millions de dollars chaque année, pour l’assainissement et l’équipement en eau des zones défavorisés en Afrique du Sud. 


Débat interactif


Le Ministre de l’environnement et de l’équipement de la Suisse a fait part de son sentiment de honte devant le fait qu’un tiers de la population mondiale n’a pas accès à l’eau.  Rappelant que, durant ces dernières années, près de 200 conférences internationales ont eu lieu sur l’eau, il a jugé urgent de mettre en place un mécanisme de coordination géré par une structure de l’ONU comme le PNUD.  A son tour, le Ministre de l’environnement de la Mauritanie a plaidé pour des financements accrus et le transfert de technologie.  S’agissant de la désertification, il a voulu une meilleure synergie entre la mise en oeuvre de la Convention sur la lutte contre la diversification et la Convention sur la diversité biologique.  Le Ministre des ressources en eau du Yémen, il a sollicité l’appui des donateurs au plan quinquennal que son pays a lancé en matière de gestion des eaux.  Le Ministre de l’environnement et des forêts de l’Inde a souhaité que la priorité soit accordée aux infrastructures, en particulier dans la récupération des eaux de pluie.  Il faut aussi, a poursuivi le représentant, des programmes d’éducation à l’égard de la gestion de l’eau pour sensibiliser les populations à l’importance d’eau propre et potable. 


Le Secrétaire d’Etat des Etats-Unis a plaidé pour une gestion intégrée de l’eau.  L’eau potable, a-t-il précisé, ne concerne pas que des pompes et des puits mais aussi la gestion des bassins versants et la lutte contre la pollution.  Le Programme «Wash», a-t-il dit, montre comment une démarche intégrée peut donner de bons résultats.  Les succès, en la matière, a prévenu le représentant, exigent l’appropriation des programmes par les gouvernements et les collectivités locales.  L’eau, l’hygiène et l’assainissement doivent être des priorités dans les plans nationaux.  Voulant illustrer l’engagement fort de son dans ce domaine, le Secrétaire d’Etat a fait de son intention d’annoncer prochainement une nouvelle initiative américaine pour accroître dans les pays en développement l’accès à l’eau et aux services d’assainissement et améliorer la gestion des bassins versants et la productivité de l’eau.


Le Ministre du logement et de l’environnement de l’Uruguay a indiqué que 98% de la population de son pays a accès à l’eau mais que seuls 35% disposent d’un système d’égouts.  Il faut donc réaliser de grands investissements pour un traitement satisfaisant des eaux.  Cependant, a-t-il mis en garde, cela peut

entraîner un alourdissement de la dette.  Il a lancé un appel pour que les Etats et les régions, où les nappes phréatiques ne connaissent pas de frontières, adoptent une législation spécifique. 


Le représentant de l’Ukraine a fait savoir que dans son pays l’accès aux ressources en eau est suffisant mais que l’infrastructure existante exige une reconstruction technique en profondeur qui suppose des efforts financiers.  La question de la qualité de l’eau est liée aux conditions sociales et économiques du pays. 


Le Ministre du développement et de la planification de l’Erythrée a indiqué que l’eau est un véritable défi dans son pays dans la mesure où ce dernier ne dispose pas d’un seul lac ni d’une seule rivière et que la durée de la  saison de pluie est en constante diminution.  80% de la population n’a pas accès à l’eau et à l’assainissement.  Il faut donc mettre en place un système permettant de réduire les pertes et les fuites du système de collecte d’eau. 


Le Ministre de l’environnement et de l’utilisation des sols de la Belgique a fait savoir que son pays a adopté une stratégie de développement durable qui intègre le principe de nouvelle gouvernance.  La participation du public et du secteur privé est encouragée.  Un programme ambitieux qui vise à réorganiser le territoire en bassins et en sous-bassins en collaboration avec 18 entités universitaires a été mis en place en vue de protéger les ressources.  La Belgique a également élaboré une législation stricte visant à prévenir les pollutions.  Elle a aussi réorganisé la production et la distribution, redéfini des programmes cohérents d’épuration et encouragé la sensibilisation du public au cycle de l’eau. 


Le Rapporteur spécial sur le droit à un logement convenable à la Commission des droits de l’homme a regretté les réticences à adopter une démarche fondée sur les droits humains alors même que l’accès à l’eau est un droit inhérent à la personne humaine.  Il a déploré le manque de cohérence entre les politiques prônées par les organisations internationales, au premier rang desquelles l’OMC qui préconise une privatisation massive.  Les gouvernements doivent assumer leurs responsabilités et ne doivent plus donner la priorité au recouvrement des coûts et aux profits.  Il a émis des doutes quant à la possibilité pour les entreprises privées de gérer de manière saines les domaines de l’énergie et de l’eau, prenant l’exemple d’Enron et s’interrogeant sur la capacité pour les Gouvernements à reprendre les choses en main une fois que le privé a échoué et fait faillite. 


Le Ministre des ressources en eau et de l’irrigation de l’Égypte a souhaité distinguer trois types d’utilisation de l’eau: l’eau pour l’agriculture (65%), l’eau pour l’assainissement (5 à 10%) et l’eau potable.  D’où la nécessité d’une gestion intégrée de l’eau et d’une approche différenciée en terme de coûts en fonction des zones desservies.  L’Égypte est en faveur d’une facturation du service mais pas pour une détermination du coût de l’eau.  Nous considérons, par exemple, en s’inspirant des trois domaines définis précédemment, que les agriculteurs peuvent payer la totalité des services qui leurs sont fournis et qu’en matière de fourniture d’eau potable, les riches et les pauvres sont prêts à payer.  Pour ce qui est de l’assainissement en revanche, a dit le Ministre, le problème se pose de savoir qui doit payer.  En Égypte, 3 à 5 milliards de dollars sont consacrés par an à l’eau et à l’assainissement et pourtant, plus d’un tiers de la population rurale n’a pas accès à l’assainissement et à l’eau.  La mise en œuvre de partenariats privé/public commande une redéfinition des projets relatifs à l’eau afin de les rendre plus attrayants pour les investisseurs, a-t-il dit.


Le Ministre des affaires scientifiques du Pakistan a fait valoir que l’agriculture est le secteur qui utilise le plus d’eau au Pakistan, d’où la nécessité de développer des techniques d’irrigation et de collectes d’eau plus modernes et écologiques.  La télédétection par satellite est utilisée pour mettre au point des cultures qui utilisent moins d’eau tandis que des campagnes de sensibilisation et d’information ont été lancées pour faire face à la pénurie d’eau. 


La représentante du Kenya a mis l’accent sur l’utilisation efficace de l’eau et mis en avant les stratégies déployées au Kenya en matière d’assainissement et de fourniture en eau potable dans les zones rurales et les zones urbaines défavorisées tout en soulignant que ces programmes sont étroitement dépendant de l’allocation de ressources additionnelles par les bailleurs de fonds. 


Le Ministre d’Etat chargé des questions de l’eau d’Israël a indiqué que le problème qui se pose en Israël consiste à réduire de 50% la consommation d’eau pour l’agriculture sans porter atteinte aux besoins en eau des ménages.  Le Ministre de l’environnement du Danemark, s’exprimant au nom de l’Union européenne, a dit la volonté ferme de l’Union de veiller à ce qu’en 2015, le nombre de personnes n’ayant pas accès aux services d’assainissement soit réduit de moitié.  Partant, l’Union européenne a lancé une initiative de l’eau en Afrique qui sera signé, le 3 septembre prochain.  L’Union, a dit le Ministre, a déjà dépensé près de 1,4 milliards par an sur les projets des ressources en eau et de gestion.  L’Union est prête à accroître ses ressources conformément aux engagements pris à Monterrey.  Le Ministre a souscrit à l’idée d’une gestion intégrée de l’eau pour réduire la pauvreté et améliorer la santé des personnes.  Il est également important, a-t-il ajouté, de garantir une gestion équitable des ressources en eau transfrontières en tenant compte des intérêts concurrents des différents usagers.  Il faut être clair, a conclu le Ministre, ce qui est important, ce n’est pas le nombre des initiatives et des partenariats qui seront lancés à Johannesburg.  Ce qui est important c’est l’action à long terme qui doit permettre de régler les problèmes. 


Le Ministre des affaires étrangères de Madagascar a fait part de la mise en oeuvre du Code de l’eau qui a été élaboré en partenariat avec le secteur privé.  L’eau est un droit mais sa consommation a un prix et ce prix requiert la protection des sources d’eau et des bassins versants, a-t-il dit avant d’annoncer que d’ici 2015, 85% des Malgaches devraient avoir accès à l’eau.  Le représentant du Canada a souligné que pour son pays l’eau et l’assainissement sont les priorités de ce Sommet, compte tenu de leur importance dans les conditions de vie, dans l’économie et l’agriculture.  Il a appuyé les objectifs démontrant le lien entre l’assainissement et l’eau potable.  Il a attiré l’attention sur le plan d’action canadien pour l’Afrique, élaboré par son pays, le partenariat établi avec le PNUE, et sur le programme GEM qui démontre l’importance que le pays accorde à la science.  Représentant l’Union mondiale pour la nature, l’intervenant a plaidé pour la protection des ressources en eau, des écosystèmes aquatiques et de leur biodiversité.  Il a demandé que les gouvernements ne négligent pas l’approche écosystémique et la nécessité de protéger les ressources aquatiques.  L’exploitation des ressources en eau, a-t-il insisté, ne doit pas se faire sans sa protection.  La gestion intégrée des bassins fluviaux et des ressources en eau doit être une priorité de ce Sommet.


Le Ministre de l’environnement du Niger a estimé que le problème qui se pose aujourd’hui n’est pas seulement celui de la disponibilité mais aussi celui de la qualité de l’eau dont l’amélioration implique des coûts d’investissement importants.  Il a lancé un appel à la communauté internationale pour qu’elle donne la priorité à la question du financement de l’accès à l’eau et de son assainissement.  Le Ministre de l’environnement du Venezuela a souhaité que les organismes de financements internationaux augmentent l’aide aux pays en développement. 


Le Ministre de l’eau et des forêts de l’Afrique du Sud a fait remarquer que l’accès à l’eau et à l’assainissement de base permet de lancer des initiatives de lutte contre la pauvreté.  Il faut inclure la fourniture d’une eau de base gratuite pour les pauvres dans les plans d’aide qui leur sont destinés et ne pas confondre la volonté de payer des gouvernements avec la capacité de le faire.  En Afrique du Sud, les pauvres préfèrent acheter la nourriture pour leurs enfants plutôt que l’eau.  Il faut donc augmenter le montant des subventions fournies par les riches et les milieux d’affaire.  Le secteur privé a également un rôle fondamental à jouer.  A cet égard, les municipalités qui acceptent des accords avec le secteur privé doivent savoir que le gouvernement les suit de très près.  Le représentant de la Grèce a souligné qu’il représente un pays de la méditerranée qui rencontre de nombreux problèmes en matière de gestion de l’eau.  Les directives européennes en matière de gestion de l’eau sont un élément important de la législation nationale mais il faut également mettre en place un cadre d’action institutionnel régional. 


Le Ministre de l’environnement du Burkina Faso a déclaré que son pays est confronté au dilemme de l’eau considérée comme un droit et de l’eau considérée comme un produit marchand.  Le Burkina Faso est l’un des pays où la question de l’eau est au cœur des préoccupations du Gouvernement et de la population.  La couverture des besoins en eau potable ne concerne que 60% de la population à hauteur de 25 litres d’eau par jour et par personne.  Il faut endiguer les effets de la sécheresse et assurer l’abreuvement du bétail.  Dans un tel contexte, la question qui se pose en priorité est celle de l’accès à l’eau avant celle de son assainissement.  Le Ministre a lancé un appel pour que la question de l’eau soit inscrite au premier plan des préoccupations de la communauté internationale.


Le Ministre de l’environnement de l’Autorité palestinienne a expliqué que depuis 8 ans, son Gouvernement a déployé des efforts en matière d’assainissement et d’eau potable après des années d’occupation israélienne au cours desquelles aucun réseau n’existait dans les villes palestiniennes.  Les Palestiniens disposent en moyenne de 30 litres par personnes par jour car l’eau est détournée pour les colonies de peuplement israéliennes, a-t-il déploré.  Ce qui provoque des conséquences graves sur l’environnement et la santé des enfants palestiniens.  Un plan a toutefois été mis en œuvre pour assurer la fourniture en eau et l’assainissement dans Gaza et à Jérusalem-Est, programmes qui sont gérés par une Autorité gouvernementale, ainsi qu’un plan pour le retraitement des déchets médicaux et ménagers afin d’éviter la dégradation de la qualité des ressources en eau.  La politique de l’Autorité palestinienne procède au renforcement du rôle du secteur privé pour améliorer les infrastructures en eau et en assainissement.  Le représentant de l’Organisation de la Convention pour les terres arides a demandé aux États Membres de tenir compte de l’importance d’assurer l’approvisionnement en eau avant même d’aborder celle de l’assainissement. 


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